Les autorités australiennes ont lancé une vaste opération de contrôle des armes à feu, suite à la mort de deux policiers dans l’État de Victoria, et ont révélé une inquiétante propagation d’idéologies dites « citoyennes souveraines » parmi les détenteurs d’armes.
L’opération, menée en Australie-Occidentale fin septembre et début octobre, a abouti à la saisie de 135 armes à feu et à la suspension ou à la révocation de 44 permis, a annoncé dimanche le commissaire de police de l’État, Col Blanch. Cette initiative fait suite à la fusillade du 26 août, au cours de laquelle le policier Dezi Freeman, 56 ans, est soupçonné d’avoir tué le détective principal Neal Thompson et le constable senior Vadim de Waart-Hottart, et blessé un troisième agent lors d’une tentative d’exécution d’un mandat de perquisition sur sa propriété rurale à Porepunkah, dans l’État de Victoria.
Selon les enquêteurs, Freeman avait manifesté des opinions liées au mouvement citoyen souverain, qui rejette l’autorité gouvernementale en s’appuyant sur des interprétations juridiques erronées. « La mission de cette opération était simple : valider et vérifier nos renseignements sur les personnes susceptibles d’adhérer à ces idéologies citoyennes souveraines ici en Australie-Occidentale », a précisé Col Blanch. Les publications et les informations disponibles sur les réseaux sociaux ont permis d’identifier les personnes ciblées.
Les autorités ont souligné que la législation australienne exige qu’un détenteur d’arme à feu soit une « personne convenable et apte ». « Si vous avez clairement indiqué que vous ne respectez pas les lois de l’Australie-Occidentale, établies par le Parlement, il n’y a aucun moyen que vous puissiez être considéré comme une personne convenable et apte », a affirmé M. Blanch.
Cette affaire intervient dans un contexte de multiplication des agressions mortelles contre des policiers en Australie. Au cours des trois dernières années, six agents ont été tués par des membres du public dans quatre États différents, un bilan qualifié d’« sans précédent » par les autorités. En 2022, deux policiers ont été abattus par des extrémistes chrétiens dans le Queensland. Un autre policier a été tué en Australie-Méridionale en 2023, et un dernier en Tasmanie en juin dernier.
L’Australie a déjà renforcé sa législation sur les armes à feu après le massacre de Port Arthur en 1996, qui avait fait 35 morts. Les nouvelles lois de l’Australie-Occidentale, entrées en vigueur en juin dernier, limitent notamment le nombre d’armes à feu que peut posséder un individu à dix.
Parallèlement, la traque de Dezi Freeman se poursuit dans les zones rurales de Victoria. Des centaines de policiers sont déployés dans des paysages accidentés, fouillant grottes et forêts, mais n’ont pour l’instant pas réussi à localiser le suspect, qui est expérimenté en matière de survie en milieu sauvage.
Le commissaire de police de Victoria, Mike Bush, n’a pas révélé les raisons précises du mandat de perquisition sur la propriété de Freeman, mais a indiqué qu’il impliquait des membres d’une unité spécialisée dans les infractions sexuelles et la maltraitance des enfants. Des médias australiens ont rapporté que Freeman avait exprimé publiquement ses convictions citoyennes souveraines, notamment lors d’une audience au tribunal de Wangaratta en 2021, où il avait tenté d’arrêter un magistrat et des policiers.
Dans une décision de la Cour suprême de Victoria rendue en 2024, un juge a noté que Freeman avait « un historique de rencontres désagréables avec la police », qu’il avait qualifiées de « nazis » et de « voyous terroristes » dans ses observations soumises à la cour.