Publié le 2 novembre 2023. Le dernier film de Shane Black, «Play Dirty», une comédie d’action et de braquage ambitieuse, peine à convaincre malgré un casting solide et des scènes spectaculaires, s’avérant être l’un des opus les moins mémorables du réalisateur.
- Le film souffre d’un manque de charisme de la part de son acteur principal, Mark Wahlberg, qui ne parvient pas à incarner pleinement le personnage complexe de Parker.
- L’intrigue, bien que riche en rebondissements, apparaît confuse et manque de cohérence, diluant l’impact émotionnel des événements.
- Malgré quelques performances secondaires remarquables, le film peine à trouver un équilibre entre humour noir, action et suspense.
Shane Black, connu pour des films d’action intelligents et souvent humoristiques tels que «Arme Fatale» (1987), «Kiss Kiss Bang Bang» et «Les Braves Types» (2016), signe ici un film qui, sans être désagréable, manque cruellement de la verve et de l’originalité qui caractérisent habituellement son travail. Si le réalisateur reste l’un des rares cinéastes américains capables de divertir avec constance, même un film «décent» de Black laisse une impression de déception.
Le principal reproche adressé à «Play Dirty» concerne le choix de Mark Wahlberg pour incarner Parker. L’acteur, présent sur les écrans depuis près de trente ans, ne semble pas apporter grand-chose de nouveau à ce rôle. Il ne dégage pas l’aura de mystère et de danger nécessaire pour un personnage de ce type. Comme le souligne l’analyse, il n’est pas particulièrement drôle, ni convaincant dans les scènes romantiques (à moins d’être associé à une actrice aussi talentueuse qu’Amy Adams dans «The Fighter»). Sa palette d’interprétation, bien que correcte dans les scènes d’action, apparaît limitée, le rendant moins expressif que des légendes comme Clint Eastwood.
En tant que Parker, Wahlberg se montre peu convaincant, même face à des figurants. Un personnage redoutable doit dégager un magnétisme, même dans le silence. Or, l’acteur se contente d’un regard indéchiffrable, oscillant entre la perplexité et la distraction. L’intrigue, volontairement complexe, accumule les trahisons et les retournements de situation. Parker est constamment trahi, donné pour mort, puis resurgit pour se venger de ceux qui l’ont cru vaincu. Cette dynamique, inspirée des romans de Parker, devient rapidement répétitive.
Le film s’inspire des romans de Parker écrits par Black, Charles Mondry et Anthony Bagarozzi, mais s’en éloigne considérablement. Il s’apparente davantage à une œuvre de fan-fiction de qualité, comparable à la série télévisée «Hannibal» ou à la série «Jack Reacher» sur Amazon (qui a également financé et distribué «Play Dirty» sous la bannière MGM, désormais propriété de Jeff Bezos). Les éléments et les personnages des romans sont présents, mais dispersés de manière aléatoire. Des références méta-textuelles, comme le siège social de l’organisation criminelle Westlake Group, ajoutent une couche supplémentaire de complexité, sans pour autant améliorer la cohérence de l’ensemble.
L’entreprise Westlake Group est en réalité un écran pour une puissante organisation criminelle qui a déjà tourmenté Parker dans le roman Le Chasseur, adapté sous les titres «Point Blank» et «Payback». Le chef, Lozini (Tony Shalhoub), se présente initialement comme un homme d’affaires respectable, mais il est en réalité bien plus dangereux qu’il n’y paraît, disposant d’une armée d’assassins à ses ordres. L’histoire est construite sur des couches successives de tromperies, qui finissent par lasser le spectateur. Les personnages semblent d’ailleurs peu concernés par les événements qui se déroulent sous leurs yeux. Même les meurtres des associés de Parker ne semblent pas le perturber outre mesure.
Le braquage initial sert de prélude à un coup beaucoup plus audacieux : le vol de trésors d’art exposés aux Nations Unies. Le dictateur en place compte vendre ces trésors pour financer son régime, tandis qu’un groupe de rebelles souhaite les dérober pour financer un coup d’État. Parker, quant à lui, pourrait toucher une somme de 300 millions de dollars (moins les pots-de-vin et autres dépenses).
Shane Black excelle dans la création de personnages secondaires mémorables, même lorsqu’ils n’apparaissent que brièvement à l’écran. Nick Russell et Saskia Archer brillent dans le braquage initial, incarnant respectivement un directeur de banque inquiet de paraître faible aux yeux de sa fiancée, et cette dernière, qui se moque de ses préoccupations. Adam Dunn est hilarant dans le rôle de Reggie Riley, un escroc du New Jersey excentrique, vêtu d’un ensemble blanc et orné d’une boucle d’oreille en diamant. Gretchen Mol, malgré un rôle secondaire, parvient à susciter l’empathie de Wahlberg, apportant une touche d’humanité à un film par ailleurs distant.
La morale du film est ambiguë. Parker commet des actes répréhensibles qui le qualifieraient de méchant s’il portait un autre nom. À un moment donné, il offre une compensation financière à une femme dont le mari vient d’être abattu, quelques instants après le meurtre, qui se déroule sous ses yeux. Cette scène est d’une insensibilité choquante. Il est difficile de savoir si Black souhaite dépeindre un commentaire cynique sur l’honneur parmi les voleurs, la psychopathie de Parker, ou simplement une blague de mauvais goût.
Wahlberg est entouré d’acteurs qui le surpassent en jeu, même lorsqu’il réalise des prouesses physiques. Lakeith Stanfield (Lakeith Stanfield) se distingue dans le rôle de Grofield, un voleur qui utilise ses gains illicites pour financer un théâtre expérimental dans le Midwest. Alan Silvestri (Alan Silvestri), compositeur de musique de film à l’ancienne («Forrest Gump», «Retour vers le futur»), apporte une touche d’âme au film, qui en manque cruellement.
Malgré un budget conséquent, le film apparaît visuellement peu convaincant. Les décors censés représenter New York et le New Jersey semblent artificiels et réalisés en images de synthèse. La qualité de la réalisation est inégale. Une scène d’action se déroulant sur un hippodrome est particulièrement maladroite, avec des chevaux qui semblent sortir d’un jeu vidéo. Les voitures volent dans les airs sans gravité. Une séquence impliquant un train surélevé est si caricaturale qu’elle aurait fait réagir William Friedkin, le réalisateur de «French Connection».
En fin de compte, «Play Dirty» est un film décevant, qui ne parvient pas à exploiter pleinement son potentiel. Mark Wahlberg, malgré ses efforts, ne parvient pas à incarner un personnage complexe et fascinant. L’intrigue, bien que riche en rebondissements, manque de cohérence et d’impact émotionnel. Le film est sauvé par quelques performances secondaires remarquables et par la présence de Shane Black à la réalisation, mais il reste l’un des opus les moins mémorables de sa filmographie.