Publié le 23 octobre 2025 18h54. La Russie entend maintenir sa présence militaire en Syrie, mais l’extradition de Bachar al-Assad vers Damas est hors de question, selon des sources proches des négociations à Moscou, qui mettent en lumière les enjeux économiques et géopolitiques de cette alliance.
- La Syrie a garanti à la Russie le maintien de ses bases militaires de Khmeimim et de Tartous.
- Damas espère obtenir un soutien financier important de Moscou pour la reconstruction de ses infrastructures.
- Un projet de gazoduc Qatar-Golfe-Méditerranée, concurrençant les intérêts russes, pourrait être au cœur des tensions.
La Russie est déterminée à conserver ses bases militaires en Syrie, notamment la base aérienne de Khmeimim et la base navale de Tartous, a affirmé Reuters. Cet engagement a été confirmé par Ahmed al-Sharaa, le président syrien par intérim, lors de récentes discussions avec Vladimir Poutine à Moscou. Ces bases représentent un point d’ancrage stratégique pour Moscou, non seulement en Syrie, mais aussi comme porte d’entrée vers le Moyen-Orient et l’Afrique, où la Russie poursuit des intérêts économiques et géopolitiques croissants.
Les négociations à huis clos ont également soulevé la question de l’ancien président syrien, Bachar al-Assad. Bien qu’il ait été rapporté qu’Ahmed al-Sharaa aurait pu évoquer la possibilité d’une extradition, la Russie semble fermement opposée à cette idée. Selon des observateurs, Moscou ne livre jamais ses anciens alliés, même lorsque de nouveaux gouvernements sont en place dans leurs pays d’origine. Cette position est considérée comme une ligne rouge, une question de principe.
Au-delà du maintien des bases militaires, la Syrie sollicite un soutien financier massif de la Russie pour sa reconstruction. Les infrastructures énergétiques, ferroviaires et de transport ont été gravement endommagées par des années de conflit et nécessitent des investissements importants. Le vice-Premier ministre russe, Alexander Novak, a indiqué que les fournitures humanitaires, notamment du blé, de la nourriture et des médicaments, ont également été abordées lors des pourparlers. Des projets spécifiques impliquant la Russie sont à l’étude.
Le nouveau gouvernement syrien, malgré une décennie de perception de la Russie comme un allié du régime déchu, affiche une volonté de dialogue constructif avec Moscou. Cette ouverture est d’autant plus significative que la Russie souhaite relancer les projets énergétiques et d’infrastructures entamés sous Bachar al-Assad, dont certains remontent à l’époque soviétique.
Un enjeu majeur pourrait être la participation de la Russie au projet de gazoduc Qatar-Golfe-Méditerranée. Ce projet, conçu à la fin des années 1990, vise à acheminer le gaz qatari vers l’Europe via l’Arabie saoudite, la Jordanie, la Syrie et la Turquie, offrant une alternative potentiellement moins coûteuse au gaz liquéfié actuellement importé. Cependant, ce gazoduc, s’il était réalisé, pourrait concurrencer les intérêts russes et affaiblir l’influence de Moscou sur le marché énergétique européen, tout en pénalisant également l’Iran.
Certains experts estiment que l’opposition de Bachar al-Assad à ce projet a été l’un des principaux facteurs ayant conduit à la guerre civile syrienne. Robert Kennedy Jr., dans un article publié par Politico en 2016, a affirmé que la guerre contre Assad n’avait pas débuté avec les manifestations du Printemps arabe, mais dès 2000, avec la proposition de construction de ce gazoduc. Il accuse la CIA d’avoir utilisé des groupes djihadistes pour renverser Assad, consciente des conséquences.
Si cette théorie est exacte, les Qataris et les Turcs pourraient être particulièrement désireux de relancer le projet après le départ d’Assad. Dans un contexte où les gazoducs Nord Stream sont hors service et les livraisons de gaz russe vers l’Europe sont suspendues, la Russie pourrait être tentée de rejoindre ce projet, malgré les risques qu’il représente pour ses intérêts.
Cependant, l’implication de la Russie en Syrie est semée d’embûches. L’expérience libyenne de 2011, où Moscou a perdu 4 milliards de dollars en contrats de défense suite à la révolution, est encore fraîche dans les mémoires. Bien que la Russie soit revenue en Libye, le pays est désormais fragmenté et instable. La situation actuelle en Méditerranée orientale, avec la division des zones maritimes par la Turquie et ses alliés, illustre les défis auxquels la Russie pourrait être confrontée.
L’influence croissante de la Turquie sur le nouveau gouvernement syrien pourrait également compliquer les choses. Ankara pourrait tenter d’utiliser la question des bases militaires russes comme levier de négociation avec Moscou. Bien que le gouvernement syrien actuel puisse souhaiter réduire l’influence turque en renforçant ses liens avec la Russie et l’Iran, sa capacité à le faire reste incertaine.
La question de savoir si l’investissement en Syrie en vaut la peine est donc légitime. Comme le soulignent certains observateurs, l’inaction pourrait laisser le champ libre à d’autres acteurs.
