Neuf mois après l’incendie meurtrier du bar Le Constellation à Crans-Montana qui a fait 41 morts et 115 blessés, la copropriétaire Jessica Moretti sollicite des indemnités auprès de Zurich Assurance pour incapacité de travail, une démarche qui suscite de vives contestations parmi les proches des victimes tandis que l’enquête judiciaire se poursuit avec de nouvelles auditions.
Une demande d’indemnisation qui ravive la polémique
L’enquête sur l’incendie du bar Le Constellation, survenu dans la nuit du Nouvel An 2026, prend un tournant polémique avec la démarche entreprise par l’une des principales mises en cause. Jessica Moretti, copropriétaire de l’établissement avec son époux Jacques Moretti, a sollicité des indemnités auprès de son assurance-accidents pour une incapacité de travail, selon les informations rapportées par l’agence de presse italienne Ansa et relayées par plusieurs médias.
La Française de 40 ans invoque des complications psychologiques et une détérioration de son état de santé général depuis le drame. Zurich Insurance a ouvert un dossier pour examiner le versement d’indemnités journalières destinées à compenser une perte de revenus due à cette atteinte à la santé. Le Ministère public valaisan a donné son accord pour un éventuel paiement, bien qu’aucune décision définitive sur le principe ou le montant de l’indemnisation n’ait encore été arrêtée.

« Paradoxalement, dans cette tragédie, l’un des principaux suspects de l’incendie du Constellation réclame des indemnités pour les conséquences de ce sinistre, tandis que les familles des victimes attendent toujours la vérité et la justice. »
Fabrizio Ventimiglia, avocat de la famille d’une blessée, via Ansa
Isolement et craintes de représailles à l’approche de l’anniversaire du drame
Isolée dans le chalet du couple situé à Lens, à environ six kilomètres de Crans-Montana, Jessica Moretti vit recluse. Ses rares déplacements se limitent à conduire ses enfants à l’école ou à la crèche et à se présenter aux autorités. Elle est soumise à un strict contrôle judiciaire qui l’oblige à respecter une obligation de signature et à répondre à des appels vidéo aléatoires de la police cantonale toutes les 48 heures pour prouver sa présence.
Dans un rapport de la police cantonale valaisanne daté du 23 septembre, l’accusée fait part de profondes inquiétudes à l’approche des fêtes de fin d’année et du premier anniversaire de la tragédie. Elle redoute un regain de pression médiatique ainsi que des actes hostiles ou des représailles de la part de proches des victimes. Les enquêteurs ont consigné plusieurs incidents signalés par l’intéressée, incluant des insultes, des menaces en ligne et la présence de journalistes près de l’établissement scolaire de son fils.

Nouvelles auditions et calendrier judiciaire pour les 17 inculpés
Pendant que les procédures d’indemnisation avancent, le volet pénal se poursuit. Le dossier compte désormais 17 personnes inculpées, parmi lesquelles figurent huit anciens ou actuels élus des communes de Crans-Montana ou de Chermignon, sept employés communaux actuels ou passés, ainsi que le couple Moretti. Tous doivent répondre des charges d’homicide par négligence, de lésions corporelles par négligence et d’incendie par négligence. Jessica Moretti doit en outre répondre de faux dans les titres.
Un nouvel ex-élu a accepté de collaborer avec la justice. L’ancien conseiller communal en charge de la sécurité de Crans-Montana entre 2017 et 2020 a été entendu pour la première fois par le Ministère public valaisan. Durant son mandat, le bar Le Constellation avait fait l’objet de deux contrôles périodiques de sécurité, en 2018 et 2019. D’autres convocations sont fixées d’ici la fin de l’année, notamment pour l’ancien président de Chermignon, Jean-Claude Savoy, et pour les époux Moretti, conviés à des auditions en mode confrontation au mois de novembre.