Home DivertissementLa Roumanie demande l’accord des Émirats arabes unis pour poursuivre Horațiu Potra. Comment nous sommes tombés entre les mains de l’État du Golfe Persique

La Roumanie demande l’accord des Émirats arabes unis pour poursuivre Horațiu Potra. Comment nous sommes tombés entre les mains de l’État du Golfe Persique

by Antoine Girard

Publié le 8 janvier 2026 00:02:00. L’ancien mercenaire Horațiu Potra, arrêté à Dubaï en septembre 2025, pourrait être poursuivi en Roumanie pour de nouvelles infractions financières, mais l’accord des Émirats arabes unis est requis pour engager les poursuites.

  • Horațiu Potra et ses proches ont été extradés de Dubaï vers la Roumanie en novembre 2025.
  • Les autorités roumaines cherchent à l’inculper pour évasion fiscale, détournement de fonds et blanchiment d’argent.
  • La défense de Potra tente de retarder la procédure en contestant la compétence roumaine pour ces crimes.

Le parquet roumain a obtenu, le 30 décembre 2025, l’autorisation de solliciter l’accord des Émirats arabes unis afin de poursuivre Horațiu Potra pour de nouvelles infractions financières. Cette demande fait suite à l’arrestation de Potra à l’aéroport de Dubaï le 24 septembre 2025, alors qu’il s’apprêtait à embarquer pour Moscou avec son fils, Dorian Potra, et son petit-fils, Alexandru Cosmin Potra. Les trois hommes ont été extradés vers la Roumanie le 20 novembre 2025, en vertu d’un mandat d’arrêt international.

La situation juridique de Potra est compliquée par la règle de la « spécialité », qui limite les poursuites à l’infraction pour laquelle l’extradition a été accordée. Potra a refusé de renoncer à cette règle, ce qui signifie que toute nouvelle accusation nécessite le consentement explicite des autorités émiraties. C’est pourquoi le parquet général a dû suivre une procédure spécifique pour obtenir cet accord.

Selon la décision du tribunal de Sibiu, où Potra est domicilié, les nouvelles accusations portent sur des délits d’évasion fiscale continue (tels que définis par la loi n° 126/2024), de détournement de fonds avec des conséquences particulièrement graves, également continu, et de blanchiment d’argent continu. Le blanchiment d’argent, l’infraction la plus grave, est passible d’une peine pouvant aller jusqu’à 12 ans de prison en Roumanie.

L’avocat de Potra a tenté de contester la compétence roumaine pour ces infractions, arguant qu’elles ne sont pas nécessairement criminalisées aux Émirats arabes unis. Il a demandé que les autorités roumaines interrogent d’abord les Émirats pour déterminer si ces crimes sont également punissables dans leur législation avant de solliciter leur consentement pour des poursuites pénales.

« Les Émirats arabes unis se trouvent dans une zone économique appelée Zone Libre, dans laquelle ils ne perçoivent pas d’impôts et de droits et ne prévoient pas cette obligation de déclarer les impôts et les droits, comme c’est le cas en Roumanie. (…) La Roumanie n’a pas de traité de collaboration avec les Émirats sur ces questions et il n’y a pas de relations de réciprocité. Il n’y a pas de traité bilatéral, le seul accord que la Roumanie a avec les Émirats concerne la double imposition. (…) »

Avocat de Horațiu Potra

L’avocat a également souligné que les preuves présentées par le parquet, notamment des promesses de vente, ne suffisent pas à établir un délit. Il a insisté sur la nécessité de clarifier si les crimes reprochés à Potra sont également considérés comme tels par la législation émiratie, car l’extradition ne peut être justifiée que si l’acte est criminel dans les deux pays.

Le procureur a rejeté cette demande, affirmant que la demande de poursuite est suffisamment claire pour permettre aux autorités émiraties d’évaluer la criminalisation des faits dans leur propre législation et qu’elles peuvent demander des éclaircissements supplémentaires si nécessaire. Le tribunal de Sibiu a finalement donné son accord, et la demande a été transmise aux Émirats arabes unis par l’intermédiaire du ministère de la Justice.

En juillet 2025, les procureurs avaient déjà ordonné la saisie conservatoire des comptes bancaires et des biens de Potra, pour une valeur totale de plus de 24 millions de lei (environ 1,5 million d’euros), ainsi que de près de 30 kilogrammes d’or, d’un immeuble à Bucarest et de 11 autres biens immobiliers à Sibiu. Potra est accusé d’avoir fraudé le fisc roumain en dissimulant des revenus de plus de 72 millions de lei (environ 4,3 millions d’euros) générés entre juin 2023 et novembre 2024 grâce à des services de gestion de la sécurité fournis au Congo. Ces revenus auraient été transférés vers des comptes personnels ou des sociétés enregistrées aux Émirats arabes unis par le biais de transactions commerciales et financières fictives.

Les enquêteurs soupçonnent également Potra d’avoir, entre décembre 2022 et mars 2023, fraudé le fisc en tant qu’administrateur d’une société, avec l’aide d’un autre suspect, également poursuivi pour complicité d’évasion fiscale, détournement de fonds et blanchiment d’argent. Potra aurait enregistré des opérations commerciales fictives dans les registres comptables de son entreprise, générant un préjudice de près de 1,84 million d’euros au budget de l’État.

Plus précisément, les procureurs affirment que Potra a dissimulé la véritable origine de son patrimoine (2,54 millions de dollars américains) et de celui de sa société (477 600 dollars américains), pour un total de 3,02 millions de dollars américains (environ 13,58 millions de lei), obtenus grâce à l’évasion fiscale et au détournement de fonds. L’enquête se poursuit également sur d’autres personnes susceptibles d’avoir aidé Potra.

Horațiu Potra et Călin Georgescu, ainsi que 20 autres personnes, ont été inculpés le 16 septembre 2025 pour tentative d’action contre l’ordre constitutionnel.

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