Home SantéL’acné de grossesse est réelle et un dermatologue dit qu’il ne faut pas simplement « attendre »

L’acné de grossesse est réelle et un dermatologue dit qu’il ne faut pas simplement « attendre »

by Sophie Martin

Publié le 4 décembre 2025 à 12h42. Près d’une femme enceinte sur deux est confrontée à l’acné durant sa grossesse, une éruption cutanée souvent douloureuse et frustrante. Heureusement, des solutions sûres et efficaces existent pour apaiser les peaux à vif et retrouver un teint serein.

  • Jusqu’à 43 % des femmes enceintes souffrent d’acné pendant la grossesse.
  • L’acide azélaïque est considéré comme le traitement de première intention pour l’acné gestationnelle.
  • De nombreux traitements classiques contre l’acné sont à proscrire durant la grossesse.

La grossesse est une période de bouleversements hormonaux intenses, et la peau ne fait pas exception. Pour de nombreuses futures mamans, cette période s’accompagne de l’apparition, ou de l’aggravation, de l’acné. Loin des quelques boutons occasionnels, il s’agit souvent d’éruptions cutanées douloureuses, profondes et persistantes, qui peuvent affecter le moral et la confiance en soi.

« L’acné de grossesse est principalement due à une augmentation des androgènes, comme la progestérone », explique Égée H. Chan, MD, FAAD, dermatologue et dermatopathologiste doublement certifiée. « Ces hormones stimulent les glandes sébacées, entraînant une production accrue de sébum et un risque plus élevé de pores obstrués et d’inflammation. » Cette surproduction de sébum, combinée aux cellules mortes de la peau et aux bactéries, crée le terrain idéal pour les éruptions.

Les recherches confirment que les niveaux de progestérone augmentent considérablement pendant la grossesse, en particulier au premier trimestre, ce qui stimule la production de sébum et peut déclencher des poussées d’acné. Les femmes ayant déjà souffert d’acné hormonale, notamment le long de la mâchoire ou du bas du visage, sont particulièrement susceptibles de voir leur peau réagir aux changements hormonaux.

Le premier trimestre est souvent le plus difficile, car c’est à ce moment que les changements endocriniens sont les plus rapides. « La progestérone et la gonadotrophine chorionique humaine (hCG) augmentent rapidement, tandis que les œstrogènes fluctuent avant de se stabiliser plus tard dans la grossesse », précise le Dr Chan. Les poussées d’acné tendent à être plus actives au cours du premier et du deuxième trimestre, mais certaines femmes constatent une amélioration au troisième trimestre, lorsque les niveaux hormonaux commencent à se stabiliser. Cependant, cette évolution varie considérablement d’une femme à l’autre.

L’acné de grossesse se manifeste souvent par des boutons profonds et douloureux, situés sous la peau, plutôt que par des boutons de surface classiques. Elle peut également se propager à des zones où l’acné n’était pas présente auparavant, comme la poitrine, le dos, les épaules et même le ventre. Le bas du visage, en particulier autour du menton et de la mâchoire, est souvent touché, car c’est là que l’acné hormonale apparaît généralement.

Contrairement à une idée reçue, il n’est pas nécessaire de subir passivement l’acné de grossesse. « L’un des plus grands mythes que j’entends est qu’il suffit d’« attendre la fin » et qu’il n’y a rien que l’on puisse faire en toute sécurité », souligne le Dr Chan. De nombreuses options sûres et efficaces existent pour apaiser les peaux à vif.

L’acide azélaïque est particulièrement recommandé par le Dr Chan. « Il combat l’inflammation et les bactéries, et c’est l’une des options les plus sûres dont nous disposons. » Il aide également à atténuer l’hyperpigmentation post-inflammatoire, ces taches brunes qui persistent après la disparition des boutons, et est suffisamment doux pour les peaux sensibles des femmes enceintes. Il est disponible en vente libre ou sur prescription médicale.

D’autres options incluent les acides doux, comme l’acide lactique, l’acide mandélique et les PHA, qui aident à désobstruer les pores et à lisser la texture de la peau sans l’irriter. Le Dr Chan partage son expérience personnelle : « J’ai personnellement utilisé l’acide lactique 10 % + HA de The Ordinary pendant toutes mes grossesses, environ deux à trois fois par semaine. » L’acide glycolique à faible concentration (inférieure à 10 %) est également considéré comme sûr.

Les nettoyants contenant du peroxyde de benzoyle ou de l’acide salicylique, utilisés en rinçage, peuvent également être intégrés à la routine de soins. Le soufre, un ingrédient plus ancien, possède des propriétés antibactériennes et anti-inflammatoires naturelles et peut être utilisé en traitement localisé ou dans un nettoyant quotidien.

Dans les cas plus sévères, certains antibiotiques oraux, comme l’érythromycine, peuvent être prescrits. Les lésions kystiques douloureuses peuvent également être traitées en cabinet par des injections de corticostéroïdes à faible dose, un traitement rapide et localisé qui réduit l’inflammation sans absorption systémique significative.

Il est crucial de savoir quels traitements sont à éviter absolument pendant la grossesse. Tous les rétinoïdes topiques et oraux (trétinoïne, adapalène, isotrétinoïne (Accutane), tazarotène) sont contre-indiqués en raison de leur potentiel tératogène. Les tétracyclines (doxycycline, minocycline) sont également à proscrire, car elles peuvent affecter le développement des os et des dents du fœtus. Les médicaments anti-androgènes, comme la spironolactone, et les peelings chimiques haute résistance (contenant plus de 20 % d’acide salicylique ou d’acide trichloroacétique) doivent également être évités.

Le bakuchiol, présenté comme une alternative naturelle au rétinol, n’agit pas par les mêmes mécanismes que les rétinoïdes et son utilisation pendant la grossesse n’est pas suffisamment documentée. Le Dr Chan ne le recommande pas en raison du manque de preuves de son efficacité et de sa sécurité.

Une routine simple et sûre pour la grossesse consiste à utiliser un nettoyant hydratant au peroxyde de benzoyle ou à l’acide salicylique le matin, suivi de l’acide azélaïque, puis d’un hydratant et d’un écran solaire à large spectre. Le soir, un nettoyant doux, un exfoliant sans rinçage à base d’AHA ou de PHA, et une crème hydratante suffisent. « Cela n’a vraiment pas besoin d’être compliqué », insiste le Dr Chan. « La cohérence avec les bons ingrédients actifs est bien plus efficace que d’essayer de se « sécher » la peau avec des traitements agressifs. »

Il est important de prendre en compte l’aspect émotionnel de l’acné de grossesse. « Votre corps et vos hormones changent tellement, et lorsque votre peau ne vous ressemble pas, cela peut avoir des conséquences émotionnelles », reconnaît le Dr Chan. Il est conseillé de ne pas rester seule face à ce problème et de consulter un dermatologue dès les premiers signes d’acné, afin d’obtenir un diagnostic précis et un traitement adapté.

L’acné de grossesse est courante, frustrante, mais pas inévitable. Avec les bons conseils et les bons soins, il est possible de gérer efficacement cette affection et de retrouver une peau saine et rayonnante pendant cette période spéciale.

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