Home AffairesLa Thaïlande se concentre désormais sur les différends frontaliers et cible les syndicats de cybercriminalité

La Thaïlande se concentre désormais sur les différends frontaliers et cible les syndicats de cybercriminalité

by Amélie Bernard

La Thaïlande a intensifié ses opérations militaires contre le Cambodge, justifiant ces frappes par la nécessité d’éradiquer des réseaux de cybercriminalité transnationaux qui prospèrent le long de la frontière commune. Bangkok refuse tout cessez-le-feu tant que Phnom Penh ne démantèlera pas ces complexes frauduleux, accusés de maintenir des centaines de milliers de personnes en situation d’esclavage moderne.

Les affrontements, qui ont repris ce mois-ci après une brève accalmie, impliquent des échanges d’artillerie et des bombardements aériens. L’armée thaïlandaise cible notamment des casinos et des infrastructures considérées comme des bases militaires par Bangkok. Jeudi, des avions de combat F-16 ont frappé des cibles à Poipet, une ville frontalière cambodgienne réputée pour son industrie des casinos, notamment un dépôt de lance-roquettes.

« Chaque cible identifiée était clairement utilisée comme base militaire, comprenant souvent des centres de commandement de drones et des dépôts d’armes », a précisé un porte-parole de l’armée royale thaïlandaise, selon l’agence Bloomberg.

Le conflit s’inscrit dans un contexte de tensions politiques exacerbées par le rôle présumé du Cambodge dans la destitution de l’ancienne Première ministre thaïlandaise, Paetongtarn Shinawatra. Le Premier ministre thaïlandais par intérim, Anutin Charnvirakul, a réaffirmé sa détermination à poursuivre les opérations militaires, déclarant lors d’un sommet international à Bangkok : « La paix restera inaccessible tant que l’administration cambodgienne ne prendra pas des mesures décisives pour détruire les tentatives de fraude. » Il avait précédemment rejeté les appels à un cessez-le-feu, affirmant que la Thaïlande « continuerait à mener des actions militaires jusqu’à ce que nous ne ressentions plus de danger ni de menace pour notre terre et notre peuple ».

Selon l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), les centres de fraude en Asie du Sud-Est génèrent environ 41 milliards de dollars (environ 37,5 milliards d’euros) par an. Ces réseaux criminels, souvent contrôlés par des syndicats chinois, sont spécialisés dans des escroqueries sophistiquées, telles que les fraudes amoureuses et les stratagèmes d’investissement, connues sous le nom de « massacre de porcs ». Ils exploitent des centaines de milliers de victimes, dont au moins 100 000 rien qu’au Cambodge, les maintenant en situation de travail forcé dans des conditions inhumaines.

Les recruteurs piègent les victimes potentielles via les réseaux sociaux et les plateformes de messagerie, leur promettant des emplois bien rémunérés en télémarketing ou dans l’informatique. Une fois arrivées sur place, les victimes découvrent qu’elles ont été dupées et sont soumises à la torture et à la violence pour les forcer à participer aux escroqueries.

Un rapport du Département d’État américain sur la traite des êtres humains, publié cette année, souligne que « des responsables gouvernementaux bénéficient financièrement de la traite des êtres humains », notamment par le biais de propriétés utilisées par les opérateurs de fraude en ligne. Amnesty International a accusé le gouvernement cambodgien d’« ignorer délibérément une litanie de violations des droits humains, notamment l’esclavage, la traite des êtres humains, le travail des enfants et la torture ».

Washington a appelé les deux pays à trouver une solution diplomatique. Le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, a exhorté le ministre thaïlandais des Affaires étrangères à prendre des « actions concrètes » pour désamorcer la situation. Le Cambodge, pour sa part, affirme « rester fermement engagé à prévenir et à réprimer toutes les formes de crimes transfrontaliers, en particulier les escroqueries en ligne ».

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