Publié le 21 décembre 2025 à 21h42. Le Japon envisage pour la première fois depuis des décennies la possibilité de se doter d’armes nucléaires, une volte-face potentielle motivée par les tensions géopolitiques croissantes en Asie et une remise en question de la fiabilité de la dissuasion américaine.
- Un haut fonctionnaire du gouvernement japonais a évoqué la nécessité pour le pays de disposer d’une capacité nucléaire pour sa propre défense.
- Cette discussion intervient alors que Tokyo revoit sa politique de sécurité face aux menaces de la Chine, de la Corée du Nord et de la Russie.
- La Première ministre Sanaje Takaichi, connue pour ses positions conservatrices, a déjà exprimé des doutes sur l’engagement japonais à ne pas accueillir d’armes nucléaires étrangères.
Une déclaration surprenante émane de l’entourage de la Première ministre japonaise Sanaje Takaichi : le Japon pourrait avoir besoin de l’arme nucléaire pour assurer sa sécurité. Cette annonce, rapportée par l’agence Kyodo et relayée par Latvijas Sabiedriskie Mediji, a suscité l’émoi au Japon et à l’étranger. La source est un responsable anonyme travaillant directement au sein du bureau de la Première ministre et impliqué dans l’élaboration de la politique de sécurité nationale.
Cette prise de position est d’autant plus significative que le Japon est le seul pays à avoir subi les conséquences directes d’une attaque nucléaire. Depuis 1967, le pays s’est engagé à respecter les « Trois principes non nucléaires » : ne pas posséder, ne pas produire et ne pas autoriser l’introduction d’armes nucléaires sur son territoire. Ces principes ont constitué le fondement de sa doctrine de sécurité d’après-guerre.
Selon le responsable gouvernemental, maintenir ces principes tout en s’appuyant sur la dissuasion nucléaire américaine, dite « dissuasion étendue », devient de plus en plus difficile. Il a reconnu qu’acquérir l’arme nucléaire serait un défi majeur pour le Japon, mais a souligné que les discussions et les rumeurs actuelles reflètent une frustration croissante face à la dépendance vis-à-vis de ses alliés, notamment dans un contexte d’incertitude quant à l’évolution de la politique américaine.
La Première ministre Takaichi, entrée en fonction le 21 octobre 2025, et première femme à occuper ce poste, a déjà laissé entendre qu’elle pourrait être plus encline à adopter une politique de défense plus ferme. Dans son livre publié en 2024, elle avait notamment remis en question le troisième principe non nucléaire, estimant qu’il pourrait ne pas être réaliste si les États-Unis décidaient de déployer leurs propres armes nucléaires sur le sol japonais afin de dissuader d’éventuels adversaires. Bien qu’elle ait récemment esquivé une réponse directe sur ce sujet devant le Parlement, évoquant un manque de « moment opportun » pour aborder cette question dans le cadre de la révision des documents de sécurité, ces éléments confirment son orientation conservatrice et sa volonté de renforcer l’autonomie défensive du Japon.
Le secrétaire en chef du cabinet, Minoru Kihara, a tenté de calmer les inquiétudes en affirmant que les « Trois principes non nucléaires » restent actuellement les lignes directrices de la politique gouvernementale. Cependant, des rumeurs persistantes concernant un possible changement de cap ont exacerbé les tensions, certains membres du Parti libéral-démocrate (PLD) au pouvoir plaidant déjà pour le déploiement d’armes nucléaires américaines dans des ports ou sur des plateformes japonaises.
Un éventuel revirement sur cette question se heurterait probablement à une forte opposition de la part de l’opinion publique japonaise, traditionnellement très sensible à la question nucléaire. Bien que le débat ait été relancé ces derniers temps en raison des menaces régionales, le soutien à la possession d’armes nucléaires par le Japon reste minoritaire. Le responsable qui a initié la discussion a d’ailleurs reconnu que la révision des principes nécessiterait un important capital politique.
Les analystes soulignent que cette déclaration est d’autant plus significative que Sanaje Takaichi est une proche de l’ancien Premier ministre Shinzo Abe, dont la politique était axée sur un nationalisme affirmé et un renforcement des capacités militaires du Japon. La révision des trois documents stratégiques de sécurité, dont la Stratégie de sécurité nationale, devrait être achevée d’ici fin 2026, et ce sujet devrait rester au cœur des discussions.
