Publié le 21 novembre 2025 à 10h17. Les fréquentes interruptions de trafic ferroviaire en Suède, imputées à des défaillances de signalisation, des caténaires endommagées ou des rails défectueux, sont le symptôme d’un manque d’investissement et d’une gestion défaillante sur une décennie, selon un rapport accablant.
- Un rapport récent pointe un manque d’amélioration significatif dans la gestion du réseau ferroviaire suédois au cours des dix dernières années.
- Les procédures d’appel d’offres publiques sont critiquées pour favoriser les offres les plus basses au détriment de la qualité et de la maintenance.
- Un matériel de pointe, capable d’accélérer les travaux de rénovation, est actuellement utilisé en Norvège, alors que le réseau suédois attend toujours.
Les pannes à répétition qui perturbent le trafic ferroviaire suédois trouvent leur origine dans une situation alarmante : très peu de progrès ont été réalisés ces dix dernières années, selon l’expert ferroviaire Gunnar Alexandersson. Dans un rapport publié récemment, il dresse un bilan sans concession de l’état du secteur.
Alexandersson, qui avait déjà réalisé en 2015 la plus complète enquête d’État sur le chemin de fer suédois, s’est vu confier une mission plus restreinte : examiner le contrôle des coûts de l’Agence du trafic. Il en a profité pour élargir sa perspective et évaluer les évolutions sur la dernière décennie.
L’universitaire, connu pour sa rigueur et son objectivité, ne s’engage pas dans des thèses simplistes. Pourtant, son rapport est riche en critiques, notamment concernant le manque de supervision de l’administration suédoise des transports sur l’ensemble du système ferroviaire, un problème déjà soulevé en 2015. Il lui manquait alors une vision globale et un contrôle effectif sur les systèmes de signalisation et les lignes caténaires.
Lors d’une évaluation l’été dernier, il avait noté que l’administration suédoise des transports était sur le point de disposer d’un système informatique centralisant les informations sur le réseau ferroviaire. Un an et demi plus tard, ce système n’est toujours pas opérationnel, une situation que Alexandersson qualifie de « très problématique ».
Le rapport s’attaque également aux procédures d’achat de l’Agence suédoise des transports, considérées comme la cause principale du retard dans la maintenance et de l’augmentation de la dette d’entretien, qui s’élève désormais à 30 000 couronnes suédoises (environ 2 600 euros) et ne cesse de croître. L’administration suédoise des transports a recours à Infranord et à des entreprises privées pour la maintenance, dans un marché où la concurrence est limitée. Les appels d’offres sont souvent remportés par les offres les plus basses, ce qui conduit à des interventions minimales et des délais prolongés, au détriment des voyageurs.
Le quotidien Dagens Nyheter a souligné à plusieurs reprises que la rénovation de la ligne principale reliant Stockholm à Göteborg pourrait prendre jusqu’à 12 ans, malgré l’existence d’un train d’échange de câbles de pointe, capable de réaliser les travaux beaucoup plus rapidement. Ce matériel est actuellement utilisé… en Norvège.
Le ministre de l’Infrastructure, Andreas Carlson (KD), a lancé plusieurs enquêtes auprès de l’administration suédoise des transports. Cependant, Alexandersson constate une « inertie considérable » dans la mise en œuvre de nouvelles méthodes de travail. Lors d’une rencontre sur le terrain en septembre, le ministre et les représentants de l’administration suédoise des transports ont affirmé vouloir « oser essayer de nouvelles choses » et « avancer », sans pouvoir proposer d’exemples concrets.
Le rapport souligne également l’absence d’un responsable clairement désigné pour la déréglementation du secteur ferroviaire, une question soulevée par la direction de SJ ces dernières années.
« Je fais la même évaluation maintenant. »
Gunnar Alexandersson, expert ferroviaire
Il est à noter que l’enquête de 2015, qui a mobilisé 80 personnes pendant près de trois ans et coûté 10,3 millions de couronnes suédoises (environ 900 000 euros), est restée largement sans suite.
Pour en savoir plus :
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