Publié le 11 janvier 2026 à 19h58. L’administration Trump multiplie les provocations sur la scène internationale, de l’Amérique latine à l’Asie, suscitant des inquiétudes quant à une escalade des tensions et à la pertinence de sa stratégie.
- La Chine restreint ses exportations de terres rares vers le Japon en réponse à une position ferme de Tokyo sur Taïwan.
- Les ambitions américaines au Venezuela, fondées sur des estimations pétrolières contestables, suscitent des doutes quant à leur faisabilité économique.
- La politique étrangère américaine actuelle est perçue comme chaotique et basée sur des perceptions erronées, avec des conséquences potentiellement désastreuses.
L’administration américaine semble s’engager sur une voie de confrontation sur de multiples fronts. Après avoir envisagé une intervention au Venezuela, le président Trump multiplie les gestes d’affirmation, allant de menaces envers plusieurs pays (Danemark, Cuba, Nicaragua, Mexique, Canada, Colombie, Iran) à une augmentation massive du budget du Pentagone, qui atteindrait 1 500 milliards de dollars (environ 1 385 milliards d’euros). La saisie de pétroliers russes vient s’ajouter à ce tableau préoccupant.
Les justifications avancées pour ces actions sont variées et souvent peu claires : narcoterrorisme, immigration illégale, influence croissante de la Chine, de la Russie et de l’Iran, contrôle des ressources pétrolières et des terres rares, sécurité dans l’Arctique, et une réinterprétation de la Doctrine Monroe. L’ensemble apparaît comme une accumulation de décisions impulsives, sans fondement économique solide ni stratégie cohérente.
La situation en Asie est particulièrement tendue. La Chine a annoncé des restrictions sur l’exportation de produits à double usage (c’est-à-dire pouvant servir à des fins commerciales ou militaires) vers le Japon, notamment les terres rares, des matières premières essentielles pour l’industrie technologique. Cette décision intervient après que le Premier ministre japonais Sanae Takaichi a déclaré qu’une action chinoise contre Taïwan constituerait une menace existentielle justifiant une réponse militaire japonaise.
Bien que Pékin affirme que seules les utilisations militaires seront concernées, les premiers rapports indiquent une restriction plus large des exportations. Cette stratégie s’inscrit dans une logique de dissuasion, rappelant les enseignements de Sun Tzu : “Lorsque vous encerclez une armée, laissez un débouché libre. N’appuyez pas trop fort sur un ennemi désespéré.” La levée de ces restrictions sera probablement conditionnée à des concessions japonaises concernant sa posture militaire vis-à-vis de Taïwan.
Au cœur des préoccupations de l’administration Trump se trouve le Venezuela et ses vastes réserves pétrolières, estimées à 300 milliards de barils. Cependant, ces chiffres sont largement exagérés. La ceinture pétrolière de l’Orénoque, découverte en 1935, ne produit actuellement qu’environ 900 000 barils par jour (environ 1 % de la production mondiale), bien loin des États-Unis (23 %), de l’Arabie saoudite (13 %), de la Russie (13 %) et du Canada (6 %). À son apogée, dans les années 1960, le Venezuela produisait 3,5 millions de barils par jour, mais cela reste insuffisant pour rivaliser avec les principaux producteurs actuels.
De plus, le pétrole de l’Orénoque est un pétrole lourd et acide, difficile à extraire et coûteux à raffiner. Il s’agit essentiellement de sables bitumineux, une ressource marginale exploitée uniquement lorsque les autres gisements sont épuisés. Dans un contexte de prix pétroliers bas, il n’existe aucune incitation économique à augmenter la production de ce type de pétrole.
Les réserves pétrolières sont classées en différentes catégories : les réserves prouvées (1P), avec 90 % de chances d’être exploitables économiquement, les réserves probables (2P), avec 50 % de chances, et les réserves possibles (3P), avec seulement 10 % de chances. Les 300 milliards de barils annoncés pour le Venezuela relèvent sans aucun doute de la catégorie 3P, c’est-à-dire des estimations hautement spéculatives.
Le ratio réserves/production (R/P) est un indicateur clé de l’industrie pétrolière. Il se situe généralement entre 10 et 20. Avec une production de 900 000 barils par jour, le Venezuela devrait disposer de réserves prouvées comprises entre 3,3 et 6,6 milliards de barils, bien en deçà des 19,9 milliards de barils d’ExxonMobil.
La politique américaine actuelle semble également contredire ses propres objectifs. La Doctrine Monroe, réaffirmée par l’administration Trump, vise à mettre fin à la migration économique en provenance d’Amérique latine et à exclure la Chine, la Russie et l’Iran de l’hémisphère occidental. Cependant, en privant le Venezuela de son pétrole, les États-Unis risquent de déstabiliser davantage la région et d’alimenter les flux migratoires.
Les économies latino-américaines ne sont pas complémentaires de celles des États-Unis. L’Amérique latine a besoin de capitaux et de biens d’équipement abordables, ce que les États-Unis ne peuvent pas fournir en raison de leurs importants déficits commerciaux. Les États-Unis se retrouvent ainsi à concurrencer la Chine pour l’accès aux flux de capitaux en Amérique latine, alors que l’Amérique latine n’a pas besoin des produits américains.
En fin de compte, l’administration Trump ne peut espérer que contraindre les élites latino-américaines à s’aligner sur les États-Unis, tout en appauvrissant leurs pays et en provoquant des vagues de migrants économiques. Compte tenu de la forte présence économique de la Chine en Amérique latine et de la réticence de Trump à déployer des troupes sur le terrain, il est incertain dans quelle mesure il peut réellement exercer une pression.
Comme l’analyse rationnelle semble avoir été abandonnée, il est difficile de prévoir les prochaines étapes. Le président Trump semble convaincu que le Venezuela dispose de 300 milliards de barils de pétrole et qu’il est vital pour la sécurité américaine. Il est peu probable qu’il soit convaincu du contraire. Cette situation risque de se solder par un échec, comme ce fut le cas au Vietnam, en Somalie, en Irak, en Libye, en Afghanistan et dans la mer Rouge.
En coulisses, la Chine renforce ses liens avec le Japon, fragilisant l’alliance américano-japonaise. Pékin dispose d’une décennie pour exploiter son avantage en matière de terres rares avant que l’Occident ne développe des alternatives. Les restrictions à l’exportation de produits à double usage, notamment les terres rares, pourraient paralyser l’économie japonaise. Reuters
La Chine et les États-Unis incarnent deux approches radicalement différentes de la politique de puissance. La Chine agit avec précision, après une analyse rigoureuse, tandis que les États-Unis semblent jeter tout contre le mur, espérant que quelque chose adhérera. Il est essentiel de comprendre cette différence avant de parier sur les résultats.
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