Home MondeIl reste à voir si les manifestations en Iran vont s’étendre, mais la colère n’est que la pointe de l’iceberg.

Il reste à voir si les manifestations en Iran vont s’étendre, mais la colère n’est que la pointe de l’iceberg.

by Clara Dubois

Publié le 3 janvier 2026 16h48. La colère face à la détérioration de la situation économique en Iran se traduit par des manifestations de plus en plus importantes dans plusieurs villes du pays, après une forte dépréciation du rial. Si le gouvernement semble adopter une approche plus mesurée que par le passé, l’avenir reste incertain et dépendra de l’évolution de la contestation et de la réaction des forces de sécurité.

Les manifestations actuelles en Iran sont directement liées à la chute de la valeur du rial face au dollar américain, observée dimanche dernier. Ce qui a commencé comme un mécontentement exprimé par quelques centaines de personnes à Téhéran s’est rapidement étendu à d’autres villes, constituant la plus grande vague de protestations depuis la mort de Mahsa Amini en 2022 et le soulèvement qui a suivi, axé sur la liberté des femmes.

Contrairement aux précédentes vagues de contestation, la réaction du régime iranien semble, pour l’instant, moins répressive. Le président iranien, Massoud Pezeshkian, a indiqué avoir demandé à son ministre de l’Intérieur d’être attentif aux « préoccupations légitimes » des manifestants, comme en témoigne son message sur les réseaux sociaux.

« Si on travaille le matin, on est plus pauvre le soir », témoigne Roya Khoshnevis, chercheuse en études pétroculturelles affiliée au Centre d’études stratégiques sur le Moyen-Orient de Téhéran. Revenue vivre en Iran il y a quatre ans après un long séjour aux Pays-Bas, elle observe une détérioration rapide du pouvoir d’achat. « Pour l’instant, je m’en sors, mais si l’économie continue de décliner ainsi, je serai obligée de partir. »

Les premières manifestations ont été initiées par des commerçants et des marchands, fermant leurs boutiques pour exprimer leur mécontentement face à la crise économique. L’inflation galopante a entraîné une forte hausse des prix, qui fluctuent quotidiennement, érodant les marges bénéficiaires et rendant la vie de plus en plus difficile pour la population. Hossein Lale, metteur en scène et professeur d’université à Téhéran, souligne que « la viande est devenue un produit de luxe », et que beaucoup de gens sont contraints de renoncer à en consommer.

De plus en plus de personnes rejoignent le mouvement

Pour l’heure, le gouvernement privilégie le dialogue. Les forces de sécurité n’interviennent pas, du moins pas avec la même violence qu’en 2019, où plus de 1 500 personnes avaient été tuées lors de manifestations réprimées.

Peyman Jafari, historien et spécialiste de l’Iran, estime que les actions des forces de sécurité dans les prochains jours, notamment en matière de contrôle d’internet, seront déterminantes. « Lorsque les services de sécurité interviennent, les réactions [de la population] deviendront plus violentes. » Il pense que le gouvernement adopte une attitude plus conciliante par crainte d’attiser davantage la colère populaire. Les commerçants des bazars, traditionnellement plus conservateurs et souvent proches du régime, pourraient être sensibles à cette approche.

Selon Jafari, les manifestations prennent une tournure « plus politique », attirant de plus en plus de participants. « Les gens se demandent pourquoi l’inflation est si extrême. Est-ce dû à la corruption, à une mauvaise gestion, ou à des choix politiques ? » Il se montre prudent quant à la possibilité d’un renversement du régime, soulignant que beaucoup dépendra de l’ampleur des manifestations et de leur extension à l’ensemble du pays. « En tout cas, le gouvernement ne peut ignorer ces protestations, car cette colère n’est que la partie visible de l’iceberg. »


Les sanctions américaines

Les États-Unis imposent des sanctions économiques sévères à l’Iran depuis des décennies, en raison de son programme nucléaire. Malgré les assurances de Téhéran quant à la nature pacifique de ce programme, Washington et ses alliés craignent qu’il ne serve à développer des armes nucléaires.

« Les sanctions étranglent l’économie iranienne », affirme l’historien Jafari. Lale et Khoshnevis partagent cet avis, imputant les principaux problèmes économiques de l’Iran aux sanctions internationales.

« L’Iran dépend d’une seule source d’exportation, le pétrole, qui est désormais soumis à des sanctions », explique Khoshnevis. Elle estime que le gouvernement ne pourra pas résoudre la crise tant que les sanctions resteront en vigueur, et que c’est la population iranienne qui en paie le prix fort. « Ce sont eux qui seront les plus durement touchés. »

Le 31 décembre, des manifestants attaquent un bâtiment gouvernemental dans le sud de l'Iran

L’intervention du président américain ne risque pas d’apaiser la situation. Donald Trump a menacé d’intervenir aux côtés des manifestants, déclarant sur Truth Social : « Nous sommes complètement prêts. » Ses antécédents, notamment les attaques de l’armée de l’air américaine contre des installations nucléaires iraniennes en 2025, témoignent de sa propension à la violence.

Jafari craint que le gouvernement iranien n’utilise les propos de Trump pour discréditer les manifestants et rallier ses partisans, en dénonçant une ingérence étrangère. « Beaucoup de gens vivent dans la peur d’une guerre. Les ingérences étrangères dans le passé ont toujours aggravé la situation. »

Y a-t-il un leader ?

Le succès de cette vague de protestations dépendra également de l’émergence de leaders. Les commerçants et les artisans constituent le groupe le plus nombreux à manifester, mais ils manquent d’organisation. Selon Jafari, la classe moyenne, qui a le plus à perdre, attend de voir comment la situation évolue et quelle sera la réponse du gouvernement. « Ils sont également furieux, mais ils veulent savoir si la protestation prend une direction claire. C’est pourquoi les manifestants se comptent désormais par milliers, et non par centaines de milliers. »

L’attitude du gouvernement dépendra de l’ampleur et de l’organisation des manifestations. Jafari s’attend à ce qu’il poursuive ses efforts de dialogue et reporte temporairement les augmentations de la TVA et de l’impôt sur le revenu. « Mais ce ne sont que des solutions à court terme qui ne changeront pas grand-chose. »

Lale ne pense pas que ces manifestations entraîneront un renversement du régime. Dans sa ville natale de Tabriz, il ne constate pas encore de mobilisation massive. « Ce qui manque aux manifestations, c’est un leader capable de fédérer les différentes factions. En conséquence, les protestations se déroulent par vagues. »

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