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La hausse des prix des denrées alimentaires peut altérer la croissance des enfants tout au long de leur vie

by Nicolas Lefèvre

Publié le 25 mai 2024 14:35:00. Une étude révèle que les fortes augmentations du prix du riz durant l’enfance, notamment en période de crise économique, peuvent avoir des conséquences durables sur la croissance et la santé des individus, même à l’âge adulte.

  • Des chercheurs ont établi un lien entre la crise financière asiatique de la fin des années 1990 et des retards de croissance chez les enfants indonésiens.
  • L’éducation maternelle joue un rôle crucial dans la manière dont les familles réagissent aux chocs alimentaires, en favorisant des choix nutritionnels plus variés.
  • Les enfants vivant en milieu urbain sont particulièrement vulnérables aux hausses des prix alimentaires, car ils dépendent davantage des achats que de la production locale.

Les fluctuations des prix des denrées alimentaires ont un impact immédiat sur le pouvoir d’achat des familles. Mais une nouvelle recherche met en lumière un effet secondaire plus insidieux : les chocs alimentaires vécus durant l’enfance peuvent laisser des séquelles physiques qui persistent pendant des décennies.

L’Indonésie a été le théâtre d’une étude particulièrement révélatrice. À la fin des années 1990, le pays a été frappé par une grave crise économique qui a entraîné une flambée des prix du riz, aliment de base pour des millions de personnes. Des chercheurs de l’Université de Bonn ont analysé les données longitudinales issues de l’Enquête indonésienne sur la vie familiale, une étude qui suit les mêmes individus depuis 1993 dans 13 provinces du pays.

Leurs conclusions sont alarmantes : les enfants exposés à de fortes hausses du prix du riz étaient plus susceptibles de présenter un retard de croissance par rapport aux normes de leur âge. Cet impact négatif s’est avéré persistant, se manifestant encore à l’âge adulte. Les chercheurs ont utilisé des méthodes statistiques sophistiquées, notamment des modèles à effets fixes, pour contrôler des facteurs tels que la génétique et isoler l’effet spécifique des chocs de prix.

Ce retard de croissance est souvent lié à des carences répétées en protéines, vitamines et minéraux durant les premières années de la vie. Un apport nutritionnel insuffisant freine le développement osseux et détourne l’énergie des tissus en croissance. Les conséquences ne se limitent pas à la taille : un retard de croissance peut également affecter les capacités d’apprentissage et les résultats scolaires.

L’étude souligne que les ménages urbains ont été particulièrement touchés par la hausse du prix du riz, car ils achètent la quasi-totalité de leur nourriture et ne peuvent pas compter sur une production locale pour amortir le choc. Les familles rurales, qui cultivent une partie de leurs aliments, sont mieux à même de faire face à une crise.

L’éducation maternelle apparaît comme un facteur de protection important. Les mères ayant un niveau d’instruction plus élevé sont plus conscientes des besoins nutritionnels de leurs enfants et sont plus susceptibles de maintenir une alimentation variée, même en période de difficultés économiques. Comme l’explique Elza Elmira, économiste à l’Université de Bonn,

« Les familles ont tendance à réduire moins leurs calories que leurs aliments plus coûteux et riches en nutriments pendant les crises. »

En d’autres termes, les familles s’efforcent de maintenir un apport calorique suffisant, mais au détriment de la qualité de l’alimentation. Elles se tournent vers des aliments de base moins chers, mais moins nutritifs, ce qui peut entraîner des carences en micronutriments – vitamines et minéraux essentiels – et freiner la croissance.

Les chercheurs insistent sur le fait que les interventions d’urgence doivent se concentrer non seulement sur la quantité de calories distribuées, mais aussi sur la qualité de l’alimentation. Une approche sensible à la nutrition donne la priorité à la fourniture d’aliments enrichis et à l’accès aux services de santé essentiels. Il est également crucial de soutenir les enfants vivant en milieu urbain, qui sont particulièrement vulnérables aux fluctuations des prix alimentaires.

Les résultats de cette étude mettent en évidence la nécessité de politiques de crise qui protègent la nutrition le plus tôt possible. Ils rappellent que les chocs de prix peuvent laisser des cicatrices durables sur la santé et le développement des enfants, soulignant l’importance d’investir dans la nutrition infantile pour assurer un avenir plus sain et plus productif. L’étude est publiée dans la revue Sécurité alimentaire mondiale.

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