Washington – Le président américain Donald Trump a rouvert la porte à une possible renégociation de l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM), semant l’incertitude quant à l’avenir des échanges commerciaux en Amérique du Nord. Il n’exclut pas non plus la conclusion d’accords bilatéraux distincts avec Ottawa et Mexico.
Recevant le Premier ministre canadien Mark Carney à la Maison Blanche, le président Trump a affirmé qu’il était ouvert à différentes options. « Nous pourrions le renégocier, et ce serait bien, ou nous pourrions simplement conclure des accords différents. Nous pourrions conclure des accords meilleurs pour chacun des pays », a-t-il déclaré.
Interrogé sur sa préférence, Trump a répondu sans hésitation : « Je m’en fiche. Je veux conclure le meilleur accord pour ce pays, tout en gardant le Canada à l’esprit. » Ces déclarations laissent entendre une volonté de maintenir une certaine flexibilité, voire une incertitude, quant à l’avenir de l’ACEUM.
Ce n’est pas la première fois que l’administration américaine évoque la possibilité d’accords bilatéraux plutôt qu’un accord trilatéral, une approche qui remonte à 1994. Le représentant américain au commerce, Jamieson Greer, avait déjà indiqué le 30 septembre que les négociations commerciales avec le Canada et le Mexique seraient « probablement bilatérales à l’avenir plutôt que trilatérales ». Greer a réitéré vendredi que les États-Unis ne sont pas disposés à entamer des négociations pour prolonger ou renouveler l’ACEUM tant que le Mexique ne répondra pas aux exigences américaines dans les domaines de l’énergie, des télécommunications, de l’agriculture et autres.
La visite de Carney à la Maison Blanche intervient à un moment crucial, à l’approche de l’examen prévu de l’ACEUM l’année prochaine. Elle se déroule également dans un contexte de tensions commerciales et de menaces passées de la part de Trump, qui ont fragilisé une alliance traditionnellement solide.
L’ACEUM, entré en vigueur durant le premier mandat de Trump, permet à la plupart des produits canadiens et mexicains d’être exportés aux États-Unis sans droits de douane. Cependant, le président républicain a clairement exprimé son intention de remodeler les relations commerciales et a manifesté son ambivalence quant à l’accord actuel, estimant qu’il pourrait être amélioré pour servir les intérêts américains.
Le Canada exporte 75 % de ses marchandises vers les États-Unis. Au deuxième trimestre de l’année, le pays a enregistré une baisse d’environ 1,5 % de son produit intérieur brut (PIB) en raison des droits de douane imposés par l’administration Trump.
Lorsqu’on lui a demandé les raisons du blocage dans les négociations commerciales avec le Canada, Trump a qualifié la situation de « compliquée ». « Nous sommes confrontés à un conflit naturel », a-t-il commenté, tout en ajoutant : « Nous avons aussi de l’amour l’un pour l’autre. » Le Premier ministre Carney a cependant contesté l’utilisation du terme « conflit ».
À retenir
- Donald Trump envisage une renégociation de l’ACEUM ou la conclusion d’accords bilatéraux avec le Canada et le Mexique.
- L’administration américaine conditionne toute discussion sur l’avenir de l’ACEUM à des concessions du Mexique dans plusieurs secteurs clés.
- Les tensions commerciales avec les États-Unis ont déjà eu un impact négatif sur l’économie canadienne.
Contexte
L’ACEUM a remplacé l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) en 2020, après de longues négociations. L’objectif était de moderniser les règles commerciales et de renforcer les liens économiques entre les trois pays. Cependant, le président Trump avait déjà exprimé son mécontentement à l’égard de l’ALENA et avait menacé de se retirer de l’accord avant de parvenir à une nouvelle entente.
Ce qui change
Les déclarations de Trump pourraient entraîner une période d’incertitude pour les entreprises et les investisseurs en Amérique du Nord. Une renégociation de l’ACEUM ou la conclusion d’accords bilatéraux pourraient modifier les règles commerciales et avoir un impact sur les chaînes d’approvisionnement et les coûts pour les entreprises. Le Canada, fortement dépendant des exportations vers les États-Unis, serait particulièrement vulnérable.
Prochaines étapes
L’examen de l’ACEUM l’année prochaine sera une étape clé. Il faudra surveiller de près les positions des trois pays et les éventuelles négociations qui pourraient être engagées. Les prochaines élections présidentielles américaines en 2024 pourraient également influencer l’avenir de l’accord.
Chiffres clés
- 75 % : Proportion des exportations canadiennes destinées aux États-Unis.
- 1,5 % : Baisse du PIB canadien au deuxième trimestre de l’année, en partie attribuée aux droits de douane américains.
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