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La Russie n’est pas pressée de parvenir à la paix en Ukraine

by Clara Dubois

Publié le 2 décembre 2025 à 23h09. Une délégation américaine, menée par l’envoyé spécial de Donald Trump et son gendre Jared Kushner, a rencontré Vladimir Poutine à Moscou pour discuter de propositions visant à mettre fin à la guerre en Ukraine, une réunion qui s’est étendue sur près de cinq heures sans pour autant déboucher sur une percée immédiate.

  • L’envoyé spécial américain Steve Witkoff et Jared Kushner ont présenté au président russe Vladimir Poutine un plan en 28 points pour résoudre le conflit ukrainien.
  • Les pourparlers, qualifiés d’utiles mais sans avancée significative, ont porté sur une solution de paix à long terme et ont été prolongés par la remise de quatre documents supplémentaires aux autorités russes.
  • La Russie insiste sur la reconnaissance de ses acquisitions territoriales en Ukraine, notamment le Donbass et la Crimée, comme condition préalable à toute négociation sérieuse.

La rencontre, qui a débuté avec près de trois heures de retard, s’est tenue dans un contexte de scepticisme de part et d’autre. Le conseiller en politique étrangère de Poutine, Youri Ouchakov, a qualifié les discussions de constructives, tout en soulignant qu’elles n’avaient pas rapproché les parties d’une paix durable. « De toute façon, nous ne sommes pas plus loin de la paix qu’avant », a-t-il déclaré aux journalistes.

Selon M. Ouchakov, les discussions ont porté sur les perspectives d’une solution de paix à long terme et ont abouti à un accord pour poursuivre les efforts conjoints. Outre le plan initial en 28 points, les représentants américains ont remis quatre documents supplémentaires aux autorités russes, dont le contenu n’a pas été divulgué. « Il y a encore beaucoup de travail à faire », a-t-il ajouté, précisant que la Russie pourrait s’accorder sur certains points, mais pas sur tous.

Les questions territoriales restent un point de blocage majeur. Moscou exige la reconnaissance de ses acquisitions en Ukraine, notamment le Donbass et la péninsule de Crimée, comme condition préalable à toute solution négociée. Aucune rencontre entre Poutine et Donald Trump n’est actuellement prévue, les perspectives dépendant des développements futurs.

Expériences mitigées avec Witkoff

Cette rencontre intervient après une visite de Witkoff et Kushner en Floride, où ils ont rencontré une délégation ukrainienne. Les détails de ces discussions, basées sur une version révisée du plan en 28 points élaboré à Genève, n’ont pas été rendus publics. Les médias russes proches du Kremlin ont exprimé leur scepticisme quant à l’optimisme affiché par l’administration Trump, le qualifiant de langage habituel de la Maison Blanche.

Les médias russes ont également souligné les expériences mitigées passées avec Witkoff, le qualifiant d’homme facilement manipulable en raison de son manque d’expérience, ce qui pourrait accroître le risque de malentendus et de fausses interprétations des positions russes. Komsomolskaïa Pravda et Rossiskaja Gazeta ont exprimé leur pessimisme quant à une fin rapide des combats.

Demande de reconnaissance des territoires conquis

Les exigences russes pour mettre fin à la guerre sont ambitieuses. Poutine a réaffirmé la semaine dernière la nécessité pour les États-Unis de convaincre Kiev de renoncer définitivement à l’adhésion à l’OTAN et de se retirer du Donbass. Il a également souligné la nécessité d’une élaboration approfondie du plan de paix américain, notamment sur les points sur lesquels la Russie pourrait être disposée à faire des concessions.

Moscou attend également des investissements et des projets communs avec les États-Unis, ce qui explique sa volonté de maintenir un dialogue ouvert avec Washington. Poutine réclame la reconnaissance par les États-Unis et la communauté internationale des territoires revendiqués par la Russie dans l’est et le sud-est de l’Ukraine, ainsi que de la Crimée, annexée en 2014, comme une garantie de sécurité pour la Russie.

Selon Poutine, la reconnaissance par l’Ukraine n’est pas essentielle, car il ne considère pas le gouvernement actuel de Kiev comme légitime. Il estime qu’une solution ne pourra être trouvée qu’avec de nouveaux dirigeants ukrainiens.

Poutine préfère la minutie à la rapidité

Poutine ne semble pas pressé de parvenir à un accord rapide. Il privilégie une approche méthodique et détaillée, plutôt qu’une solution précipitée. Le plan américain initial vise à établir une nouvelle architecture de sécurité et à éliminer les causes profondes du conflit avec l’Ukraine, notamment en renonçant à l’adhésion à l’OTAN, en démilitarisant et en « dénazifiant » l’Ukraine – des termes qui impliquent une réduction significative de l’armée ukrainienne, des droits spéciaux pour les russophones et l’Église orthodoxe russe d’Ukraine, et un changement de gouvernement.

Ces mesures, combinées à l’annexion du Donbass et à la création de zones tampons, visent à influencer le cours politique à Kiev. Poutine n’a pas renoncé à son objectif de contrôler l’Ukraine et cherche un accord qui reflète ses intérêts et laisse peu de place à l’interprétation lors de la mise en œuvre. C’est pourquoi il privilégie la prudence à la précipitation.

Le Kremlin considère que l’opération militaire spéciale lancée en 2022 a permis de mettre fin à la guerre du gouvernement ukrainien contre le Donbass, qui avait débuté en 2014. Il craint qu’un abandon précipité ne répète les erreurs commises lors des accords de Minsk de 2014-2015.

Une société fatiguée par la guerre

La Russie est confrontée à une société de plus en plus fatiguée par la guerre, mais cette fatigue ne remet pas fondamentalement en question la politique de Poutine ni ne suscite de préoccupations morales quant à l’attaque contre l’Ukraine. Elle est plutôt liée à la détérioration de la situation économique, aux restrictions imposées par la guerre et aux souffrances des soldats russes. Cette situation permet à Poutine de présenter toute avancée comme une victoire, selon le commentateur dissident Andrei Kolesnikov.

Cependant, la pression économique n’est pas encore suffisamment forte pour contraindre le Kremlin à accepter un accord véritablement favorable. Poutine a également dénoncé lundi une « tragédie du peuple ukrainien », imputant la responsabilité à la « junte criminelle » au pouvoir à Kiev. Le scandale de corruption impliquant le président Volodymyr Zelensky est exploité par la propagande russe.

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