Publié le 20 novembre 2025. Une découverte génétique pourrait expliquer pourquoi certaines plaies chroniques, comme les ulcères diabétiques, mettent plus de temps à guérir chez les personnes rousses, et ouvre la voie à de nouveaux traitements ciblés.
- Une étude de l’Université d’Édimbourg révèle un lien entre le gène MC1R, responsable de la pigmentation, et la capacité à cicatriser.
- Les personnes rousses, porteuses de variantes du gène MC1R, présentent une inflammation prolongée et une cicatrisation plus lente.
- Un traitement topique ciblant le MC1R a montré des résultats prometteurs sur des modèles animaux, accélérant la guérison et réduisant les cicatrices.
Les plaies chroniques, qu’il s’agisse d’ulcères diabétiques, d’escarres ou de plaies veineuses, représentent un défi majeur pour les systèmes de santé, en particulier pour les populations vieillissantes. Ces blessures, caractérisées par une inflammation persistante, sont souvent sujettes à l’infection et entraînent des complications pour les patients. Si l’inflammation est un élément essentiel du processus de cicatrisation, elle devient contre-productive dans les plaies chroniques, entravant la réparation tissulaire.
Des chercheurs de l’Université d’Édimbourg ont identifié une caractéristique génétique commune aux plaies chroniques et ont mis au point une approche potentielle pour inverser une partie de l’inflammation et accélérer la guérison. Leurs travaux, publiés dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences, mettent en évidence le rôle inattendu du gène MC1R dans la cicatrisation.
Ce gène, bien connu pour son implication dans la pigmentation et la protection contre les rayons ultraviolets, influence également la réponse inflammatoire et la réparation des tissus. L’équipe a analysé des données de séquençage d’ARN unicellulaire issues de plaies humaines pour identifier une dérégulation d’une voie de signalisation impliquant l’axe POMC-MC1R. Ils ont constaté que cette dérégulation est une caractéristique fréquente des plaies chroniques, telles que les escarres diabétiques, veineuses ou de pression, et qu’elle est liée à une inactivation ou une activité réduite de la protéine MC1R.
Or, l’activité de la protéine MC1R est étroitement liée à la couleur des cheveux. Les personnes aux cheveux bruns ou noirs possèdent généralement des variantes du gène MC1R fonctionnant normalement, maintenant la protéine active. À l’inverse, les rousses présentent des variantes qui désactivent complètement ou partiellement le MC1R. Les personnes blondes ont souvent au moins un certain niveau d’activité MC1R.
Pour confirmer ces observations, les chercheurs ont mené des expériences sur des souris, en comparant la cicatrisation des plaies chez des individus à fourrure rouge (avec un MC1R altéré) et noire. Les résultats ont été frappants : 95,0 % des plaies des souris rousses présentaient encore une croûte après sept jours, contre seulement 68,8 % chez les souris noires. De plus, les souris rousses ont montré une réépithélialisation retardée et une augmentation des pièges extracellulaires de neutrophiles (NET), des structures en forme de toile qui piègent et détruisent les agents pathogènes dans les plaies.
« Nous observons que l’absence de MC1R fonctionnel perturbe profondément la cicatrisation, entraînant un retard significatif de la fermeture de la plaie, détectable 1, 7, 10 et 14 jours après la blessure. »
Auteurs de l’étude
Forts de ces résultats, les chercheurs ont testé un traitement potentiel : un agoniste topique du MC1R, appliqué sur la moitié d’un groupe de souris blessées, l’autre moitié recevant un gel placebo après un débridement des plaies. L’application de l’agoniste MC1R a permis de rétablir la cicatrisation, de réduire l’exsudat, d’améliorer la formation de nouveaux vaisseaux sanguins et de diminuer la production de NET. De manière inattendue, le traitement a également réduit les cicatrices des plaies aiguës.
« Le traitement par agoniste MC1R après débridement a amélioré la réponse de guérison, avec une réduction supplémentaire de 33 % de la surface de la plaie par rapport au débridement seul à 14 jours, atteignant 68 % à 21 jours. »
Auteurs de l’étude
Il est important de noter que ce traitement ne sera efficace que chez les personnes possédant des protéines MC1R au moins partiellement fonctionnelles. Si le gène est complètement désactivé, le traitement ne pourra pas agir. C’est pourquoi les tests sur les souris n’ont été réalisés que sur des individus à fourrure foncée.
Néanmoins, cette approche thérapeutique s’annonce prometteuse pour de nombreux patients souffrant de plaies chroniques. Bien que les modèles murins utilisés dans ces expériences soient conçus pour reproduire au mieux le fonctionnement des plaies humaines, ils ne peuvent pas entièrement refléter la complexité des plaies chroniques chez l’homme.
Des essais cliniques sur des humains sont en préparation. L’équipe de recherche est optimiste, car les agonistes du MC1R ont déjà été utilisés dans d’autres traitements et présentent des profils de sécurité favorables.
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