Home MondeIl y a une énorme faille dans la nouvelle interdiction britannique des publicités diurnes sur la malbouffe

Il y a une énorme faille dans la nouvelle interdiction britannique des publicités diurnes sur la malbouffe

by Clara Dubois

Publié le 6 janvier 2026 12h40. De nouvelles restrictions sur la publicité pour les aliments et boissons considérés comme mauvais pour la santé entrent en vigueur au Royaume-Uni, dans le but de lutter contre l’obésité infantile, mais des dérogations et des lacunes soulèvent des questions sur leur efficacité réelle.

  • Le Royaume-Uni interdit désormais la publicité pour les aliments riches en graisses, en sel ou en sucre à la télévision, à la radio et sur internet avant 21 heures.
  • Le gouvernement a assoupli la législation en autorisant les publicités de marque, même si elles ne présentent pas de produits spécifiques moins sains.
  • Des critiques pointent du doigt l’influence du lobbying de l’industrie alimentaire et l’absence de restrictions sur la publicité en extérieur.

Le gouvernement britannique a renforcé sa lutte contre l’obésité infantile en introduisant de nouvelles règles concernant la publicité pour les aliments et les boissons considérés comme peu sains. Ces restrictions, entrées en vigueur récemment, visent à limiter l’exposition des enfants à des publicités incitant à la consommation de produits riches en graisses, en sel ou en sucre. L’objectif affiché est de réduire de moitié le taux d’obésité infantile d’ici 2030, dans le cadre d’un plan d’action plus large.

Concrètement, la nouvelle législation interdit la diffusion de publicités pour ces produits avant 21 heures sur les chaînes de télévision, les stations de radio et les plateformes en ligne. Cette mesure s’inscrit dans une stratégie globale qui comprend également des contrôles plus stricts sur le marketing des aliments malsains, des modifications de l’agencement des rayons dans les supermarchés (comme la suppression des produits riches en calories des caisses) et des objectifs de reformulation des produits pour les rendre plus sains. Le gouvernement espère ainsi inciter les entreprises à proposer des alternatives plus équilibrées.

Des mesures antérieures ont déjà montré des résultats encourageants. Par exemple, la taxe sur le sucre, introduite en 2018, a entraîné une diminution de 35 % des ventes de boissons gazeuses sucrées, selon des données récentes. De même, des restrictions sur la promotion d’aliments moins sains dans les supermarchés et les détaillants en ligne ont conduit à une légère baisse de leurs ventes.

Cependant, la mise en œuvre de ces nouvelles règles n’a pas été sans compromis. Initialement prévue pour octobre 2025, l’entrée en vigueur de la législation a été retardée et modifiée pour autoriser les « publicités de marque ». Cela signifie que les entreprises peuvent continuer à promouvoir leur image de marque, même si elles ne peuvent pas faire la publicité de produits spécifiques considérés comme peu sains. Une chaîne de restauration rapide, par exemple, pourrait diffuser un spot publicitaire mettant en avant son logo et son identité visuelle, mais pas ses hamburgers ou ses milkshakes.

Cette concession a suscité des critiques, certains y voyant une preuve de l’influence du lobbying de l’industrie alimentaire. Le gouvernement est généralement réticent à divulguer l’étendue de ces pressions, invoquant des questions de confidentialité. Par ailleurs, l’absence de restrictions sur la publicité en extérieur, comme les panneaux d’affichage et les affiches dans les abribus, est également dénoncée comme une occasion manquée. Depuis l’annonce de la réglementation en 2020, les dépenses en publicité extérieure ont considérablement augmenté, comme le montre une étude récente.

abribus avec des publicités pour mcdonald's et kfc

La publicité en extérieur reste autorisée.
Jun Huang/Shutterstock

En fin de compte, ces politiques ne représentent qu’une partie de la solution. Le véritable défi réside dans l’amélioration de la qualité globale de l’alimentation des Britanniques. Le gouvernement devrait investir davantage dans la recherche sur la nutrition en santé publique et s’efforcer de rendre les aliments sains plus attractifs, abordables et accessibles à tous. Il est également crucial d’accroître la transparence concernant le lobbying de l’industrie alimentaire. L’application de normes plus strictes, comme celles du modèle de profilage nutritionnel de 2018, pourrait également contribuer à une meilleure évaluation de la valeur nutritionnelle des aliments.

Il est important de noter que la simple reformulation des produits pour réduire leur teneur en sucre ou en matières grasses peut avoir des conséquences imprévues. Certains édulcorants artificiels, par exemple, ont été identifiés comme des contaminants environnementaux, soulevant des questions sur l’impact de ces alternatives sur la planète. Cette complexité souligne la nécessité d’une approche globale et réfléchie en matière de politique nutritionnelle.

Le Royaume-Uni est confronté à un défi de taille pour sortir d’un régime alimentaire national déséquilibré. Mieux manger doit devenir la norme, et cela nécessite un effort concerté de la part du gouvernement, de l’industrie alimentaire et des consommateurs.

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