Publié le 24 octobre 2024. La nomination d’une ancienne lobbyiste de Meta à la Commission de protection des données (DPC) irlandaise suscite une vive indignation parmi les défenseurs de la vie privée paneuropéens, qui craignent un conflit d’intérêts et une atteinte à l’indépendance du régulateur.
- Un groupe d’experts européens dénonce la nomination de Niamh Sweeney, ancienne responsable des politiques publiques de Facebook et WhatsApp, au sein de la DPC.
- Les critiques pointent du doigt les liens passés de Mme Sweeney avec Meta, entreprise régulièrement contrôlée par la DPC pour des violations du RGPD.
- Des questions sont soulevées quant à l’impartialité de la DPC et à sa capacité à réguler efficacement les géants de la technologie.
Une vague d’indignation a déferlu sur la décision de la Commission de protection des données (DPC) irlandaise de nommer Niamh Sweeney à un poste de commissaire. Ancienne responsable des politiques publiques de Facebook et de WhatsApp, et plus récemment de Stripe, Mme Sweeney a passé une partie significative de sa carrière à défendre les intérêts de ces géants technologiques. Cette nomination intervient alors que la DPC, chargée de veiller au respect de la réglementation sur la protection des données en Irlande, est déjà sous le feu des critiques pour sa lenteur et son manque de fermeté envers les grandes entreprises.
Le groupe de contestation, composé de 43 organisations dont le Conseil irlandais pour les libertés civiles et Noyb – l’association fondée par l’activiste Max Schrems – a adressé une lettre virulente aux deux commissaires de la DPC, Dale Sutherland et Des Hogan. Ils expriment leurs « fortes appréhensions » quant à l’impact de cette nomination sur l’indépendance du régulateur. Ils craignent que Mme Sweeney ne soit entravée par des accords de confidentialité ou d’autres obligations contractuelles issues de ses précédents emplois, l’empêchant ainsi d’exercer pleinement ses fonctions de contrôle sur les entreprises qu’elle a autrefois représentées.
La lettre, dont une copie a été adressée au Taoiseach (Premier ministre irlandais) et au ministre de la Justice, suggère que cette nomination « reflète un niveau inquiétant de mépris pour le droit de l’UE », en particulier les obligations de l’Irlande en matière de mise en œuvre du Règlement général sur la protection des données (RGPD). Les auteurs soulignent que Mme Sweeney a non seulement travaillé comme lobbyiste pour Meta, mais a également continué à défendre les intérêts de ces plateformes via le cabinet de conseil Milltown Partners.
La DPC est un régulateur clé pour de nombreuses entreprises technologiques multinationales, dont Meta, X, Amazon et TikTok, qui ont établi leur siège européen en Irlande. Ces dernières années, la commission a infligé des amendes considérables à ces entreprises pour des violations du RGPD, notamment plus d’un milliard d’euros à Meta à ce jour. Cependant, les critiques persistent quant à la rapidité et à la rigueur des enquêtes menées par la DPC.
Un autre point de discorde concerne la composition du jury d’entretien pour le poste de commissaire. Un de ses membres avait précédemment travaillé comme avocat pour divers grands intérêts technologiques, ce qui a donné lieu à une plainte officielle de la part d’un autre candidat au poste. La DPC n’a pas encore répondu aux demandes de commentaires concernant ces accusations.
