Publié le 27 novembre 2025 16:28:00. Une équipe internationale de chercheurs a enfin identifié l’espèce à laquelle appartenait un pied fossile exceptionnel découvert en Éthiopie en 2009, révélant la coexistence de deux hominidés aux modes de vie distincts il y a 3,4 millions d’années.
- L’analyse du fossile, surnommé « Pied de Burtele », confirme qu’il appartenait à une espèce différente de l’emblématique Australopithecus afarensis, plus connue sous le nom de Lucy.
- Cette nouvelle espèce, nommée Ardipithecus ramidus, présentait des caractéristiques anatomiques suggérant une adaptation à la vie arboricole, contrairement à Lucy qui était pleinement bipède.
- Des analyses isotopiques des dents indiquent que les deux espèces avaient des régimes alimentaires différents, ce qui pourrait expliquer leur coexistence sans concurrence directe.
L’identification de l’espèce à laquelle appartenait le « Pied de Burtele » met fin à plus de quinze ans de mystère. Découvert en 2009 dans la région d’Afar en Éthiopie, ce fossile partiel, composé de sept os de l’avant-pied (métatarsiens et phalanges), avait immédiatement intrigué les paléoanthropologues. Sa singularité avait été présentée en 2012 dans la revue Nature, mais l’absence d’autres éléments squelettiques, comme des dents ou des fragments de crâne, rendait son attribution à une espèce précise impossible.
Ce n’est qu’en 2015 que l’existence d’une nouvelle espèce d’hominidé, Ardipithecus ramidus, a été officiellement annoncée. Puis, en 2025, de nouvelles découvertes sur le terrain, incluant des fragments de mâchoire, des dents et des parties de crâne, ont permis d’établir un lien définitif avec le « Pied de Burtele ». L’étude, publiée dans Nature, confirme que cette espèce cohabitait avec Australopithecus afarensis dans la même région d’Éthiopie il y a 3,4 millions d’années.
Les chercheurs soulignent que malgré leur proximité géographique et temporelle, Ardipithecus ramidus et Australopithecus afarensis adoptaient des stratégies de vie différentes. Selon Yohannes Haile-Selassie, auteur de l’étude,
« Lorsque nous avons trouvé le pied en 2009 et l’avons annoncé en 2012, nous savions qu’il était différent de l’espèce Lucy, largement connue, Australopithecus afarensis. »
L’analyse du gros orteil du « Pied de Burtele » révèle une plus grande amplitude de mouvement que celle observée chez Lucy, suggérant une capacité à grimper aux arbres. Par ailleurs, l’étude des dents et des mâchoires indique que Ardipithecus ramidus se nourrissait principalement de plantes C3, tandis que Australopithecus afarensis avait un régime alimentaire plus diversifié, incluant des plantes C4. Naomi Levin, co-auteure de l’étude, explique :
« Je pensais que les distinctions entre les régimes alimentaires des Ardipithecus ramidus et Australopithecus afarensis serait plus difficile à identifier, mais les données isotopiques montrent clairement que Ardipithecus ramidus n’avait pas accès à la même gamme de ressources que Australopithecus afarensis, qui est le premier hominidé à utiliser des ressources alimentaires végétales C4. »
Cette découverte renforce l’idée qu’il y a trois à quatre millions d’années, l’Afrique de l’Est était un véritable creuset d’évolution, où plusieurs espèces d’hominidés coexistaient et se diversifiaient, ouvrant la voie à l’émergence du genre Homo.