Publié le 28 novembre 2025 à 05h25. Une enquête d’opinion révèle un rejet massif du régime de Nicolás Maduro au Venezuela, avec une opinion publique majoritairement favorable à une intervention extérieure et anticipant une transition politique sans violence.
- Plus de 90 % des Vénézuéliens considèrent le régime Maduro comme une organisation narcoterroriste.
- Un soutien écrasant (89,09 %) est exprimé envers les actions des États-Unis et du président Donald Trump à l’égard du Venezuela.
- Près de 94 % de la population ne s’attend pas à une guerre civile en cas de chute du régime.
Le Venezuela semble avoir franchi un point de bascule. Après un quart de siècle de chavisme-madurisme, caractérisé par la polarisation, la résignation et la peur, une vague de rejet sans précédent déferle sur le pays. Une récente enquête nationale, dont les résultats sont frappants de clarté, révèle que neuf Vénézuéliens sur dix désapprouvent le régime actuel, ses dirigeants et le système qu’ils ont mis en place.
Ce changement ne se limite pas à une simple évolution de l’opinion publique. Il s’agit d’un bouleversement profond de la morale nationale. Pendant des années, de nombreux Vénézuéliens ont hésité à exprimer leurs véritables sentiments, craignant des représailles professionnelles, voire pour leur liberté ou leur vie. En 2025, ce mur de silence semble s’être effondré.
Un chiffre particulièrement éloquent illustre cette rupture : 90,89 % des Vénézuéliens qualifient le régime de Nicolás Maduro d’organisation narcoterroriste. Cette désignation, radicale, dépasse le simple constat d’un gouvernement autoritaire ou d’une déviation du socialisme ; elle assimile le pouvoir en place à un cartel politico-militaire ayant pris le contrôle de l’État.
Cette perception n’est pas le fruit d’un revirement idéologique, mais d’un véritable verdict. Lorsqu’une société considère son élite dirigeante non plus comme des adversaires, mais comme des criminels, la politique cesse d’être un terrain de négociation et se transforme en une gestion de l’inévitable.
L’enquête révèle également un changement majeur dans les relations internationales du pays. 89,09 % des Vénézuéliens soutiennent les actions des États-Unis et du 47e président américain, Donald Trump, à l’égard du Venezuela. Dans la plupart des pays d’Amérique latine, un tel niveau d’approbation serait considéré comme un scandale. Au Venezuela, il est perçu comme une forme de soulagement.
L’intervention extérieure, autrefois taboue, est désormais envisagée ouvertement. La moitié de la population soutient l’éviction directe de Maduro et de son entourage, et un cinquième se prononce même en faveur d’actions militaires ciblées. Ce basculement s’explique par le contexte de crise profonde que traverse le pays, où l’État a cessé d’assurer la protection de ses citoyens, transférant ainsi la légitimité à ceux qui peuvent le faire.
Au Venezuela, ce rôle est désormais endossé par Washington.
Contrairement aux transitions politiques latino-américaines précédentes – du Chili sous Pinochet au Brésil après la période militaire – le spectre de la violence ne semble plus constituer un obstacle majeur. 93,69 % des Vénézuéliens estiment qu’il n’y aura pas de guerre civile en cas de chute du régime. Cette absence de crainte est remarquable et témoigne d’une anticipation de la transition comme un événement libérateur, une sorte de « carnaval civique ». 89,36 % des personnes interrogées prévoient même que le lendemain du changement de régime sera célébré comme une fête nationale.
La peur, qui a longtemps été un instrument de contrôle, a perdu son efficacité. Le régime a perdu son dernier levier de pouvoir.
Enfin, l’enquête met en lumière une reconnaissance massive de la légitimité de l’opposition. 90,08 % des Vénézuéliens reconnaissent Edmundo González comme le président légitime du pays, et 84,49 % saluent l’attribution du prix Nobel de la paix à María Corina Machado. Cette dynamique confirme que le Venezuela a redéfini les frontières entre ce qui est acceptable et ce qui est répréhensible, plaçant l’opposition démocratique au centre du jeu politique.
Les données les plus significatives sont peut-être celles qui révèlent un sentiment d’espoir. 81,97 % des Vénézuéliens se disent optimistes face aux récentes évolutions dans le pays. L’espoir, plus qu’un simple sentiment, est un ordre social qui indique que la transition n’est plus une option, mais une attente collective.
Et en politique, ce qui est attendu tend à devenir inévitable. Le Venezuela ne débat plus de la possibilité de la chute du chavisme-madurisme, mais de la manière, du moment et des conditions de son remplacement. Cette clarté rappelle les moments décisifs des transitions ibériques et sud-américaines des années 1970, où un consensus large a permis de passer de la négociation à la simple définition des détails de la transition.
Comme l’écrivait l’historien Edward Gibbon à propos de la chute de l’Empire romain, les civilisations ne meurent pas par suicide, mais par meurtre. Au Venezuela, ce meurtre n’est pas un acte unique, mais une érosion lente et dévastatrice. Mais ce qui a été décisif, c’est la prise de conscience collective.
L’enquête de novembre 2025 montre que le Venezuela n’attend pas le changement, il l’exige. Le cadre du possible s’est effondré sur le régime et a ouvert un couloir large, lumineux et urgent vers la transition. Dans un pays où neuf citoyens sur dix partagent la même opinion, la politique cesse d’être une question d’arithmétique et devient une force géologique, poussant vers un nouvel ordre.
La question n’est plus de savoir si le chavisme-madurisme va tomber, mais quelle forme institutionnelle, internationale et morale prendra la suite. Et cette réponse, comme toujours en Amérique latine, dépendra de la capacité de ses dirigeants à transformer une victoire sociale en une architecture d’État.
L’histoire du Venezuela a déjà tourné une page. Et ce qui s’en vient, que cela plaise ou non, sera une refondation.