Publié le 25 octobre 2024 19:04:00. Le retour de Donald Trump à la Maison Blanche est marqué par une diplomatie imprévisible, oscillant entre déclarations fracassantes et initiatives surprenantes, notamment au Moyen-Orient. Cette approche, qualifiée de transactionnelle, inquiète les alliés des États-Unis et pourrait conduire à un isolement croissant du pays.
- Donald Trump utilise une communication directe et souvent provocatrice via les réseaux sociaux, notamment Truth Social, pour influencer la politique étrangère.
- Sa gestion du conflit israélo-palestinien, notamment sa présentation d’un cessez-le-feu à Gaza comme une paix acquise, est critiquée pour son manque de substance.
- Les relations de Trump avec des dirigeants étrangers, comme Vladimir Poutine et Benjamin Netanyahu, sont caractérisées par une recherche de liens personnels qui ne se traduisent pas toujours par des avancées diplomatiques concrètes.
Washington – Donald Trump continue de redéfinir les règles du jeu politique, tant sur la scène intérieure qu’internationale. Son retour à la Maison Blanche laissait présager un changement radical dans la politique étrangère américaine, et les 276 premiers jours de sa présidence n’ont pas démenti cette attente. Ils ont été jalonnés de menaces proférées en majuscules sur Truth Social, d’annonces unilatérales, de revirements inattendus et même de menaces voilées, notamment à l’égard d’installations nucléaires iraniennes ou de groupes qualifiés de « narcoterroristes ».
L’imprévisibilité est devenue la marque de fabrique du président américain, qui a adopté des méthodes impensables, voire répréhensibles, pour ses prédécesseurs. « Même si ces méthodes attirent l’attention, l’essentiel réside dans sa capacité à imposer une réalité qui n’est pas encore ancrée dans l’esprit des gens. C’est ce qu’il a fait avec le cessez-le-feu à Gaza », explique à l’ARA l’ancien consultant du ministère de la Défense et vice-président du Conseil américain de la politique étrangère.
Trump ne s’est pas contenté de présenter le fragile cessez-le-feu comme une victoire pacifique. Le sommet égyptien, baptisé avec emphase « sommet de la paix », a vu une vingtaine de dirigeants internationaux se succéder pour saluer le président républicain. Trump affirme sans cesse avoir ramené la paix dans la région après des siècles de conflit, mais son administration peine à expliquer les modalités du désarmement du Hamas ou l’avenir des demandes de reconnaissance d’un État palestinien.
Le week-end dernier, alors qu’Israël reprenait ses bombardements sur Gaza, Trump continuait de parler de paix. Comme le disent les Américains, il s’agit d’appliquer le principe du « fake it till you make it » (faire semblant jusqu’à réussir) à la diplomatie. « Il crée le concept, puis agit comme si toutes les parties étaient d’accord, dans l’espoir que ce soit le cas. Un cessez-le-feu n’est pas synonyme d’accord de paix ; il ne débouche pas automatiquement sur un plan en 20 points, car ce plan inclut des éléments tels que le désarmement du Hamas et la fin de son contrôle sur Gaza, et ils ne donnent aucune indication quant à leur intention de le faire », analyse Berman.
Une approche entrepreneuriale de la diplomatie
« C’est clairement le style d’un homme d’affaires. Il négocie comme un homme d’affaires : en tissant des liens personnels avec les autres dirigeants, en parlant d’homme à homme », explique Daniel Green, professeur de relations internationales à l’Université du Delaware. Cette obsession se manifeste dans ses relations avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu – avec qui Trump entretient des liens étroits – et avec le président russe Vladimir Poutine. Trump a cherché à se rapprocher personnellement de Poutine, mais, souligne Green, il réalise qu’il ne négocie pas seulement en tant qu’individu, mais en tant que représentant d’un pays.
« Il procède par étapes, car la plupart de ses conseillers sont d’accord avec lui, mais il commence à comprendre que Poutine n’est pas un ami des États-Unis. Et je pense que Rubio l’aide également à prendre conscience de cela », note Green. Trump a d’ailleurs admis mercredi au secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte : « Chaque fois que je parle à Poutine, nos conversations sont bonnes, mais elles ne mènent à rien. » Le refroidissement des relations avec Moscou s’est également traduit par un nouveau paquet de sanctions contre les compagnies pétrolières russes – le premier depuis son retour au pouvoir – et par les déclarations contradictoires de Trump, qui a oscillé la semaine dernière entre la promesse de livrer des Tomahawk à Volodymyr Zelensky pour intimider Poutine, et des critiques acerbes envers le président ukrainien, avant de finalement punir la Russie avec des sanctions.
« Je ne pense pas que cette imprévisibilité soit préméditée, mais plutôt qu’il vit la diplomatie de manière très personnelle. Lorsqu’il est frustré, comme cela a été le cas avec Poutine ou Netanyahu, il ne tarde pas à le faire savoir », souligne Green. Une grande partie des annonces et des avertissements sont basés sur des messages colériques publiés sur Truth Social, une approche peu conventionnelle et éloignée des usages diplomatiques, mais qui, selon Green, « a parfois fonctionné pour lui ». Il s’agit toutefois de victoires « à court terme », car l’imprévisibilité et l’agressivité dont le président a fait preuve envers certains alliés – notamment européens – pourraient conduire les États-Unis à s’isoler. « D’autres pays vont commencer à chercher des moyens d’opérer en dehors des États-Unis, et c’est déjà le cas. Le Canada est désormais beaucoup plus proche de l’Europe et nos relations avec le Canada sont très mauvaises. Les États-Unis risquent de devenir encore plus isolés en raison de l’imprévisibilité de Trump », conclut le professeur.