Home MondeLa Pologne a besoin de migrants. Exiger la fermeture des frontières ne résoudra rien [OPINIA]

La Pologne a besoin de migrants. Exiger la fermeture des frontières ne résoudra rien [OPINIA]

by Clara Dubois

Publié le 4 janvier 2024 à 07h38. Face au vieillissement de la population et à la baisse de la natalité, la Pologne devra s’ouvrir à l’immigration pour assurer la pérennité de son système économique et social, mais cette intégration nécessite une approche réfléchie et des politiques adaptées.

  • Le faible taux de fécondité en Pologne entraînera une diminution significative de la population active dans les prochaines décennies.
  • L’immigration est essentielle pour maintenir le financement des retraites et du système de santé, mais elle suscite des inquiétudes légitimes.
  • Des politiques d’intégration efficaces, notamment l’apprentissage des langues et la formation professionnelle, sont cruciales pour maximiser les bénéfices de l’immigration.

La démographie polonaise est confrontée à un défi majeur : le nombre de personnes en âge de travailler devrait passer d’environ 22 millions aujourd’hui à moins de 20 millions d’ici 2040, et à seulement 16,4 à 17 millions en 2050, selon les estimations de l’Office central des statistiques. Cette diminution de la population active aura des conséquences directes sur le financement des retraites et du système de santé, nécessitant un afflux constant de fonds.

Pour assurer la stabilité financière du pays, trois options se présentent : l’endettement, la croissance économique ou les contributions des travailleurs. Or, la croissance économique dépend elle-même d’une main-d’œuvre suffisante. L’immigration apparaît donc comme une solution incontournable.

Il existe, bien sûr, des moyens d’atténuer l’impact de cette évolution démographique. Il est possible de repousser l’âge de la retraite ou d’augmenter la productivité du travail, mais aucune de ces mesures ne suffira à elle seule à résoudre le problème. L’immigration est donc un pilier essentiel de la prospérité future de la Pologne.

Cependant, le débat public actuel est souvent dominé par des discours alarmistes et des craintes infondées. Il est important de reconnaître que l’immigration n’est pas sans risques, mais il est tout aussi crucial de ne pas céder à la peur et de se concentrer sur les solutions.

Des données provenant d’Allemagne, des Pays-Bas et de Suède montrent que les réfugiés et les migrants économiques sont plus susceptibles de commettre des délits que les populations locales. Selon les informations du site Demagog.org, le nombre de personnes soupçonnées d’avoir commis des délits en Allemagne est plus élevé chez les réfugiés (plusieurs à dix fois plus souvent, selon le type de délit) et les migrants économiques. Aux Pays-Bas et en Suède, près de 60 % des crimes sexuels sont commis par des personnes issues de l’immigration.

Il est cependant essentiel de relativiser ces chiffres. Le fait que certains migrants commettent des délits ne signifie pas que la majorité d’entre eux sont des criminels potentiels. La grande majorité des migrants sont des personnes ordinaires qui cherchent à gagner leur vie, à payer des impôts et à élever leurs enfants dans un environnement stable.

L’expérience récente de la Pologne avec les migrants ukrainiens et biélorusses est instructive. Ces nouveaux arrivants ne présentent pas de taux de criminalité significativement différent de celui des Polonais. Cela démontre que l’intégration réussie est possible et que l’immigration ne conduit pas nécessairement à une augmentation de la délinquance.

L’Institut économique polonais a récemment publié une étude révélant que 72 % des étrangers en âge de travailler dans les pays de l’OCDE sont légalement employés. Le travail, souligne l’étude, est non seulement une source de revenus, mais aussi de dignité, de stabilité et d’appartenance à la société, ce qui en fait un élément clé de l’intégration. Cependant, les migrants gagnent généralement moins que les locaux : leurs revenus sont en moyenne inférieurs de 34 % la première année, puis de 21 % après cinq ans.

Selon une analyse de l’OCDE, l’écart de revenus entre les migrants et les locaux est en partie dû au fait que les nouveaux arrivants sont souvent concentrés dans des secteurs moins bien rémunérés, tels que la construction, les services domestiques, l’hôtellerie et la restauration. Le manque de capital social et les difficultés d’accès au marché du travail contribuent également à cet écart.

Pour accélérer l’intégration des migrants, l’Institut économique polonais recommande de mettre l’accent sur la formation professionnelle. Les programmes d’aide à l’emploi et l’apprentissage des langues sont également essentiels. L’OCDE souligne l’importance d’une orientation professionnelle efficace et d’informations claires sur les offres d’emploi, ainsi que l’accès à des logements abordables.

Les procédures d’asile prolongées constituent un obstacle majeur à l’intégration des réfugiés. Il est crucial d’accélérer ces procédures et de permettre aux réfugiés de travailler dès que possible. Le programme pilote italien Forwork, qui offrait une assistance professionnelle précoce aux demandeurs d’asile, a permis d’augmenter leur taux d’emploi de 30 %.

En conclusion, l’immigration est une nécessité pour l’avenir de la Pologne. Il est essentiel d’adopter une approche pragmatique et de mettre en place des politiques d’intégration efficaces pour maximiser les bénéfices de l’immigration et minimiser les risques. La qualité de la classe politique actuelle et future déterminera si la Pologne saura relever ce défi.

Pour Money.pl, Kamil Fejfer, journaliste spécialisé dans l’économie, co-créateur du podcast et de la chaîne YouTube “Ekonomia i inne”.

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