Publié le 24 septembre 2025. Une étude inédite révèle la présence d’une maladie cérébrale, jusqu’alors associée aux sports de contact, chez des personnes sans domicile fixe, ouvrant de nouvelles perspectives sur les causes et les conséquences des traumatismes crâniens.
- Des chercheurs ont identifié des signes d’encéphalopathie traumatique chronique (ETC) dans le cerveau de personnes décédées sans abri.
- L’étude, menée conjointement par des universités canadienne et australienne, est la première de cette ampleur sur cette population vulnérable.
- Les traumatismes crâniens répétés, même mineurs, liés aux conditions de vie précaires pourraient être un facteur déclenchant de l’ETC.
Pour la première fois, une recherche approfondie a mis en évidence des altérations cérébrales caractéristiques de l’encéphalopathie traumatique chronique (ETC) chez des personnes sans abri. L’étude, menée par une équipe de l’Université Semmelweis, en collaboration avec l’Université de Toronto et l’Université Macquarie d’Australie, a examiné les tissus cérébraux de 34 personnes décédées sans domicile fixe. Les résultats, publiés dans la revue scientifique Acta neuropathologica, révèlent que l’ETC était clairement détectable dans quatre cas, et des modifications évocatrices de la maladie ont été observées dans deux autres.
Les sujets de l’étude, décédés entre 41 et 67 ans, étaient majoritairement des hommes et n’avaient aucun antécédent de pratique sportive de contact ou de service militaire. Cette découverte remet en question la conception traditionnelle de l’ETC, longtemps considérée comme une maladie propre aux athlètes exposés à des chocs répétés, comme les boxeurs ou les joueurs de football américain. Le phénomène avait notamment été popularisé par le film Concussion, sorti en 2015.
« Notre découverte pourrait changer fondamentalement l’attitude à l’égard de cette maladie et de la population sans abri », a déclaré Géza Gábor Kovács, chercheur principal au Centre Tanz de recherche sur les maladies neurodégénératives de l’Université de Toronto.
Qu’est-ce que l’encéphalopathie traumatique chronique ?
L’ETC est une maladie neurodégénérative progressive qui se développe à la suite de blessures répétées à la tête. Elle ne peut être diagnostiquée qu’après le décès, par l’examen des tissus cérébraux. Au cours de la maladie, une protéine appelée tau s’accumule dans certaines zones du cerveau, entraînant la mort progressive des cellules nerveuses. Les symptômes peuvent inclure des troubles de la mémoire, des problèmes de coordination, des sautes d’humeur, de l’impulsivité et de l’agressivité.
Krisztina Danics, professeure adjointe à l’Institut de pathologie, de médecine légale et d’assurance de l’Université Semmelweis, et première auteure de l’étude, explique : « Au départ, nous recherchions des signes précoces de la maladie d’Alzheimer ou de Parkinson dans les échantillons, mais à notre grande surprise, nous avons découvert l’ETC chez des personnes qui n’avaient rien à voir avec les sports de contact. »
« Cela prouve également que les traumatismes crâniens mineurs et majeurs répétés au cours de la vie quotidienne peuvent s’additionner au cours de la vie et déclencher des processus similaires à ceux des sports de contact. »
Krisztina Danics, professeure adjointe à l’Institut de pathologie, de médecine légale et d’assurance de l’Université Semmelweis
Les chercheurs soulignent que les personnes sans abri sont particulièrement vulnérables aux traumatismes crâniens en raison de leurs conditions de vie : chutes, agressions, bagarres, accidents. Ces traumatismes, souvent considérés comme mineurs, peuvent s’accumuler au fil du temps et provoquer des lésions neurologiques durables.
Un problème de santé publique et social
L’étude a également révélé que les dommages aux zones cérébrales responsables de la mémoire différaient du schéma habituel observé dans la maladie d’Alzheimer. De plus, des changements associés au vieillissement ont été constatés chez des personnes relativement jeunes, suggérant que des facteurs environnementaux et sociaux pourraient jouer un rôle prépondérant.
Les chercheurs insistent sur le fait que les comportements agressifs ou imprévisibles observés chez les personnes sans abri ne sont pas nécessairement le résultat de problèmes psychologiques ou sociaux, mais peuvent être liés à des lésions cérébrales organiques. Géza Gábor Kovács conclut : « L’ETC n’est pas seulement une maladie des athlètes, et elle devrait être prise en compte dans les soins de santé, les services sociaux et peut-être même dans les procédures judiciaires à l’avenir. »
L’équipe de recherche internationale se concentre désormais sur le développement de méthodes de diagnostic permettant de détecter l’ETC chez les personnes vivantes, car les techniques d’imagerie actuelles, telles que l’IRM, ne sont pas suffisamment précises.
Cette étude souligne que les lésions cérébrales chroniques ne sont pas limitées aux activités sportives extrêmes et peuvent affecter les populations les plus vulnérables de la société, souvent de manière invisible.
(Photo de couverture : Thierry Monasse / Getty Images)
