Publié le 3 novembre 2025 à 22h03. La politique étrangère indonésienne connaît un tournant sous la présidence de Prabowo Subianto, qui privilégie un engagement renforcé avec le monde musulman, mais cette approche centralisée suscite des inquiétudes quant à sa pérennité et à son efficacité.
- Le président Prabowo Subianto a dynamisé la diplomatie indonésienne auprès des pays musulmans dès sa première année de mandat.
- Cette approche, très personnalisée, manque d’ancrage institutionnel et risque de souffrir d’un manque de coordination et de pensée de groupe.
- Pour transformer cette visibilité accrue en influence réelle, l’Indonésie doit institutionnaliser sa politique étrangère au sein de son administration.
Depuis son accession à la présidence, Prabowo Subianto a fait du rapprochement avec le monde islamique une priorité de sa politique étrangère. S’appuyant sur l’expérience acquise durant son mandat de ministre de la Défense, il a multiplié les voyages et les rencontres diplomatiques, notamment en Palestine, afin de renforcer les liens de l’Indonésie avec les pays musulmans. Cette orientation s’inscrit dans la continuité de la politique menée par son prédécesseur, Joko Widodo, qui avait également cherché à développer les investissements en provenance du Moyen-Orient et participé activement aux sommets de l’Organisation de la coopération islamique.
Cependant, la manière dont Prabowo Subianto aborde la politique étrangère diffère sensiblement de celle de son prédécesseur. Alors que Joko Widodo privilégiait une approche pragmatique, axée sur les considérations économiques, Prabowo se présente comme un acteur mondial proactif, cherchant à positionner l’Indonésie comme une voix influente au sein de l’Oumma. En un an, il a visité 25 pays et s’est efforcé de renforcer les relations bilatérales, notamment en matière de défense avec la Turquie et certains pays du Moyen-Orient.
Cette centralisation de la politique étrangère au sein de la présidence, au détriment du corps diplomatique traditionnel, suscite des inquiétudes. Les diplomates de carrière pourraient se sentir marginalisés, tandis que le risque de pensée de groupe augmente, les voix dissidentes étant potentiellement étouffées. Sans contrepoids institutionnels, le président risque de s’enfermer dans une chambre d’écho où la loyauté prime sur l’évaluation critique. Des lacunes de coordination et des mesures de mise en œuvre incohérentes commencent déjà à se manifester, les décisions politiques dépassant les capacités bureaucratiques.
Plusieurs facteurs nationaux expliquent cette approche. Prabowo Subianto bénéficie d’un soutien plus large au sein des organisations islamiques indonésiennes, telles que Nahdatul Ulama et Muhammadiyah, ainsi que des partis islamiques, ce qui lui confère une plus grande marge de manœuvre diplomatique. De plus, les questions liées au monde musulman ont été utilisées pour justifier des remaniements au sein de l’administration, comme la nomination d’Annis Matta, présidente du Parti Vague du Peuple, au poste de vice-ministre des Affaires étrangères, chargée de la diplomatie avec le monde islamique, ou encore l’ascension de Haïkal Hassan au sein de l’agence organisatrice de l’assurance des produits Halal .
Selon une enquête récente menée par Indicateurs politiques, l’opinion publique indonésienne considère la Malaisie, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis comme parmi ses cinq alliés les plus proches. L’Indonésie ne manque pas de soutien populaire pour renforcer ses liens avec le monde musulman, mais elle doit désormais transformer cette sympathie en résultats concrets, en traduisant les déclarations d’intention en projets et en capacités opérationnelles.
L’activisme diplomatique de Prabowo Subianto apporte des avantages politiques à son administration, en consolidant ses relations avec les organisations islamiques indonésiennes et en ouvrant de nouvelles opportunités économiques. Cependant, pour que cette politique porte ses fruits à long terme, il est impératif qu’elle soit institutionnalisée au sein du ministère des Affaires étrangères et des agences compétentes, afin d’éviter les dérives et de garantir sa cohérence et sa pérennité.
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