Publié le 29 octobre 2025 à 08h09. Le dégel fragile entre Séoul et Tokyo passe un premier test majeur avec l’arrivée de Sanae Takaichi au pouvoir à Tokyo. Le sommet de l’APEC à Gyeongju, en Corée du Sud, sera l’occasion d’évaluer si la nouvelle Première ministre japonaise poursuivra sur la voie du rapprochement initiée par ses prédécesseurs.
- La rencontre entre le président sud-coréen Lee Jae Myung et la Première ministre japonaise Sanae Takaichi, en marge du sommet de l’APEC, est perçue comme cruciale pour l’avenir des relations bilatérales.
- Les observateurs estiment que la position de Takaichi sera déterminante pour maintenir la dynamique positive actuelle, malgré ses antécédents en tant que révisionniste historique.
- Séoul prépare une stratégie axée sur la coopération économique et trilatérale (avec les États-Unis) tout en tenant compte des relations tendues avec Pékin.
Gyeongju, province du Gyeongsang du Nord – L’amélioration des relations entre la Corée du Sud et le Japon est confrontée à un moment décisif avec l’arrivée au pouvoir de Sanae Takaichi à Tokyo. Le sommet de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) et de la Coopération économique Asie-Pacifique (APEC) qui se tient cette semaine à Gyeongju, en Corée du Sud, sera l’occasion d’évaluer si la nouvelle Première ministre japonaise entend poursuivre la voie du dialogue et de la coopération initiée par ses prédécesseurs, Fumio Kishida et Shigeru Ishiba.
Selon des analystes basés à Séoul et à Washington, le succès de cette tentative de réconciliation dépendra désormais plus de l’attitude de Sanae Takaichi que de la volonté du président sud-coréen Lee Jae Myung. La première rencontre en personne entre les deux dirigeants, prévue dans le cadre de la Semaine des dirigeants économiques de l’APEC (du lundi au samedi), sera scrutée de près.
L’administration Lee a fait de l’amélioration des relations avec le Japon une priorité diplomatique. Il est donc essentiel, selon les observateurs, que cette dynamique soit maintenue sous la nouvelle direction japonaise.
« L’administration Lee doit poursuivre son approche actuelle et engager la nouvelle Première ministre Sanae Takaichi de manière pragmatique, mais également lui proposer un partenariat pour que la Corée et le Japon servent de forces stabilisatrices dans la région Indo-Pacifique. »
Troy Stangarone, chercheur non-résident à l’Institut Carnegie Mellon pour la stratégie et la technologie
Le Japon était la première destination des voyages officiels du président Lee et de sa ministre des Affaires étrangères, Cho Hyun, avant leur visite aux États-Unis. En août dernier, Lee et l’alors Premier ministre Ishiba avaient publié un communiqué commun soulignant l’importance d’une « coopération tournée vers l’avenir » et d’une collaboration dans les secteurs émergents, face aux défis communs et concernant la Corée du Nord. Il s’agissait de la première déclaration de ce type entre les dirigeants des deux pays depuis 2008.
Cependant, l’arrivée de Sanae Takaichi au poste de Première ministre a suscité des inquiétudes à Séoul. Connue pour ses positions nationalistes et son penchant pour le révisionnisme historique – à l’image de son mentor, l’ancien Premier ministre Shinzo Abe – Takaichi pourrait remettre en question les progrès réalisés ces derniers mois.
Les observateurs soulignent que la manière dont Séoul et Tokyo aborderont le prochain chapitre de leurs relations dépendra en grande partie de la nouvelle Première ministre japonaise.
« La balle est dans le camp de la Première ministre Takaichi. Elle se considère comme la “Dame de fer” japonaise. Il lui incombera de faire preuve d’une approche pragmatique similaire à celle de Lee. »
Troy Stangarone, chercheur non-résident à l’Institut Carnegie Mellon pour la stratégie et la technologie
John Delury, chercheur principal à l’Asia Society, partage ce point de vue :
« Le président Lee a démontré son engagement à maintenir l’élan dans l’amélioration des relations avec le Japon, malgré les questions historiques non résolues. »
John Delury, chercheur principal à l’Asia Society
Les conflits historiques liés à la domination coloniale japonaise sur la péninsule coréenne (de 1910 à 1945) restent un obstacle majeur. Delury estime qu’il revient à Takaichi de prouver qu’elle placera les intérêts du Japon en matière de sécurité, de prospérité et de démocratie au-dessus de ses convictions personnelles en matière de révisionnisme historique.
Lors de sa première conférence de presse le 21 octobre, Takaichi a toutefois affiché une volonté de travailler avec la Corée du Sud, exprimant son intention de développer les liens bilatéraux « d’une manière stable et orientée vers l’avenir » et annonçant son souhait de rencontrer Lee Jae Myung. Elle a même tenté de rassurer ses détracteurs en avouant son affection pour la cuisine et les cosmétiques coréens, ainsi que son intérêt pour les séries télévisées coréennes.
« Il semble y avoir diverses inquiétudes à mon sujet concernant la Corée du Sud. Mais j’aime les algues coréennes, j’utilise des cosmétiques coréens et je regarde des drames coréens. »
Sanae Takaichi, Première ministre du Japon
Andrew Yeo, chercheur principal et président de la Fondation SK-Corée au Centre d’études politiques asiatiques de la Brookings Institution, estime que Takaichi semble reconsidérer sa position sur les relations avec la Corée :
« Takaichi semble s’inspirer du propre manuel de Lee sur la diplomatie pragmatique. Il faut également noter qu’elle n’a pas visité le sanctuaire Yasukuni. »
Andrew Yeo, chercheur principal et président de la Fondation SK-Corée
La non-visite du sanctuaire Yasukuni lors du festival d’automne, début octobre, avant son investiture, marque un changement par rapport à ses habitudes antérieures, même lorsqu’elle occupait des fonctions ministérielles. Ce sanctuaire, qui honore les morts de la guerre au Japon, y compris les criminels de guerre de la Seconde Guerre mondiale, est une source de tensions persistantes avec la Corée du Sud et d’autres pays voisins.
Le premier sommet Lee-Takaichi, en marge du sommet de l’APEC, ne permettra pas d’engager des discussions approfondies, mais constituera une occasion importante de définir l’orientation future des relations entre Séoul et Tokyo. La Corée du Sud pourrait profiter de ce sommet pour proposer un programme de coopération économique et trilatérale, tout en tenant compte des relations complexes avec la Chine, dont le président Xi Jinping assistera également au sommet de l’APEC et rencontrera Lee Jae Myung pour son premier sommet en personne avec le dirigeant sud-coréen depuis 2014.
Séoul devra également veiller à maintenir une diplomatie de navette, en encourageant Takaichi à poursuivre les visites réciproques des dirigeants, afin d’assurer une communication étroite et d’éviter les surprises.
