Publié le 24 octobre 2025 20h28. La photographe mexicaine Graciela Iturbide, reconnue pour son regard poétique et engagé sur les traditions et les peuples autochtones, reçoit le prestigieux Prix Princesse des Asturies des Arts 2025, couronnant une carrière dédiée à la capture de l’invisible et à la défense de la dignité humaine.
- Graciela Iturbide est lauréate du Prix Princesse des Asturies des Arts 2025.
- Son œuvre explore les thèmes de la féminité, des cultures indigènes et de la relation à la mort au Mexique.
- Elle a collaboré avec des figures majeures de l’art et de la mode, dont Maria Grazia Chiuri de Dior.
Graciela Iturbide, née au Mexique en 1942, aborde la photographie comme une exploration intime et une forme d’engagement social. Son travail, qui s’éloigne des clichés du réalisme magique, se distingue par une sensibilité particulière aux symboles, aux coutumes et aux tensions entre rêve et réalité. Elle a exposé à la Casa de México en Espagne avec l’exposition « Quand la lumière parle ».
« Le Mexique est compliqué : fort et merveilleux, certes, mais maintenant profondément triste », confie-t-elle, exprimant son inquiétude face à la violence et à la corruption qui gangrènent son pays. Malgré cette tristesse, elle continue de témoigner de la richesse de ses cultures et de la résilience de ses habitants.
Iturbide a débuté sa carrière dans les années 1970, voyageant seule à travers le Mexique avec son appareil photo. Elle a tissé des liens étroits avec les femmes zapotèques de Juchitán, au sud d’Oaxaca, partageant leur quotidien et capturant leur force et leur dignité. Une anecdote révélatrice illustre son approche : une amie, blessée par une trahison amoureuse, lui a demandé de photographier son compagnon pour le « percer d’épingles ». Iturbide a refusé, préférant immortaliser ses amies dans leur vie quotidienne.
Cette approche respectueuse et immersive est au cœur de son travail. « Je ne demande jamais la permission », explique-t-elle. « Je vis avec les gens, ils s’habituent à mon objectif et je peux alors photographier librement car il y a de la confiance. » Elle insiste sur l’importance de la complicité et de la patience pour capturer l’essence d’un sujet, plutôt que de se contenter d’une image superficielle.
Son œuvre est marquée par une fascination pour la mort, qu’elle considère comme une composante essentielle de la culture mexicaine. Elle a notamment photographié les « petits anges » (cercueils d’enfants) comme une forme de thérapie après la perte de sa fille. « La relation du Mexique avec la mort est unique : ici nous la célébrons, nous la pleurons et même nous en rions », observe-t-elle.
Iturbide a également collaboré avec des personnalités influentes, comme la créatrice Maria Grazia Chiuri de Dior, où son univers visuel a dialogué avec la mode. Elle a également rencontré Fidel Castro grâce à son ami Gabriel García Márquez. « À ce moment-là, il me semblait être un homme simple, avec une personnalité séduisante », se souvient-elle, tout en reconnaissant par la suite avoir été déçue par son régime.
Elle se décrit comme une artiste de gauche et libérale, consciente des enjeux sociaux et politiques de son époque. « Je suis égoïste : je photographie parce que l’appareil photo est un prétexte pour connaître la vie », avoue-t-elle. « Je sais qu’une image ne changera jamais rien. »
Pour ceux qui débutent en photographie, Graciela Iturbide conseille de cultiver à la fois la passion et la discipline. « Il ne s’agit pas seulement de prendre des images, c’est de se former constamment : lire, rechercher, observer d’autres arts », souligne-t-elle. Et, tant qu’elle aura le souffle coupé, elle continuera à regarder le monde à travers son objectif, à la recherche de la beauté et de la vérité.