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La nouvelle direction de l’Inde devrait être vers l’Asie

by Clara Dubois

Publié le 22 novembre 2025 à 00h08 IST. L’Inde se trouve à un tournant de sa politique étrangère, naviguant entre les pressions américaines pour s’éloigner de la Chine et de la Russie, et l’émergence d’une nouvelle dynamique asiatique centrée sur des intérêts partagés et une puissance économique croissante.

  • La photographie d’un sommet de l’OCS illustre un rapprochement entre la Russie, la Chine et l’Inde, contrastant avec les tensions observées lors du G7.
  • Les États-Unis cherchent à influencer la politique étrangère indienne, notamment en limitant ses importations de pétrole russe et en l’encourageant à s’aligner sur leurs intérêts.
  • L’Inde affirme sa volonté de définir son propre avenir et de privilégier une orientation vers l’Asie, en misant sur son potentiel économique et technologique.

La politique étrangère indienne est en pleine mutation. Alors que le pays s’apprête à devenir l’une des plus grandes économies mondiales, il se retrouve au cœur d’une compétition géopolitique croissante, marquée par les tentatives des États-Unis de contrer l’influence montante de la Chine et de la Russie. Cette situation, soulignée par des rencontres diplomatiques symboliques, comme celle du président russe Vladimir Poutine, du Premier ministre indien Narendra Modi et du président chinois Xi Jinping lors du sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) à Tianjin début septembre, met en évidence un nouvel alignement des forces.

Un mois plus tard, lors du sommet de Busan, l’image d’un président américain Donald Trump visiblement inquiet, en contraste avec le calme affiché par Xi Jinping, a été interprétée comme un signe du transfert de pouvoir vers l’Asie. Le secrétaire d’État américain a d’ailleurs déclaré au Sénat que le XXIe siècle serait façonné sur le continent asiatique. Cependant, cette vision se heurte aux priorités affichées par l’ambassadeur américain en Inde, Sergio Gor, qui a exprimé la volonté des États-Unis d’« éloigner l’Inde » de la Chine et de la dissuader d’acheter du pétrole russe à bas prix.

Le Premier ministre Modi a fermement répondu à ces pressions, affirmant que l’avenir de l’Inde ne saurait être dicté par d’autres. Cette position reflète une volonté croissante de New Delhi de tracer sa propre voie, en s’appuyant sur son autonomie stratégique et ses intérêts nationaux.

L’Inde est confrontée à des décisions difficiles. Elle doit jongler entre ses relations traditionnellement fortes avec la Russie, son partenariat croissant avec la Chine et les pressions exercées par les États-Unis. La Russie, partenaire de confiance depuis 75 ans, a joué un rôle crucial dans le renforcement des capacités militaires indiennes, notamment grâce à son système S-400, qui a été déterminant dans l’opération Sindoor « Opération Sindoor ».

Parallèlement, l’Inde explore les opportunités offertes par la montée en puissance de l’Asie, qui abrite désormais les deux tiers de la population et des richesses mondiales. Les BRICS, l’OCS et l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) se rapprochent, créant un espace de coopération économique et géopolitique distinct de celui de l’Occident. Le retour possible au Partenariat économique régional global (RCEP) pourrait offrir à l’Inde un marché alternatif aux États-Unis et lui permettre de négocier des accords commerciaux plus favorables.

L’Inde a évolué d’un pays en développement hésitant à une puissance émergente affirmée, capable de s’engager avec confiance avec ses partenaires sur un pied d’égalité. La pression américaine a contribué à forger un nouveau consensus national sur la nécessité de prendre des décisions difficiles et de défendre les intérêts nationaux. L’opérationnalisation de l’autonomie stratégique doit s’appuyer sur le caractère unique de l’Inde, qui possède un taux de croissance élevé, un énorme potentiel démographique et une forte ambition de développement durable.

L’avenir de la politique étrangère indienne repose également sur la capacité du pays à innover et à développer ses propres technologies, notamment dans le domaine de l’intelligence artificielle (IA). Un rapport de Bernstein a mis en garde contre le risque que l’Inde ne soit pas à la hauteur dans ce domaine, soulignant la domination potentielle des entreprises américaines. Un comité parlementaire a insisté sur la nécessité de mener des recherches autochtones sur les modèles fondamentaux d’IA afin de garantir une capacité souveraine. Le financement de ces projets devrait être multiplié par au moins 20, avec un soutien accru à la collaboration stratégique nationale, aux ressources informatiques haut de gamme et au développement des talents.

Enfin, la cyberguerre doit devenir un pilier central de la sécurité nationale indienne, en tirant parti de son avantage comparatif dans le domaine numérique. L’évolution du paysage géopolitique régional, avec le retrait de la Chine du corridor économique Chine-Pakistan et le renforcement des liens entre les États-Unis et le Pakistan, souligne la nécessité pour l’Inde de réorienter ses allocations de défense, en réduisant la taille de son armée et en investissant davantage dans l’IA, la défense aérienne, l’espace, les missiles et les drones.

Mukul Sanwal est un ancien diplomate des Nations Unies

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