Washington – Les États-Unis vont enfin publier les documents gouvernementaux liés à l’affaire Jeffrey Epstein, après un revirement de dernière minute de l’administration Trump. Cette décision, obtenue après une bataille au Congrès, intervient dans un contexte de vives critiques et de pressions pour faire la lumière sur les réseaux du financier condamné pour exploitation sexuelle de mineures.
La Chambre des représentants a adopté mardi une loi obligeant la divulgation de documents non classifiés concernant l’enquête sur les activités d’Epstein et les circonstances de sa mort en prison, officiellement classée comme un suicide. Le vote a été massif, avec 427 voix pour et seulement une voix contre, celle du représentant Clay Higgins (Républicain de Louisiane), fervent défenseur de Donald Trump et à l’origine d’une assignation à comparaître au ministère de la Justice.
Le président Trump, qui s’était initialement opposé à la publication de ces dossiers, a finalement donné son feu vert dimanche soir, affirmant sur les réseaux sociaux que les Républicains devraient voter pour la loi « parce que nous n’avons rien à cacher ». Il a également déclaré aux journalistes qu’il avait « expulsé » Epstein de son club il y a des années, le qualifiant de « pervers malade ».
Ce changement d’attitude intervient après que des fissures sont apparues au sein du parti Républicain. De nombreux élus étaient prêts à défier le président, et une pétition de décharge – une procédure parlementaire exceptionnelle – a été signée par tous les Démocrates et quatre Républicains pour forcer le vote à la Chambre.
Les législateurs insistent sur le fait que le public a droit à des réponses dans cette affaire qui compte plus de 1 000 victimes présumées. « Je ne peux m’empêcher d’être sceptique quant à l’agenda », a déclaré Haley Robson, une survivante qui a témoigné avant le vote, rappelant qu’elle avait été recrutée pour masser Epstein à l’âge de 16 ans. « Je suis traumatisée, je ne suis pas stupide. »
L’affaire Epstein a mis en lumière les liens du financier avec des personnalités puissantes. Donald Trump affirme que les documents révèleront les connexions de démocrates de premier plan avec Epstein, mais il est lui-même soumis à un examen minutieux concernant son amitié de plusieurs années avec l’homme d’affaires accusé d’avoir fourni des mineures à des hommes riches et influents.
Le Sénat devrait adopter rapidement le projet de loi et l’envoyer à la Maison Blanche. Cependant, l’impact réel de cette divulgation reste incertain. Le ministère de la Justice conserve un large pouvoir discrétionnaire pour retenir des informations si leur divulgation « risquait de compromettre une enquête fédérale active ».
En outre, l’ancien chef du Trésor américain s’est retiré de ses fonctions publiques suite aux révélations concernant ses liens avec Epstein. La saga a également révélé des tensions au sein du parti Républicain, notamment avec Marjorie Taylor Greene, une fervente supportrice de Trump, qui a exprimé ses doutes sur les motivations du président.
« Le véritable test sera : le ministère de la Justice publiera-t-il les dossiers ? Ou est-ce que tout cela restera lié aux enquêtes ? », s’est interrogée Greene lors d’une conférence de presse.
