Bologne, Italie – Le choix de Jannik Sinner de renoncer à la finale de la Coupe Davis, qui se déroulera sur le sol italien, suscite une vive déception dans son pays natal, quelques mois seulement après avoir bénéficié d’un large soutien durant sa récente suspension pour dopage.
Le joueur, actuellement numéro deux mondial et artisan des victoires italiennes lors des deux dernières éditions de cette prestigieuse compétition par équipes, a justifié sa décision par la nécessité de se préparer au mieux pour la saison prochaine. « Ce n’était pas une décision facile, mais après Turin [où se déroule le Masters ATP la semaine précédant la Coupe Davis], l’objectif est de bien démarrer en Australie », a-t-il déclaré à Sky Italia depuis Vienne, où il participe actuellement à un tournoi. Il faisait référence à l’Open d’Australie, dont il est le double tenant du titre. « On ne le voit pas forcément, mais une semaine de préparation à cette période peut faire la différence », a-t-il ajouté, précisant qu’il avait pris cette décision en concertation avec son équipe après avoir déjà remporté la Coupe Davis en 2023 et 2024.
L’annonce a provoqué une réaction immédiate dans la presse italienne. Le quotidien Gazzetta dello Sport affichait en une, ce mardi, un titre interpellant : « Sinner, repensez-y ! ». Dans un éditorial accompagnant cet article, le journal critiquait le joueur pour avoir évoqué ses deux victoires en Coupe Davis tout en rappelant qu’il avait récemment participé à un tournoi exhibition lucratif en Arabie saoudite. « Alors, vous ne retournerez pas à Riyad pour 6 millions de dollars supplémentaires (environ 5,5 millions d’euros) ? Si vous remportez un autre Wimbledon, vous n’irez plus à Londres ? Vous faites la promotion de produits italiens – pâtes, café… – à tout bout de champ. Faites-le aussi pour le tennis », s’interrogeait l’éditorial, faisant allusion aux nombreux contrats publicitaires que Sinner a conclus avec des marques italiennes.
La légende du tennis italien, Nicola Pietrangeli, 92 ans et double vainqueur de Roland-Garros, n’a pas hésité à qualifier cette décision d’« affront » au sport italien. « C’est une gifle au monde sportif italien », a-t-il déclaré.
Ce n’est pas la première fois que Sinner est critiqué pour son absence lors des compétitions par équipes nationales. Il avait déjà manqué des rencontres de Coupe Davis en 2023 et avait renoncé à participer aux Jeux olympiques de Paris l’année suivante.
Né dans la région autonome italienne du Haut-Adige, où l’on parle allemand, Sinner a parfois été perçu comme n’étant pas pleinement italien. Récemment, un rappeur italien a même été accusé d’incitation à la haine raciale pour avoir publié des paroles de chanson évoquant l’« accent d’Adolf Hitler » dans sa manière de parler. Le rappeur, Fedez, s’est ensuite excusé.
Adriano Panatta, qui a mené l’Italie à sa seule autre victoire en Coupe Davis en 1976, a pris la défense de Sinner, soulignant l’évolution du tennis moderne. « Aujourd’hui, le tennis exige un dévouement total des joueurs. Les joueurs sont comme des PDG d’entreprises qui portent leur nom », a-t-il écrit dans le Corriere della Sera. « Sinner a déjà remporté la Coupe Davis à deux reprises et a maintenant besoin de se reposer pour se concentrer sur ses principaux objectifs : gagner des tournois du Grand Chelem, atteindre le niveau de Carlos Alcaraz, retrouver la première place mondiale. Ce sont ses priorités. »
Paolo Bertolucci, également membre de l’équipe victorieuse de 1976 et désormais commentateur sportif, partage cet avis. « Je ne vois rien de mal dans cette décision », a-t-il déclaré à la Gazzetta dello Sport. « Le tennis a changé. Aujourd’hui, ce qui compte, ce sont les quatre tournois du Grand Chelem et le Masters ATP. Le reste n’est que secondaire. »