Face à une pression inédite de l’administration américaine, les universités américaines se trouvent à un tournant. Après avoir initialement semblé contraintes d’accepter les conditions imposées par Washington en matière de financement, sept d’entre elles ont désormais affiché leur refus catégorique, signalant une possible rupture avec un modèle de dépendance financière à l’égard du gouvernement fédéral.
Le point de friction réside dans le « Pacte pour l’excellence académique dans l’enseignement supérieur », qui conditionne l’accès aux fonds fédéraux au respect de certaines orientations idéologiques, notamment en matière de théories biologiques du genre et de valeurs dites « conservatrices ». Ce pacte, présenté comme une incitation à la performance, menace de priver de financement les établissements qui ne s’y conforment pas. Or, la recherche universitaire américaine est fortement tributaire de ces fonds : près de la moitié des 102 milliards de dollars (environ 95 milliards d’euros) consacrés chaque année à la recherche provient du budget fédéral. À cela s’ajoutent plus de 120,8 milliards de dollars (environ 113 milliards d’euros) en subventions, prêts et programmes d’études-travail pour les étudiants.
Cependant, la résistance observée pourrait marquer un changement de paradigme. Les universités semblent prendre conscience que l’ère du soutien gouvernemental généreux pourrait être révolue et que l’attaque contre l’enseignement supérieur se poursuivra. Pour faire face à cette nouvelle donne, certaines envisagent de s’inspirer du passé.
À la fin du XIXe siècle, avant l’intervention massive du gouvernement fédéral, des mécènes privés, issus du monde des affaires, avaient déjà créé des universités de premier plan. Ces institutions, combinant le meilleur des modèles universitaires britanniques (Oxford et Cambridge) et allemands (universités de recherche bismarckiennes), ont forgé une tradition d’indépendance institutionnelle et de liberté académique qui pourrait servir de guide dans les combats à venir.
L’histoire révèle également une période de crise pour l’enseignement supérieur américain. À la fin du XIXe siècle, les collèges étaient confrontés à une baisse drastique du nombre d’inscriptions : en 1826, un étudiant sur 1 513 en âge d’aller à l’université était inscrit, contre un sur 1 927 en 1869. Cette situation, similaire à celle d’aujourd’hui, où de nombreux jeunes remettent en question la valeur d’un diplôme, souligne la nécessité d’une adaptation.
Lee C. Bollinger souligne que le pacte proposé par l’administration Trump rappelle les philosophies sectaires des universités du milieu du XIXe siècle, qui imposaient une conformité idéologique et limitaient la recherche. « Transformer ou abolir » les unités qui « rabaissent, voire suscitent la violence contre les idées conservatrices », selon les termes du pacte, reviendrait à fixer des limites à la recherche universitaire et à interdire certaines pratiques médicales ou certains courants littéraires.
Par ailleurs, l’exemple récent du département du Commerce américain, qui a annulé un important programme de recherche sur les semi-conducteurs impliquant plusieurs universités, illustre l’instabilité du financement fédéral. Cette décision, qui compromet la recherche scientifique et la compétitivité américaine face à la Chine, remet en question la fiabilité du soutien gouvernemental.
Les universités américaines pourraient donc explorer des sources de financement alternatives, notamment des partenariats avec les États, l’industrie et des institutions étrangères. Certaines universités britanniques, confrontées à des difficultés financières, ont déjà ouvert des succursales en Inde, suivant l’exemple d’établissements américains comme Yale et NYU qui se sont implantés en Europe, en Asie et au Moyen-Orient. Elles pourraient également s’appuyer sur leurs droits juridiques et constitutionnels, notamment la clause de liberté d’expression du Premier Amendement, pour défendre leur autonomie.
Enfin, certaines universités pourraient même envisager de réactiver leurs identités religieuses d’origine, comme boucliers contre les ingérences de l’État. Dans un contexte politique de plus en plus conservateur, cette stratégie pourrait s’avérer payante. L’avenir de l’enseignement supérieur américain dépendra de sa capacité à s’adapter, à innover et à défendre ses valeurs fondamentales.
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