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Il est devenu riche en vendant des chameaux et de l’or : désormais ses troupes contrôlent la moitié du Soudan

Publié le 6 novembre 2025 à 08h00. Mohamed Hamdan Dagolo, dit « Hemedti », s'est imposé comme l'un des acteurs les plus puissants du Soudan, contrôlant désormais une vaste portion du territoire et défiant l'armée régulière dans un…

Il est devenu riche en vendant des chameaux et de l’or : désormais ses troupes contrôlent la moitié du Soudan

Publié le 6 novembre 2025 à 08h00. Mohamed Hamdan Dagolo, dit « Hemedti », s’est imposé comme l’un des acteurs les plus puissants du Soudan, contrôlant désormais une vaste portion du territoire et défiant l’armée régulière dans un conflit dévastateur.

  • Les Forces de soutien rapide (RSF) de Hemedti ont pris le contrôle d’El Fasher, dernier bastion de l’armée soudanaise et de ses alliés dans la région du Darfour.
  • Hemedti, issu d’une communauté nomade d’éleveurs, a gravi les échelons grâce à une combinaison d’opportunisme, de brutalité et de connexions stratégiques.
  • Le conflit actuel, marqué par des atrocités et des accusations de génocide, a plongé le Soudan dans une crise humanitaire majeure.

Mohamed Hamdan Dagolo, plus connu sous le nom de Hemedti, a émergé d’un milieu modeste pour devenir une figure dominante de la scène politique soudanaise. Né en 1974 ou 1975 – sa date de naissance n’ayant pas été enregistrée dans les zones rurales où il a grandi – il appartient à la section Mahariya de la communauté arabophone Rizeigat, un groupe d’éleveurs de chameaux dont le territoire s’étend du Tchad au Darfour.

Dans les années 1970 et 1980, sa famille a migré vers le Darfour, fuyant la guerre et cherchant des terres plus propices à l’élevage. Après avoir abandonné ses études, Hemedti s’est lancé dans le commerce de chameaux, voyageant à travers les déserts de Libye et d’Égypte. À cette époque, le Darfour était une région marginalisée, caractérisée par la pauvreté et l’absence de contrôle étatique sous la présidence d’Omar al-Bachir.

C’est dans ce contexte que les milices arabes, connues sous le nom de Janjaweed, ont émergé. L’unité dirigée par l’oncle de Hemedti, Juma Dagolo, a participé à des attaques contre les villages de l’ethnie Fur. Ces violences ont conduit à une rébellion à grande échelle en 2003, avec le soutien de groupes tels que les Masalit et les Zaghawa, qui se sentaient marginalisés par l’élite arabe du pays.

Mohamed Hamdan Dagolo, dit Hemedti, est devenu l'un des dirigeants les plus puissants du Soudan.

Source des images, Getty Images

légende de la photo, Mohamed Hamdan Dagolo, dit Hemedti, est devenu l’un des dirigeants les plus puissants du Soudan.

En réponse à la rébellion, Bachir a considérablement renforcé les Janjaweed, leur confiant la tâche de mener une contre-insurrection. Ces milices se sont rapidement rendues tristement célèbres pour leurs incendies, pillages, viols et meurtres. L’unité d’Hemedti a été accusée d’avoir attaqué et détruit le village d’Adwa en novembre 2004, tuant 126 personnes, dont 36 mineurs, selon un rapport de soldats de maintien de la paix de l’Union africaine. Une enquête américaine a conclu que les Janjaweed étaient responsables de génocide, des crimes que Bachir a niés.

Hemedti a su tirer profit de cette situation. Il a développé un empire commercial, notamment dans le secteur de l’or, et a consolidé son pouvoir grâce à la création des Forces de soutien rapide (RSF) en 2013, une force paramilitaire directement rattachée à Bachir. Les RSF ont bénéficié d’un soutien financier et logistique important, notamment de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis, en échange de leur participation à la guerre au Yémen.

Carte du Soudan

Lorsque des manifestations populaires ont éclaté en 2019, réclamant la démocratie, Hemedti a joué un rôle ambigu. Tout en ordonnant aux RSF de réprimer les protestations avec une violence extrême – des centaines de personnes ont été tuées, des femmes violées et des corps jetés dans le Nil – il a également contribué au renversement de Bachir. Pendant un temps, il a été perçu comme un acteur clé de la transition démocratique, mais ses ambitions et ses méthodes brutales ont rapidement sapé cette image.

Après le coup d’État manqué de 2021, Hemedti et le chef de l’armée, Abdel Fattah al-Burhan, ont pris le contrôle du pays, retardant la remise du pouvoir aux civils. La situation a dégénéré en avril 2023, lorsque des affrontements ont éclaté entre les RSF et l’armée, plongeant le Soudan dans une guerre civile dévastatrice. Les RSF ont pris le contrôle d’El Fasher, dernier bastion de l’armée dans le Darfour, et sont accusées de commettre des atrocités contre les populations civiles. Les Nations Unies estiment que près de 15 000 personnes ont été tuées dans le conflit.

Femme au Soudan au milieu d’un camp de réfugiés.

Source des images, Getty Images

légende de la photo, La guerre au Soudan a contraint des millions de personnes à fuir leur foyer.

Hemedti, malgré les accusations de crimes de guerre et de génocide, continue de nier toute responsabilité et affirme qu’il se bat pour un Soudan plus juste. Il a formé un gouvernement parallèle et cherche à rallier des soutiens parmi les groupes civils et armés. L’avenir du Soudan reste incertain, mais il est clair que Hemedti est devenu un acteur incontournable, capable de façonner le destin du pays.

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À propos de l’auteur: Clara Dubois

Clara Dubois suit l’actualité internationale, les affaires diplomatiques et les grands équilibres géopolitiques. Son travail met l’accent sur le contexte, les faits vérifiables et les conséquences concrètes des événements mondiaux.