Publié le 6 décembre 2023 14:32:00. Une éruption volcanique inattendue au milieu du XIVe siècle pourrait être à l’origine de la propagation de la peste noire, la pandémie la plus meurtrière de l’histoire européenne, selon une nouvelle étude scientifique.
- Une éruption volcanique vers 1345 a provoqué un refroidissement climatique et une crise agricole en Méditerranée.
- Pour éviter la famine, les cités-États italiennes ont massivement importé des céréales de la mer Noire, transportant involontairement des vecteurs de la peste.
- L’étude souligne la vulnérabilité des sociétés face à l’interaction entre les chocs environnementaux et les réseaux commerciaux mondiaux, une leçon pertinente dans le contexte actuel.
La peste noire, qui a ravagé l’Europe entre 1346 et 1349, décimant jusqu’à la moitié de la population, pourrait avoir des origines plus complexes qu’on ne le pensait. Une nouvelle recherche, publiée dans la revue Communications Earth & Environment, suggère qu’un événement géologique majeur, une éruption volcanique, a joué un rôle déterminant dans le déclenchement de cette catastrophe sanitaire.
Des chercheurs de l’Université de Cambridge et de l’Institut Leibniz pour l’histoire et la culture de l’Europe de l’Est (GWZO) ont reconstitué une séquence d’événements où les changements climatiques et la mondialisation du commerce ont convergé pour créer des conditions propices à la propagation de la maladie. L’analyse des cernes des arbres et des carottes de glace a révélé des traces d’une activité volcanique significative autour de 1345.
Les cendres et les gaz émis par cette éruption auraient bloqué une partie du rayonnement solaire, entraînant une baisse des températures qui a persisté pendant plusieurs années. Ce choc climatique a eu des conséquences désastreuses sur l’agriculture dans la région méditerranéenne, décimant les récoltes et plongeant les populations locales dans une grave crise alimentaire. Les experts parlent d’une « tempête parfaite ».
Les cités-États italiennes et l’importation du blé
Pour faire face à la menace de la famine, les puissantes cités-États italiennes ont mis en œuvre leurs systèmes de sécurité alimentaire et ont commencé à importer d’importantes quantités de céréales provenant des régions autour de la mer Noire. Cette stratégie, bien qu’initialement destinée à sauver des vies, s’est avérée tragiquement contre-productive.
Le rôle fatal des routes commerciales
L’ironie, soulignée par l’étude, réside dans le fait que la tentative même d’échapper à la famine a condamné l’Europe à la maladie. Les navires transportant les céréales ont involontairement véhiculé des rongeurs et des puces porteurs de la bactérie Yersinia pestis, l’agent pathogène responsable de la peste.
« Depuis plus d’un siècle, ces puissantes cités-États italiennes avaient établi des routes commerciales longue distance qui leur permettaient d’activer un système très efficace pour prévenir la famine », explique le Dr Martin Bauch, historien du climat au GWZO. « Mais en fin de compte, cela a involontairement conduit à une catastrophe beaucoup plus grande. »
Dr Martin Bauch, historien du climat, GWZO
Des leçons pour le présent et l’avenir
Bien que la peste noire ait tué jusqu’à la moitié de la population européenne entre 1346 et 1349, la dynamique de sa propagation offre des leçons inquiétantes pour le présent. L’étude souligne la manière dont les maladies peuvent émerger et se propager rapidement dans un monde interconnecté et soumis à des changements climatiques.
Le Dr Ulf Büntgen, de l’Université de Cambridge, établit un parallèle avec les événements actuels : « Bien que la coïncidence des facteurs qui ont contribué à la peste noire semble rare, il est probable que dans un monde globalisé, la probabilité que des maladies zoonotiques émergent en raison du changement climatique et se transforment en pandémies augmente. » Büntgen ajoute que cette constatation est « particulièrement pertinente, compte tenu de nos récentes expériences avec la COVID-19 », nous rappelant à quel point les sociétés humaines sont vulnérables à l’intersection entre les chocs environnementaux et les réseaux commerciaux mondiaux.
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