Publié le 14 janvier 2026. Le chef-d’œuvre de l’animation japonaise « Le Voyage de Chihiro » de Hayao Miyazaki prend vie sur scène dans une adaptation théâtrale spectaculaire, actuellement présentée à Séoul après des succès à Londres et Shanghai.
- Plus de 110 000 dessins originaux ont servi de base au film « Le Voyage de Chihiro », un record pour le Studio Ghibli.
- La mise en scène de la pièce est signée John Caird, connu pour son travail sur la comédie musicale « Les Misérables ».
- Une scène rotative à 360 degrés et des marionnettes élaborées sont au cœur de la production scénique.
Contrairement aux productions animées hollywoodiennes, notamment celles de Pixar, les films du Studio Ghibli se distinguent par leur esthétique analogique, fruit d’un travail minutieux de dizaines de milliers d’illustrations réalisées à la main. « Le Voyage de Chihiro » (2002), couronné d’un Ours d’or à Berlin et d’un Oscar du meilleur long métrage d’animation, reste l’œuvre la plus populaire du Studio Ghibli au box-office. Cette beauté et cette richesse visuelle sont désormais transposées sur scène, dans une adaptation qui explore de nouvelles dimensions artistiques.
La pièce, créée en 2022 pour célébrer le 90e anniversaire de Toho, le principal distributeur japonais de films et de spectacles, a déjà conquis le public à Londres et à Shanghai avant de faire escale à l’Opéra Théâtre du Centre des Arts de Séoul le 7 janvier. John Caird, le metteur en scène, a confié son appréhension initiale lors d’une interview :
« J’étais très inquiet lorsque j’ai visité le Studio Ghibli en 2017 pour envisager une adaptation scénique de cette œuvre. »
John Caird, metteur en scène
Le Studio Ghibli est réputé pour sa protection rigoureuse de ses droits de propriété intellectuelle. Parmi toutes ses productions, seul « Mon voisin Totoro » a jusqu’à présent été autorisé à être joué à l’étranger. Hayao Miyazaki, contre toute attente, a donné son accord, non sans poser la question suivante :
« Qu’est-ce que vous allez en faire ? »
Hayao Miyazaki, réalisateur
L’un des défis majeurs de l’adaptation résidait dans la transposition visuelle de l’univers complexe du film. Comment rendre compte de l’immensité des thermes, des bains et des chambres interconnectées, ainsi que de la mer environnante, sur une seule scène ? L’équipe de production a opté pour une scène rotative à 360 degrés, permettant des transitions fluides et immersives. L’entrée des thermes, élément central du décor, pivote pour révéler l’intérieur, les ateliers de Chihiro et des autres employés, la chaufferie et la chambre de Yubaba. Des portes aux motifs variés sont également utilisées pour suggérer la complexité labyrinthique des lieux.
La pièce respecte fidèlement l’intrigue du film original. Chihiro, bouleversée par un déménagement, se perd avec ses parents dans une forêt et découvre un bâtiment mystérieux. Ses parents, transformés en cochons après avoir dévoré de la nourriture dans un restaurant désert, la laissent seule. Chihiro est alors contrainte de travailler dans un établissement thermal pour esprits dirigé par la redoutable Yubaba, dans l’espoir de retrouver ses parents et de les ramener à leur forme humaine. C’est sous le nom de Sen que Yubaba la connaît.
L’adaptation scénique se distingue par la richesse de ses marionnettes, véritable prouesse technique et artistique. Kaonashi, avec son masque noir, un ver à soie géant aux couleurs anthracite et blanches, un oiseau arborant le visage de Yubaba, un dragon blanc manipulé par un marionnettiste, et une grenouille articulée, sont autant de créations qui captivent le spectateur. La scène où douze acteurs actionnent une marionnette géante de Kaonashi, qui grossit après avoir englouti de la nourriture et des employés, est particulièrement impressionnante. De même, le visage de Yubaba, divisé en plusieurs morceaux et animé par des expressions faciales terrifiantes, et les bras de grand-père Gama, manipulés par quatre acteurs en synchronisation, offrent un spectacle saisissant.
Les trois esprits de la rivière à tête de pierre verte, présents dans la chambre de Yubaba, sont incarnés par un acteur portant uniquement un fundoshi (un type de pagne japonais) et deux masques qu’il manipule avec ses mains. Leur jeu, plus espiègle que dans le film original, apporte une touche d’humour supplémentaire. L’attention du public est également attirée par les marionnettistes, dont le travail acharné et discret est essentiel à la réussite du spectacle. Toby Ollie, le concepteur et réalisateur des marionnettes, a déjà collaboré à de nombreuses productions de renom au Royaume-Uni, telles que « La Ferme des animaux », « Pinocchio », « Peter Pan », « Hansel et Gretel » et « La Petite Sirène ».
Mone Kamishiraishi, révélée au public dans « All at Dawn » (2024) de Sho Miyake, et Rina Kawaei, ancienne membre du groupe d’idoles AKB48, partagent le rôle de Chihiro. La performance de Kamishiraishi, observée lors de la représentation du 13 janvier, a démontré son talent, tant dans la diction que dans l’expression faciale, incarnant avec justesse une écolière attachée à ses parents. Mari Natsuki, Aki Hano et Hitomi Takahashi se relaient dans le rôle de Yubaba, Natsuki ayant prêté sa voix à Yubaba dans l’animation originale. Un orchestre de onze musiciens interprète la musique originale de Joe Hisaishi, agrémentée de deux nouvelles compositions inédites. La pièce est présentée jusqu’au 22 mars.
Journaliste principal Kim Eun-hyung [email protected]
Pour aller plus loin
