Publié le 26 septembre 2024. La plateforme de vente en ligne Shein est sous le feu des critiques en France après la découverte de poupées sexuelles sur son site, suscitant une réaction ferme du gouvernement et une enquête parlementaire.
- La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a signalé la présence de ces produits sur Shein.
- Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, a menacé d’interdire Shein du marché français en cas de récidive.
- Shein a retiré les produits concernés et a lancé une enquête interne, tout en assurant que la lutte contre l’exploitation des enfants est une priorité.
L’affaire intervient quelques jours seulement avant l’ouverture du premier magasin physique de Shein à Paris, au sein du grand magasin BHV Marais, et a déjà provoqué une vive contestation.
La DGCCRF a découvert les poupées sexuelles la semaine dernière et a immédiatement saisi la justice. Roland Lescure a déclaré lundi qu’il n’hésiterait pas à recourir à tous les moyens légaux pour protéger le marché français.
« C’est prévu par la loi. En cas de terrorisme, de trafic de drogue ou de matériel pédopornographique, le gouvernement a le droit de demander que l’accès au marché français soit interdit »
Roland Lescure, ministre de l’Économie
Il a précisé que la loi permet aux autorités d’exiger la suppression rapide de contenus illégaux en ligne, et même le blocage d’un site si ces exigences ne sont pas respectées dans les 24 heures.
Shein a réagi en annonçant avoir interdit tous les produits de poupées sexuelles et en suspendant temporairement sa catégorie de produits pour adultes afin de procéder à un examen approfondi. Le président exécutif de l’entreprise, Donald Tang, a affirmé que l’incident était dû à des annonces de vendeurs tiers et a promis des sanctions sévères.
« La lutte contre l’exploitation des enfants n’est pas négociable pour Shein. Il s’agissait d’annonces sur le marché provenant de vendeurs tiers, mais je prends cela personnellement. La confiance est notre fondement, et nous n’autoriserons rien qui la viole. »
Donald Tang, président exécutif de Shein
L’entreprise a également indiqué qu’elle retraçait l’origine de ces annonces et prendrait des mesures rapides contre les responsables.
Parallèlement, une mission parlementaire d’enquête sur les contrôles des produits importés en France a annoncé qu’elle convoquerait des représentants de Shein pour obtenir des explications. Antoine Vermorel-Marques, rapporteur de la mission, a souligné qu’aucune entreprise ne pouvait se croire au-dessus des lois.
« Aucun acteur économique ne peut se considérer au-dessus des lois. Un détaillant qui vendrait un tel article aurait vu son magasin immédiatement fermé par arrêté préfectoral. Shein doit fournir des explications. »
Antoine Vermorel-Marques, rapporteur de la mission parlementaire
La vente et la diffusion de matériel pédopornographique sont sévèrement punies par la loi française, avec des peines pouvant aller jusqu’à sept ans de prison et 100 000 euros d’amende. La DGCCRF a également souligné que Shein proposait d’autres produits pornographiques sans mesures de filtrage efficaces pour protéger les mineurs.
Fondée en Chine en 2012, Shein s’est rapidement imposée comme un leader mondial de la fast fashion, livrant dans 150 pays. L’entreprise, désormais basée à Singapour, a cependant été critiquée pour ses pratiques de travail et son impact environnemental. L’ouverture de son premier magasin à Paris, au BHV Marais, a suscité une pétition en ligne ayant recueilli plus de 100 000 signatures.
Frédéric Merlin, président de la Société des Grands Magasins, propriétaire du BHV, a qualifié la vente de ces poupées sur Shein d’« indécente » et d’« inacceptable », assurant qu’aucun produit provenant du marché international de Shein ne serait vendu dans son magasin. L’ONG de protection de l’enfance Mouv’Enfants a également organisé une manifestation devant le BHV, dénonçant la complicité de l’entreprise avec un système favorisant les crimes sexuels contre les enfants.
