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La peur, et non le défi, accueille les menaces de Trump au Groenland

Publié le 8 janvier 2026 21h38. L’intérêt soudain des États-Unis pour le Groenland suscite inquiétude et interrogations chez les habitants de l’île, confrontés à une pression croissante de Washington et à la crainte d’une ingérence dans leurs affaires.…

La peur, et non le défi, accueille les menaces de Trump au Groenland

Publié le 8 janvier 2026 21h38. L’intérêt soudain des États-Unis pour le Groenland suscite inquiétude et interrogations chez les habitants de l’île, confrontés à une pression croissante de Washington et à la crainte d’une ingérence dans leurs affaires.

  • Les Groenlandais expriment une peur grandissante face aux intentions de l’administration Trump, rappelant une culture de retenue émotionnelle observée par l’anthropologue Jean Briggs dans les années 1960.
  • Des voix s’élèvent au sein de la classe politique groenlandaise, appelant à une négociation directe avec les États-Unis, tandis que le Danemark et l’Union européenne cherchent des moyens de contrer une éventuelle intervention américaine.
  • Les motivations réelles de Washington restent floues, malgré des justifications invoquant la sécurité nationale, les menaces chinoises et russes, et les ressources minières de l’île.

À Nuuk, la capitale groenlandaise, l’atmosphère est pesante. L’arrivée de l’administration Trump sur le devant de la scène politique locale a ravivé des sentiments d’appréhension, un silence pesant qui contraste avec la détermination que l’on pourrait attendre face à une superpuissance. Cette retenue rappelle le travail de l’anthropologue Jean Briggs, qui avait passé plus d’un an, dès 1963, à étudier les Inuits, le peuple autochtone de l’Arctique. Briggs avait alors constaté une culture de profonde inhibition émotionnelle, où les conflits étaient évités à tout prix et où l’expression de la colère était rare, une éducation à la maîtrise des émotions débutant dès l’enfance.

Aujourd’hui, cette culture de calme semble se heurter à une situation qui exige précisément le contraire. Il s’avère difficile de trouver des interlocuteurs prêts à s’exprimer publiquement. Certains craignent des représailles, d’autres simplement de s’engager. Le simple fait de prendre la parole est perçu comme un défi. « Ils n’ont aucun respect pour nous, pour mon pays, pour notre pays », confie une source, témoignant d’un sentiment d’humiliation profond.

« Je n’aime pas parler de [Donald Trump] parce qu’il gâche mon sommeil. Je ne dors pas très bien parce que j’ai peur. »

Professeur d’université à la retraite

La peur est palpable. Une autre retraitée raconte avoir rêvé de Donald Trump la nuit précédente : « C’était un cauchemar – qu’il vienne avec le navire. C’était horrible, ce rêve. J’ai peur pour ses projets. Nous avons peur. Nous avons tous peur. »

Pourtant, tous ne partagent pas cette crainte. Pele Broberg, leader du parti d’opposition Naleraq, qui a obtenu 25 % des voix aux dernières élections en misant sur un programme d’indépendance rapide vis-à-vis du Danemark, propose une approche différente : négocier directement avec Washington. Il évoque la possibilité d’un accord de « libre association », similaire à ceux conclus par les États-Unis avec les Îles Marshall et les Palaos, où le pays conserve théoriquement son indépendance mais accorde aux États-Unis un accès militaire illimité à son territoire en échange d’une défense et d’un soutien économique.

Cette proposition se heurte à l’opposition du gouvernement groenlandais. La ministre des Affaires étrangères, Vivian Motzfeldt, a rappelé que le Groenland ne peut pas mener de négociations directes avec Washington sans l’accord du Danemark, car « nous devons respecter la loi ». Elle espère qu’une rencontre prévue la semaine prochaine avec le secrétaire d’État américain Marco Rubio permettra de « normaliser » les relations.

De leur côté, le Danemark et l’Union européenne se montrent préoccupés par cette situation. Dans les coulisses de Bruxelles, des responsables européens discutent de la manière de faire monter les enjeux d’une éventuelle intervention américaine. Même s’ils reconnaissent qu’ils ne pourraient pas empêcher une opération militaire américaine à grande échelle, ils espèrent rendre une telle intervention suffisamment coûteuse pour inciter l’administration Trump à reconsidérer sa position. Le ministre allemand des Affaires étrangères travaillerait sur des plans incluant potentiellement le déploiement de forces européennes à des fins de dissuasion, s’inspirant des opérations de l’OTAN dans les pays baltes. La France a également évoqué la possibilité d’envoyer des troupes sur l’île.

La chef de la politique étrangère de l’UE, Kaja Kallas, a interrogé sans détour : « S’il s’agit d’une menace réelle, alors quelle serait notre réponse ? » Une question à laquelle il n’y a pas encore de réponse claire, tant les dirigeants européens peinent à comprendre les véritables intentions de Donald Trump. Les justifications avancées – sécurité nationale, menaces chinoises et russes, richesses minières – ne semblent pas convaincantes. Les États-Unis disposent déjà d’un accès militaire important au Groenland en vertu d’un accord datant de plusieurs décennies. De plus, la Chine et la Russie n’ont pas de présence militaire significative à proximité de l’île, et les ressources minières groenlandaises sont difficiles et coûteuses à exploiter.

Alors, quelles sont les véritables motivations de Washington ? C’est la question qui taraude les capitales européennes et les Groenlandais, et l’incertitude ne fait qu’accroître leur inquiétude.

Pour en savoir plus : L’administration Trump envisage des paiements pour inciter les Groenlandais à rejoindre les États-Unis

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À propos de l’auteur: Clara Dubois

Clara Dubois suit l’actualité internationale, les affaires diplomatiques et les grands équilibres géopolitiques. Son travail met l’accent sur le contexte, les faits vérifiables et les conséquences concrètes des événements mondiaux.