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La pire option du Hamas, à l’exception de tous les autres

by Nicolas Lefèvre

Le plan de paix en 20 points présenté par l’administration Trump pour Gaza est perçu comme un diktat imposé aux Palestiniens, laissant à Israël une grande latitude dans son application. Malgré les conditions strictes, une acceptation par le Hamas, potentiellement assortie de réserves, est envisagée en raison des pressions internes et régionales.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, confronté à des pressions militaires, publiques et diplomatiques, a salué le plan comme répondant à tous les objectifs de guerre d’Israël. Selon lui, les objectifs fixés ont déjà été largement atteints sur le terrain, avec la destruction de l’infrastructure gouvernementale du Hamas et de ses capacités de commandement.

La situation est plus complexe pour le Hamas. Bien qu’il ne contrôle plus de structure politique centralisée, le groupe a mis en place une insurrection basée sur de petites cellules de combattants utilisant notamment des munitions israéliennes non explosées pour fabriquer des engins improvisés. L’expérience de l’Afghanistan et de l’Irak suggère que de telles insurrections peuvent épuiser les armées régulières sur le long terme. Cependant, le Hamas ne peut pas se contenter de poursuivre les combats à Gaza.

Le plan américano-israélien pourrait offrir un soulagement immédiat aux Palestiniens en termes de guerre et de famine, et donner au Hamas l’opportunité de se repositionner en tant qu’acteur politique en Cisjordanie. Il aborde certaines préoccupations palestiniennes, bien que les représentants palestiniens aient été exclus de sa conception.

Plusieurs pays arabes du Golfe, dont les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite, ont souligné la nécessité d’un cadre pour l’établissement d’un État palestinien dans tout plan de paix. Le plan actuel mentionne toutefois l’État palestinien de manière vague, comme une « aspiration », et se limite à envisager un « dialogue » sur la « coexistence pacifique et prospère ».

Le plan ne contient aucune promesse concrète de création d’un État palestinien et ne propose pas de solution pour la citoyenneté des 2 millions de Palestiniens vivant en Cisjordanie. Alors que l’établissement d’un État indépendant est un objectif du Fatah, la plupart des Palestiniens y seraient favorables. Si le plan avait reconnu un droit palestinien à un État, ou même esquissé une telle perspective, le Hamas aurait pu revendiquer une victoire significative après une guerre ayant causé plus de 60 000 victimes palestiniennes.

Au-delà de la question de l’État, le plan exige que le Hamas se désarme et reconnaisse le droit d’Israël à maintenir une présence militaire importante et indéfinie dans une partie significative de Gaza. Ces conditions sont généralement inacceptables pour le Hamas, qui a toujours affirmé qu’il ne se désarmerait pas, même en cas de transition vers une administration civile palestinienne. Le Hamas exige également la fin de la guerre et le retrait complet des forces israéliennes de Gaza.

L’accord présente également une dimension coloniale qui suscite l’opposition de nombreux Palestiniens. Il prévoit que Gaza soit placée sous le contrôle d’un comité dirigé par Donald Trump, avec l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair exerçant le pouvoir exécutif. Pour beaucoup de Palestiniens, la création d’Israël et la suppression de leurs aspirations à l’indépendance sont le résultat de la domination coloniale britannique, et les États-Unis ont été les principaux soutiens d’Israël depuis 1967. L’idée d’un contrôle britannique et américain de Gaza est donc susceptible de provoquer de vives réactions.

Malgré ces obstacles, le plan offre des avantages potentiels, notamment la protection des Palestiniens contre les déplacements et la promesse d’investissements et de reconstruction à grande échelle. Cela pourrait mettre fin non seulement aux souffrances immédiates liées à la guerre, mais aussi à la misère qui prévaut dans la bande de Gaza depuis 2007, date à laquelle Israël et l’Égypte ont imposé un blocus en réponse aux violences du Hamas.

Le Hamas pourrait donc subir une forte pression de la part des Palestiniens à Gaza et d’ailleurs pour accepter l’accord. Ses sponsors internationaux, la Turquie et le Qatar, ont salué l’initiative et, avec l’Égypte, la Jordanie et les pays arabes du Golfe, pourraient inciter le Hamas à donner son accord.

Sur le plan stratégique, l’acceptation de l’accord pourrait permettre au Hamas de se concentrer sur ses efforts à long terme en Cisjordanie, où se trouve le véritable centre de pouvoir du mouvement national palestinien. Les rivaux du Hamas, les nationalistes laïques du Fatah, contrôlent l’Autorité palestinienne et l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), qui représente les Palestiniens sur la scène internationale. La reconnaissance récente de l’État palestinien par plusieurs pays occidentaux, dont la Grande-Bretagne, la France, l’Australie et le Canada, a renforcé la position internationale de l’OLP.

L’objectif initial du Hamas était de supplanter ses rivaux laïques et de transformer le mouvement national palestinien en une cause islamiste. Cela ne peut être réalisé qu’en infiltrant et en reprenant l’OLP, ce que le Hamas n’a jamais réussi à faire. Le contrôle d’une bande de Gaza isolée, ruinée et assiégée ne le rapprochera pas de cet objectif, tandis qu’une forte présence politique en Cisjordanie pourrait lui en donner les moyens.

Netanyahu pourrait compter sur le Hamas pour rejeter le plan, ce qui lui donnerait un prétexte pour « terminer le travail » à Gaza, selon les termes de Trump. Le Hamas pourrait également simplement répondre par un refus. Cependant, une acceptation conditionnelle, assortie de demandes de clarification sur les points vagues du plan, pourrait placer Israël dans une position plus délicate.

La décision du Hamas dépendra probablement de la capacité de ses dirigeants politiques, basés en Turquie et au Qatar, à influencer ses combattants sur le terrain. Si le Hamas opte pour une acceptation conditionnelle, les dirigeants régionaux et l’administration Trump pourraient être disposés à s’engager dans des négociations. Malgré son impraticabilité apparente, un assentiment du Hamas reste donc plausible.

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