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La révolution de la circulation qui rend les villes plus propres et plus heureuses

by Nicolas Lefèvre

Une transformation discrète mais significative se produit dans les rues de nombreuses villes : la place est de plus en plus laissée aux vélos, au détriment de la voiture. De New York à Londres, en passant par Montréal et Gand, les aménagements urbains évoluent pour encourager les déplacements à deux roues, avec des conséquences potentiellement profondes sur la qualité de vie et l’environnement.

Il y a quelques semaines, en accompagnant mon fils à l’école à Brooklyn, j’ai constaté de visu ce changement : une voie automobile de Court Street, une artère importante de notre quartier, avait été supprimée pour faire place à une piste cyclable bidirectionnelle protégée. En tant que père désireux de voir son enfant faire plus de vélo, mais conscient des dangers de la circulation à Brooklyn, j’ai été à la fois soulagé et surpris par cette initiative.

Malgré la forte densité de population de Brooklyn, et le fait qu’environ la moitié des foyers y possèdent une voiture, la ville ose réduire l’espace alloué aux véhicules individuels au profit des cyclistes. Cette tendance s’inscrit dans un mouvement plus large, observé à New York et dans d’autres métropoles du monde, visant à créer des espaces sûrs et adaptés aux modes de déplacement doux.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. À Londres, le nombre de vélos aux heures de pointe a dépassé celui des voitures. À Montréal, l’utilisation du système de vélopartage a doublé depuis 2019. À Copenhague, près de la moitié des trajets domicile-travail se font à vélo. New York, quant à elle, a développé le plus grand réseau cyclable au monde, avec 2 414 kilomètres de pistes, dont 885 kilomètres protégées, et dispose du plus grand système de vélopartage des États-Unis, Citi Bike.

Mais cette évolution ne se limite pas à la simple création de pistes cyclables. Il s’agit de concevoir des itinéraires sécurisés, avec des aménagements spécifiques tels que :

  • Des voies protégées, séparant physiquement les vélos du trafic automobile, transformant le cyclisme urbain d’une activité risquée en une pratique accessible à tous les âges.
  • Des carrefours protégés, améliorant la visibilité et la sécurité des cyclistes et des piétons aux intersections, en rendant les virages à droite plus sûrs pour les automobilistes.
  • Des modifications des feux de circulation, comme les intervalles piétons avancés (IPA), qui donnent aux piétons quelques secondes d’avance avant que le feu ne passe au vert, ou des phases spécifiques pour les vélos. À New York, les IPA ont permis de réduire d’environ 33 % le nombre de blessures chez les piétons entre 2013 et 2018.

Certaines villes, comme Gand en Belgique, vont encore plus loin en filtrant le trafic automobile hors du centre-ville, réservant les rues intérieures aux cyclistes et aux piétons. Le résultat est une amélioration de la qualité de vie et un encouragement aux modes de transport durables.

L’essor des vélos électriques contribue également à cette tendance. Ils permettent à un plus grand nombre de personnes de faire du vélo, même sur des distances plus longues ou dans des terrains vallonnés. Un vélo électrique peut permettre à un foyer d’économiser des milliers de dollars par an en remplaçant une voiture, surtout compte tenu de l’augmentation générale du coût de possession d’un véhicule.

Au-delà des considérations économiques, le vélo offre des avantages considérables en termes de santé et d’environnement. Une étude britannique a établi un lien entre les déplacements à vélo et une mortalité toutes causes confondues plus faible, ainsi qu’une réduction des risques de maladies cardiovasculaires et de cancer. De plus, remplacer une voiture par un vélo pour un court trajet peut réduire les émissions de carbone de 75 %. Le centre de Londres, qui a combiné un péage urbain avec de nouvelles pistes cyclables et le vélopartage, a ainsi constaté une amélioration significative de la qualité de l’air.

Bien que New York soit l’une des villes les plus progressistes en la matière, elle reste encore loin derrière les villes européennes de référence comme Copenhague et Amsterdam en termes d’infrastructures cyclables. Et, comme pour de nombreux autres enjeux aux États-Unis, le développement du cyclisme suscite des débats et des résistances, notamment de la part des automobilistes réticents à partager l’espace public.

Des défis subsistent, notamment en matière de sécurité, avec l’augmentation du nombre de vélos électriques, qui peuvent être plus rapides et plus dangereux pour les cyclistes eux-mêmes et pour les piétons. Cependant, il est important de replacer ces incidents dans leur contexte : plus de 40 000 personnes sont mortes dans des accidents de la route aux États-Unis en 2023, et plus de 7 000 piétons ont été tués par des voitures, un chiffre en augmentation constante depuis plus d’une décennie. Pourtant, personne ne propose d’interdire les voitures.

En construisant des itinéraires cyclables sûrs, les villes peuvent encourager un plus grand nombre de personnes à opter pour le vélo, et ainsi bénéficier de ses nombreux avantages : sécurité accrue, air plus pur, rues plus calmes. Sur Court Street, à Brooklyn, cette nouvelle piste cyclable protégée semble déjà faire partie du paysage. C’est là toute la force du changement : il s’opère discrètement, au quotidien, et transforme notre façon de nous déplacer.

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