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L’accès aux médicaments reste inégal en Asie du Sud-Est, selon un rapport régional de l’OMS

Publié le 13 octobre 2025 04:41:00. Un nouveau rapport de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) met en lumière les disparités criantes en matière d'accès aux médicaments essentiels, vaccins et technologies médicales dans la région de l'Asie du…

L’accès aux médicaments reste inégal en Asie du Sud-Est, selon un rapport régional de l’OMS

Publié le 13 octobre 2025 04:41:00. Un nouveau rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) met en lumière les disparités criantes en matière d’accès aux médicaments essentiels, vaccins et technologies médicales dans la région de l’Asie du Sud-Est, soulignant l’urgence d’une coopération régionale renforcée et de réformes systémiques.

  • L’accès aux produits de santé reste très inégalitaire dans la région, avec des pays dotés d’une industrie pharmaceutique développée côtoyant des nations fortement dépendantes des importations.
  • La qualité des médicaments et des dispositifs médicaux est une préoccupation majeure, avec des systèmes de réglementation souvent limités et une prolifération de produits contrefaits.
  • L’OMS appelle à un équilibre entre la protection de l’innovation pharmaceutique et le droit à la santé, en encourageant l’utilisation des flexibilités prévues par l’accord sur les ADPIC de l’OMC.

La région de l’Asie du Sud-Est (SEAR), qui abrite plus d’un quart de la population mondiale, est confrontée à des défis majeurs pour garantir un accès équitable aux produits médicaux. Le rapport, élaboré en collaboration avec le Bureau régional de l’OMS pour l’Asie du Sud-Est, l’Institut national de recherche et de développement en santé (Indonésie), l’Institut de santé publique (Sri Lanka) et le Conseil indien de la recherche médicale, dresse un tableau contrasté de la situation.

Si des pays comme l’Inde, la Thaïlande et l’Indonésie ont développé un secteur pharmaceutique national robuste, d’autres, tels que le Bhoutan, le Népal et les Maldives, restent fortement dépendants des importations. Le rapport souligne que la simple disponibilité des médicaments ne suffit pas : l’abordabilité et l’assurance qualité sont tout aussi cruciales. Les dépenses de santé personnelles élevées continuent de peser lourdement sur de nombreux ménages, les contraignant parfois à faire face à des coûts catastrophiques pour l’acquisition de médicaments essentiels.

L’OMS insiste sur le fait que l’accès équitable aux soins de santé n’est pas un privilège, mais une obligation morale et un impératif pour atteindre les Objectifs de développement durable (ODD), en particulier l’ODD 3 relatif à la santé et au bien-être. Pour améliorer la situation, l’organisation recommande de renforcer les pratiques d’appel d’offres publics, de garantir la transparence des prix et d’adopter des systèmes d’achat groupés, susceptibles de réduire considérablement les coûts et d’améliorer la prévisibilité de l’approvisionnement.

La qualité des produits médicaux est un autre point crucial soulevé par le rapport. L’accès à des médicaments de qualité inférieure peut être dangereux, et les systèmes de réglementation constituent l’épine dorsale de la confiance dans les soins de santé. Or, dans une grande partie de l’Asie du Sud-Est, la capacité de régulation reste limitée. Selon l’analyse comparative de l’OMS, la plupart des autorités nationales de réglementation fonctionnent encore au niveau 2 de maturité, ce qui signifie qu’elles disposent de systèmes de base mais ne sont pas encore pleinement capables d’exercer une surveillance efficace.

L’Organisation centrale de contrôle des normes pharmaceutiques en Inde (CDSCO) et la Food and Drug Administration de Thaïlande sont citées comme des exemples régionaux, tandis que des pays comme le Myanmar, le Timor-Leste et le Bhoutan sont encore en train de mettre en place des cadres de surveillance et d’autorisation élémentaires. L’OMS plaide pour une harmonisation régionale via le Réseau de réglementation de l’Asie du Sud-Est (SEARN), un mécanisme visant à aligner les normes, à promouvoir le partage d’informations et à faciliter la reconnaissance mutuelle.

Le rapport aborde également la question délicate de l’innovation, des droits de propriété intellectuelle (DPI) et de l’accès aux médicaments. Il exhorte les gouvernements à trouver un équilibre entre la protection de l’innovation et le droit à la santé, en réaffirmant l’importance des flexibilités prévues par l’Accord sur les ADPIC de l’OMC, qui permettent aux pays de délivrer des licences obligatoires ou d’importer des génériques en cas d’urgence de santé publique. L’expérience thaïlandaise, qui a utilisé ces dispositions pour élargir l’accès aux médicaments antirétroviraux, est présentée comme un modèle de courage politique.

Cependant, l’OMS met en garde contre la multiplication des accords commerciaux et d’investissement incluant des dispositions « ADPIC-plus » qui pourraient limiter ces flexibilités et augmenter les prix des médicaments. Elle appelle à des évaluations d’impact sur la santé avant la signature de nouveaux accords commerciaux, afin de garantir que les intérêts économiques ne prennent pas le pas sur les impératifs de santé publique.

Au-delà des médicaments, le rapport examine les systèmes de réglementation sous-développés pour les dispositifs médicaux et les diagnostics, les qualifiant de « catalyseurs silencieux des soins de santé modernes ». Contrairement aux médicaments, les dispositifs médicaux sont souvent mal classés dans de nombreux pays de la SEAR, ce qui permet à des produits de qualité inférieure d’inonder les marchés. L’Inde et la Thaïlande se distinguent par leur législation spécifique aux dispositifs, mais la région manque globalement de cadres harmonisés.

La prolifération de produits médicaux de qualité inférieure et falsifiés (PQSF) est une autre source de préoccupation majeure, représentant jusqu’à 10 % des produits en circulation dans les pays à revenu faible ou intermédiaire. Une carte régionale du rapport révèle des concentrations d’incidents de PQSF le long des corridors commerciaux entre l’Inde, le Myanmar et la Thaïlande. Le Système mondial de surveillance et de suivi (GSMS) de l’OMS a contribué à suivre et à perturber les chaînes d’approvisionnement illégales, mais son application reste un défi persistant.

Le rapport conclut sur un appel à la solidarité régionale et à une réforme systémique. Il salue les progrès accomplis dans l’élaboration de cadres politiques, le renforcement des institutions de réglementation et l’amélioration des capacités de fabrication, mais prévient que sans une volonté politique, des investissements et une coopération soutenus, ces progrès pourraient ne pas être durables. L’OMS préconise une approche « globale du système », intégrant l’abordabilité, l’innovation et la qualité dans une vision politique unifiée. Garantir l’accès à des produits médicaux sûrs, efficaces et abordables est, selon le rapport, un test de justice sociale et de gouvernance.

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À propos de l’auteur: Clara Dubois

Clara Dubois suit l’actualité internationale, les affaires diplomatiques et les grands équilibres géopolitiques. Son travail met l’accent sur le contexte, les faits vérifiables et les conséquences concrètes des événements mondiaux.