Publié le 3 novembre 2025 12:20. Une part importante de la récolte de pommes de terre flamande ne peut être stockée cette année, obligeant les producteurs à livrer directement du champ, tandis que des inquiétudes grandissent quant à la qualité des tubercules.
- Près de 40 % des producteurs flamands doivent livrer une partie de leur récolte immédiatement faute de capacité de stockage.
- La récolte est retardée et la qualité des pommes de terre récoltées suscite des préoccupations, notamment en raison de la sécheresse.
- Les usines de transformation sont également saturées et le marché européen peine à absorber les volumes excédentaires.
La situation est tendue pour les producteurs de pommes de terre en Flandre. Selon une enquête menée par Viaverda, près de 40 % d’entre eux se voient contraints de livrer une partie de leur récolte directement du champ, car leurs installations de stockage sont saturées. Cette situation inédite retarde la campagne de récolte et soulève des questions quant à la qualité des pommes de terre.
Les producteurs de plus de 150 hectares sont moins touchés, seulement 10 % d’entre eux ayant besoin de solutions de stockage temporaires. En revanche, les exploitations plus petites sont davantage concernées. Les exploitations de 50 à 75 hectares sont également confrontées à des difficultés, avec 70 % d’entre elles devant encore récolter un quart de leur superficie. Globalement, près des trois quarts des répondants à l’enquête avaient achevé la récolte au 24 octobre, principalement les petites exploitations de moins de 25 hectares.
La sécheresse de cet été a compliqué la récolte. Si l’arrêt des moissonneuses-batteuses avait pu sembler prématuré, il s’avère que cette décision était judicieuse. Des problèmes de « bleu » (taches bleutées dues à des contusions) sont signalés dans les entrepôts, en particulier dans les régions argileuses comme la Zélande et la Flandre occidentale. La semaine dernière, les récoltes ont pu se dérouler dans de bonnes conditions, tant pour la consommation que pour la production de plants.
Viaverda estime que 92 % de la superficie cultivée en Flandre (51 064 hectares) a été récoltée. Les 4 000 hectares restants devraient pouvoir être défrichés grâce aux prévisions météorologiques favorables. La situation est également préoccupante en Wallonie, où des difficultés persistent. Les acheteurs rencontrent des difficultés à réceptionner les pommes de terre, une situation aggravée par les arrêts de production chez Clarebout. L’entreprise avait d’ailleurs anticipé un goulot d’étranglement et conseillé aux producteurs de prévoir un stockage temporaire.
L’abondance de la récolte cette année dépasse les capacités d’absorption du marché européen. Dès le début de la campagne, les acheteurs ont cherché à rediriger les excédents vers l’alimentation animale, dans l’espoir de stabiliser les prix. Cependant, l’accumulation des stocks rend cette perspective de plus en plus improbable.
La qualité des pommes de terre est un sujet de préoccupation majeur. Les usines de transformation sont également saturées, avec des chambres froides pleines, ce qui entraîne une baisse du taux de transformation. L’UNPT en France fait état d’une situation similaire. Les autres débouchés, comme la production de flocons et de granulés, ne se développent pas aussi bien que prévu. Seule l’exportation de variétés de qualité supérieure, comme l’Agria, reste relativement stable. Des appels d’offres ont également été lancés pour cette variété à destination de l’industrie de la transformation et de la production de pommes de frites.
La germination précoce des pommes de terre, due à un automne doux et à une utilisation inefficace des produits inhibiteurs de germination (MH), complique encore la situation. De nombreuses pommes de terre sont difficiles à conserver, et certaines exploitations n’ont pas encore pu récolter ou livrer leurs cultures de septembre, qui n’ont pas été traitées au MH.
Les producteurs peuvent s’attendre à recevoir dans les prochaines semaines les premières propositions de contrats pour la récolte de 2026. Des rumeurs circulent déjà, notamment en Belgique, évoquant une baisse de 2 centimes par kilogramme pour les contrats existants et une diminution de 4 à 5 centimes pour les nouvelles commandes, en fonction de la variété et des délais de livraison. Cela confirmerait la baisse de 10 à 15 % évoquée plus tôt cet automne. L’impact de ces baisses sur les coûts des plants de pommes de terre reste à évaluer.