L’administration américaine a annoncé ce mercredi l’ouverture à l’exploitation pétrolière et gazière de 1,56 million d’hectares de la plaine côtière de la Réserve faunique nationale de l’Arctique, une zone sacrée pour la nation Gwich’in et riche en biodiversité, malgré les risques climatiques accrus et l’opposition de nombreuses communautés autochtones.
À retenir
- Le secrétaire à l’Intérieur, Doug Burgum, a validé l’ouverture de la plaine côtière de l’Arctic National Wildlife Refuge aux hydrocarbures, annulant ainsi les mesures prises par l’administration Biden.
- Cette décision intervient en parallèle de la finalisation d’un échange de terres permettant la construction d’une route traversant la réserve faunique nationale d’Izembek et de l’autorisation de construction du chemin Ambler, destiné à de futures mines.
- L’annonce suscite de vives critiques de la part des défenseurs de l’environnement et des communautés autochtones, qui dénoncent les conséquences désastreuses pour la faune, la culture et le climat.
Contexte
La Réserve faunique nationale de l’Arctique, qui s’étend sur environ 19,3 millions d’hectares dans le nord-est de l’Alaska, est le plus grand refuge national des États-Unis. Elle abrite une faune diversifiée, notamment des caribous, des ours bruns, noirs et polaires, des mouflons de Dall, des orignaux et de nombreux oiseaux. La plaine côtière, en particulier, est une zone cruciale pour la reproduction des caribous de la Porcupine, dont dépend la nation Gwich’in depuis des générations, ainsi que pour les ours polaires en hiver.
Cette décision fait suite à une résolution du Congressional Review Act, présentée par le représentant Nick Begich (R-AK), visant à annuler les restrictions imposées par l’administration Biden en matière de location de terrains pour l’exploitation pétrolière et gazière dans le refuge. Le ministère de l’Intérieur a également réaffirmé la validité de baux controversés attribués à l’Alaska Industrial Development and Export Authority (AIDEA), une société publique de l’Alaska.
Ce qui change
L’ouverture de la plaine côtière à l’exploitation pétrolière et gazière permettra aux entreprises d’accéder à des ressources potentiellement importantes, mais soulève de sérieuses préoccupations environnementales et sociales. En outre, la finalisation de l’échange de terres facilitera la construction d’une route à travers la réserve faunique nationale d’Izembek, tandis que l’autorisation du chemin Ambler ouvrira la voie à de nouvelles activités minières dans la région.
Selon Earthjustice, cette décision place l’Amérique et l’Alaska en “dernière position” en matière de protection de l’environnement et de respect des droits des populations autochtones. L’organisation souligne que l’expansion du forage pétrolier dans l’Arctique menace une faune irremplaçable, des traditions culturelles uniques et aggrave la crise climatique.
« L’expansion des forages pétroliers dans l’Arctique menace une faune irremplaçable et des traditions culturelles qui n’existent nulle part ailleurs dans le monde. Cela aggrave la crise climatique et compromet la sécurité énergétique en cherchant à maintenir la dépendance aux combustibles fossiles. Le peuple Gwich’in, la plupart des Américains et même les grandes banques et compagnies d’assurance savent que le refuge arctique n’est pas un endroit pour forer. La décision prise aujourd’hui par l’administration Trump est irresponsable sur le plan politique, une mauvaise décision économique et bafoue les lois qui protègent ce paysage irremplaçable. »
Erik Grafe, avocat d’Earthjustice
Prochaines étapes
Earthjustice a annoncé son intention de contester juridiquement ces décisions, s’appuyant sur les arguments qui avaient déjà conduit à la suspension du projet de l’administration Trump en 2021. L’organisation entend défendre le refuge contre toute menace qui ne respecterait pas la loi.
Par ailleurs, il reste à voir si les entreprises manifesteront un réel intérêt pour les baux mis aux enchères, compte tenu des incertitudes économiques et des risques environnementaux associés à l’exploitation pétrolière et gazière dans l’Arctique. L’administration Trump avait initialement surestimé les revenus potentiels de ces baux.
Chiffres clés
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Superficie ouverte à la location | 1 560 000 hectares (environ 3 850 000 acres) |
| Superficie totale de la réserve faunique | 19,3 millions d’hectares (environ 47,5 millions d’acres) |
| Nombre de tribus et de Premières Nations autochtones opposées au projet Ambler | 88 |
Sources
Déclaration du ministère de l’Intérieur des États-Unis, 24 octobre 2024.
Communiqué de presse d’Earthjustice, 24 octobre 2024.
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