Pour protéger 66 000 km² de vignes et de vergers en France, des bénévoles de l’Anelfa déclenchent manuellement 1 170 générateurs d’iodure d’argent. Cette méthode vise à multiplier les noyaux de congélation pour produire des grêlons plus petits qui fondent avant d’atteindre le sol.
L’Association nationale d’étude et de lutte contre les fléaux atmosphériques (Anelfa) pilote cette démarche de prévention depuis 1951. Ses installations couvrent environ 66 000 kilomètres carrés, ce qui représente près de 12 % du territoire métropolitain, selon un calcul de l’association basé sur une superficie totale de 551 000 kilomètres carrés. Dans l’Ouest et le Sud-Est de la France, la lutte contre les intempéries repose sur un réseau de particuliers qui quittent parfois leur dîner pour allumer des brûleurs.
Le dispositif anti-grêle s’appuie sur 1 170 générateurs activés à la main et sur 1 513 grêlimètres chargés de caractériser les chutes pour la campagne 2026. L’implantation d’un réseau exige un minimum de 15 générateurs espacés d’environ 10 kilomètres. Le déclenchement n’intervient pas automatiquement. Lorsque le risque d’orage menaçant se profile, l’Anelfa diffuse une alerte vocale quelques heures avant l’événement, en s’appuyant sur les prévisions de Keraunos et en lien avec Météo-France. Chaque poste mobilise généralement deux à trois bénévoles, le plus souvent des viticulteurs ou des voisins, afin de ne pas dépendre d’une seule personne lors d’une tempête.
Des cristaux d’iodure d’argent pour transformer les orages
Une grêle destructrice se forme lorsque quelques gros grêlons se partagent l’eau surfondue d’un nuage d’orage. L’iodure d’argent possède une structure cristalline proche de celle de la glace, ce qui permet à des cristaux gelés de se former rapidement sur ses particules. En injectant ces noyaux de congélation dans les courants ascendants des nuages, les opérateurs multiplient les points de départ de la cristallisation. L’eau disponible se répartit alors entre des milliers de petits grêlons.
Ces grêlons de taille réduite tombent plus lentement et disposent d’une chance accrue de fondre, au moins en partie, avant de toucher une grappe de raisin ou un toit. L’Anelfa revendique une efficacité de 40 à 60 % pour réduire les dégâts causés aux cultures. Ce pourcentage repose sur les lectures effectuées sur des plaques de polystyrène, appelées grêlimètres, qui enregistrent une réduction d’environ 50 % de l’énergie cinétique des impacts. La communauté scientifique demeure toutefois partagée sur la portée réelle de cette technique.
Des millions d’euros de dégâts et un autofinancement agricole
La sinistralité globale atteignait environ 780 millions d’euros en France en 2018 selon l’Anelfa, dont un tiers concernait directement les cultures et les biens agricoles, tandis que le reste touchait les bâtiments et les véhicules. En Armagnac, les orages des 3 et 19 juin 2022 ont frappé un quart d’un vignoble de 20 000 hectares, détruisant 2 100 hectares à hauteur de 75 à 100 %, d’après une question écrite adressée au Sénat le 7 juillet 2022.
En Lot-et-Garonne, le coût indicatif s’élève à 100 000 euros pour 50 diffuseurs, soit 2 000 euros par appareil pris en charge par la filière. Ce département, aux côtés de la Dordogne et de Prévigrêle, figurait parmi les premiers à lancer la campagne dès le 25 mars 2026. Les bénévoles rangent les brûleurs, vident les cuves, dépouillent les relevés thermiques des cheminées et analysent les plaques de polystyrène de l’année à la fin de la saison en octobre.
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