Publié le 21 novembre 2025. Une supplémentation en arginine, un acide aminé courant, pourrait freiner la progression de la maladie d’Alzheimer, selon une étude menée sur des modèles animaux et publiée dans la revue Neurochimie Internationale.
- L’administration orale d’arginine a réduit l’accumulation de la protéine amyloïde β (Aβ) dans le cerveau des modèles animaux étudiés.
- Les chercheurs ont observé une amélioration des performances comportementales et une diminution de l’inflammation cérébrale chez les animaux traités.
- Cette découverte ouvre la voie à de potentiels essais cliniques pour évaluer l’efficacité de l’arginine comme traitement complémentaire contre la maladie d’Alzheimer.
La maladie d’Alzheimer (MA), une affection neurodégénérative progressive, représente un défi majeur de santé publique à l’échelle mondiale. Bien que des traitements ciblant la protéine amyloïde β (Aβ) aient été développés, leur efficacité reste limitée et ils peuvent entraîner des effets secondaires indésirables. Cette situation souligne la nécessité de trouver des approches thérapeutiques plus sûres, abordables et accessibles pour ralentir la progression de cette maladie invalidante.
Des chercheurs de l’Université Kindai au Japon et de plusieurs institutions collaboratrices ont exploré le potentiel de l’arginine, un acide aminé naturellement présent dans l’organisme et reconnu pour ses propriétés chimiques protectrices. Leurs travaux, publiés le 30 octobre 2025 dans Neurochimie Internationale, suggèrent que l’administration orale d’arginine pourrait supprimer l’agrégation de la protéine Aβ et atténuer ses effets toxiques dans des modèles animaux de la maladie d’Alzheimer.
L’équipe de recherche, composée notamment de Kanako Fujii, étudiante diplômée, et du professeur Yoshitaka Nagai, du département de neurologie de la faculté de médecine de l’Université Kindai d’Osaka, ainsi que du professeur agrégé Toshihide Takeuchi de l’institut de recherche en sciences de la vie de l’Université Kindai d’Osaka, a mené des expériences in vitro qui ont démontré que l’arginine inhibe la formation d’agrégats Aβ42 en fonction de sa concentration.
Ces résultats ont ensuite été confirmés sur deux modèles animaux établis de la maladie d’Alzheimer : un modèle de drosophile (mouche du vinaigre) exprimant Aβ42 avec une mutation spécifique (E22G) et un modèle de souris transgénique portant trois mutations familiales associées à la MA. Dans les deux cas, l’administration d’arginine a significativement réduit l’accumulation d’Aβ et atténué sa toxicité.
« Notre étude démontre que l’arginine peut supprimer l’agrégation Aβ in vitro et in vivo », explique le professeur Nagai. « Ce qui rend cette découverte particulièrement intéressante, c’est que l’arginine est déjà connue pour être cliniquement sûre et peu coûteuse, ce qui en fait un candidat prometteur pour un repositionnement thérapeutique dans le traitement de la maladie d’Alzheimer. »
Professeur Yoshitaka Nagai, Département de neurologie, Université Kindai d’Osaka
Dans le modèle murin, l’administration orale d’arginine a entraîné une diminution significative du dépôt de plaques amyloïdes et une réduction des niveaux d’Aβ42 insoluble dans le cerveau. De plus, les souris traitées à l’arginine ont présenté une amélioration de leurs performances comportementales et une diminution de l’expression des gènes codant pour des cytokines pro-inflammatoires, des molécules impliquées dans la neuroinflammation, une caractéristique pathologique clé de la maladie d’Alzheimer. Ces résultats suggèrent que les effets bénéfiques de l’arginine pourraient s’étendre au-delà de la simple inhibition de l’agrégation de la protéine Aβ, incluant des actions neuroprotectrices et anti-inflammatoires plus larges.
« Nos résultats ouvrent de nouvelles perspectives pour le développement de stratégies thérapeutiques basées sur l’arginine pour les maladies neurodégénératives causées par un mauvais repliement et une agrégation des protéines », souligne le professeur Nagai. « Compte tenu de son excellent profil de sécurité et de son faible coût, l’arginine pourrait être rapidement évaluée dans le cadre d’essais cliniques sur la maladie d’Alzheimer et potentiellement d’autres troubles associés. »
Cette recherche met en évidence le potentiel du repositionnement de médicaments – l’utilisation de composés existants et sûrs pour de nouvelles indications thérapeutiques – comme une voie efficace pour développer des traitements accessibles contre la maladie d’Alzheimer. L’arginine, déjà utilisée en clinique au Japon et présentant une bonne sécurité et une perméabilité cérébrale élevée, pourrait ainsi surmonter certains des obstacles initiaux rencontrés lors du développement de médicaments conventionnels.
Les chercheurs précisent que des études précliniques et cliniques supplémentaires sont nécessaires pour confirmer ces effets thérapeutiques chez l’homme et pour déterminer les dosages optimaux. Néanmoins, ces résultats fournissent des preuves encourageantes qu’une simple supplémentation nutritionnelle ou pharmacologique pourrait atténuer la pathologie amyloïde et améliorer les résultats neurologiques.
Cette étude contribue non seulement à notre compréhension des mécanismes d’agrégation de la protéine Aβ, mais souligne également une stratégie potentiellement simple et économique qui pourrait, à terme, bénéficier à la population mondiale croissante touchée par la maladie d’Alzheimer.
Plus d’informations :
Kanako Fujii et al, L’administration orale d’arginine supprime la pathologie Aβ dans des modèles animaux de la maladie d’Alzheimer, Neurochimie Internationale (2025). DOI : 10.1016/j.neuint.2025.106082
Fourni par l’Université Kindai
