Publié le 18 décembre 2025 à 22h40. La nouvelle Stratégie de sécurité nationale américaine, dévoilée par l’administration Trump, marque une rupture profonde avec la politique étrangère traditionnelle des États-Unis et pose un défi majeur pour des pays comme la Nouvelle-Zélande, attachés à un ordre mondial fondé sur des règles.
- La stratégie américaine officialise un virage vers un nationalisme affirmé, remettant en question les alliances traditionnelles et le multilatéralisme.
- L’administration Trump affiche un soutien ouvert aux mouvements populistes d’extrême droite en Europe, considérant les démocraties libérales comme étant en déclin.
- La Nouvelle-Zélande, traditionnellement attachée au multilatéralisme, se trouve confrontée à un dilemme stratégique et à la nécessité de revoir son approche diplomatique.
La publication de la Stratégie de sécurité nationale par le président Donald Trump représente un tournant historique dans la politique étrangère américaine, un changement qualifié de radical par de nombreux observateurs. Ce document confirme une tendance déjà perceptible, à savoir le désengagement progressif des États-Unis vis-à-vis des institutions internationales et une priorité accordée aux intérêts nationaux. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, avait d’ailleurs prévenu dès le printemps que « l’Occident tel que nous le connaissions n’existe plus ».
L’administration Trump va plus loin en affirmant que les démocraties libérales européennes sont sur une trajectoire de « effacement civilisationnel », une formulation particulièrement choquante qui dépeint l’Europe comme un continent en déclin. Dans ce contexte, la stratégie américaine se dit prête à soutenir les partis populistes d’extrême droite, considérés comme des forces capables de « s’opposer aux restrictions antidémocratiques imposées par les élites sur les libertés fondamentales en Europe, dans l’anglosphère et dans le reste du monde démocratique », selon les termes de l’administration.
Le document insiste également sur la nécessité pour l’Europe d’« assumer la responsabilité première de sa propre défense », reconnaissant que « de nombreux Européens considèrent la Russie comme une menace existentielle ». Parallèlement, les États-Unis affirment leur volonté de se concentrer davantage sur leur « hémisphère occidental », signalant un recentrage stratégique majeur. Plus largement, la stratégie de sécurité nationale met en avant la souveraineté des États, rejette les institutions multilatérales si elles ne servent pas directement les intérêts américains, prône des limites à l’immigration et au libre-échange, et esquisse un ordre mondial dominé par un petit nombre de grandes puissances : les États-Unis, la Chine, la Russie, l’Inde et le Japon.
Cette stratégie ne surprend pas outre mesure, étant perçue comme la formalisation d’une série de positions et d’instincts qui se sont affirmés au cours du second mandat du président Trump. Elle s’inscrit dans la continuité du Projet 2025, un ensemble de propositions politiques ultra-conservatrices visant à transformer en profondeur la politique américaine, tant sur le plan intérieur qu’international. Des déclarations controversées, comme celles du vice-président JD Vance qui a remis en question la légitimité démocratique de certains pays européens lors d’un discours prononcé en février à Munich, ou encore les hésitations de Trump quant à un soutien ferme à l’Ukraine face à l’agression russe, illustrent cette nouvelle orientation.
Ce virage stratégique contraste fortement avec la vision du monde de la Nouvelle-Zélande, qui a toujours privilégié un système de relations internationales fondé sur des règles, incarné par le multilatéralisme et les institutions telles que les Nations Unies. Face à cette nouvelle donne, le gouvernement néo-zélandais a jusqu’à présent adopté une approche prudente, cherchant à éviter toute confrontation directe avec l’administration Trump. Cette diplomatie discrète se traduit par une volonté de rester dans l’ombre et une retenue marquée face aux actions américaines qui pourraient porter atteinte aux intérêts nationaux de la Nouvelle-Zélande.
En conséquence, Wellington a refusé de soutenir publiquement ses alliés et partenaires, tels que le Canada, le Mexique et le Danemark, confrontés aux pressions de Washington. Le gouvernement néo-zélandais s’est également montré peu loquace sur l’érosion du droit international par les États-Unis et Israël, notamment dans le contexte du conflit à Gaza et au-delà, refusant de reconnaître un État palestinien et affichant une certaine réticence à contester le protectionnisme commercial de Trump. L’hypothèse sous-jacente était que la Nouvelle-Zélande, de par sa taille, ne pouvait pas avoir d’impact significatif sur la scène mondiale et qu’il était préférable d’éviter d’offenser ou de provoquer Trump, dans l’espoir d’obtenir des concessions en matière de tarifs douaniers.
Cette stratégie s’est avérée erronée. Elle a privé la Nouvelle-Zélande d’une position claire sur des questions internationales majeures et risque d’être interprétée par Washington comme un soutien implicite à la politique « l’Amérique d’abord » de Trump. Surtout, cette diplomatie discrète n’a pas freiné l’assaut de Trump contre l’ordre multilatéral dont dépend la Nouvelle-Zélande, comme le prouve l’imposition d’un tarif de 15 % sur les exportations néo-zélandaises vers les États-Unis, alors que les importations américaines ne sont soumises qu’à des droits de douane moyens de 0,3 %, avec peu de restrictions.
Pour des pays comme la Nouvelle-Zélande, il est temps d’abandonner l’illusion d’un États-Unis champion des valeurs démocratiques libérales. Si les alliances reposent sur la sauvegarde d’intérêts et de valeurs communs, il devient de plus en plus difficile de décrire ainsi les relations actuelles avec l’administration Trump. La Nouvelle-Zélande continue certes de participer à des initiatives stratégiques menées par les États-Unis, telles que le deuxième pilier d’AUKUS, l’Opération Défenseur Olympique, le projet Dépassement et le Partenariat pour la résilience industrielle indo-pacifique, mais ces mesures ne remettent pas en question le changement fondamental des fondements politiques et stratégiques de la relation.
Cette pression est renforcée par un sondage récent qui révèle une méfiance croissante des Néo-Zélandais envers les États-Unis et la Chine. Pour un pays qui privilégie les règles au pouvoir, ce scepticisme souligne le défi croissant que représente la navigation dans un ordre mondial où les hypothèses de l’après-guerre ne sont plus valables.
Sur le même sujet
