Publié le 24 octobre 2023 22:31:00. La désastreuse campagne de Russie menée par Napoléon Bonaparte en 1812 a décimé la Grande Armée, mais de nouvelles recherches révèlent que le froid et la faim n’étaient pas les seuls responsables : deux maladies insoupçonnées ont également joué un rôle majeur dans la défaite.
- Une analyse d’un charnier en Lituanie a révélé la présence de Salmonella enterica et de Borrelia recurrentis chez des soldats napoléoniens.
- Ces découvertes remettent en question les théories traditionnelles qui attribuaient la mortalité principalement au typhus, à la dysenterie et à la fièvre des tranchées.
- Les chercheurs suggèrent que les soldats ont pu être affaiblis par la fièvre récurrente avant de succomber à la paratyphoïde, une infection transmise par l’eau et les aliments contaminés.
La retraite de Russie, l’un des désastres militaires les plus retentissants de l’histoire, a vu la Grande Armée de Napoléon, forte d’environ 600 000 hommes au départ, réduite à moins de 50 000 survivants. Si le froid glacial et la famine ont longtemps été considérés comme les principaux facteurs de cette catastrophe, une nouvelle étude publiée le 24 octobre dans la revue Current Biology apporte un éclairage nouveau sur les causes de la dévastation.
Des chercheurs ont analysé l’ADN extrait des dents de 13 soldats français retrouvés dans une fosse commune près de Vilnius, en Lituanie, où ils avaient été enterrés après la retraite de 1812. Contrairement aux attentes, aucune trace des bactéries responsables du typhus (Rickettsia prowazekii) ou de la fièvre des tranchées (Bartonella Quintana) n’a été détectée. En revanche, l’analyse a révélé la présence de Salmonella enterica, responsable de la paratyphoïde, et de Borrelia recurrentis, agent de la fièvre récurrente.
La découverte de ces deux maladies est d’autant plus significative que des restes de poux de corps ont été identifiés sur les soldats, suggérant une possible transmission du typhus. Cependant, les chercheurs estiment que ces poux étaient plus probablement porteurs de Borrelia recurrentis, une bactérie qui provoque une fièvre récurrente caractérisée par des poussées intermittentes. Ils avancent l’hypothèse que les soldats, affaiblis par cette fièvre, seraient ensuite devenus vulnérables à la paratyphoïde, contractée par la consommation d’eau ou d’aliments contaminés.
« Notre étude… fournit la première preuve directe que la fièvre paratyphoïde a contribué à la mort des soldats napoléoniens lors de leur retraite catastrophique de Russie », ont écrit les chercheurs dans leur publication.

Les chercheurs soulignent que leur découverte ne remet pas en cause l’importance des autres facteurs ayant contribué à la mortalité des soldats, tels que le froid, la famine et les blessures. Ils suggèrent plutôt que la combinaison de ces éléments, exacerbée par les infections par Borrelia recurrentis et Salmonella enterica, a créé un cercle vicieux qui a conduit à la mort de milliers d’hommes.
Le généticien Carles Lalueza-Fox, de l’Institut de biologie et d’évolution de l’Université Pompeu Fabra de Barcelone, qui n’a pas participé à cette étude, a cependant déjà étudié la présence de S. enterica dans les restes de soldats espagnols décédés en 1652. Il a salué cette nouvelle recherche, soulignant qu’elle « souligne à quel point l’histoire des agents pathogènes et des épidémies passées est inextricablement liée à l’histoire, en particulier à l’histoire militaire, aux migrations passées et aux processus de colonisation ». Il a ajouté que « dans le passé, il est probable que plus de soldats soient morts de maladies que de combats ».
Cette étude confirme que les épidémies ont eu un impact profond sur le cours de l’histoire, non seulement en termes de mortalité, mais aussi sur les aspects sociaux, politiques et culturels. En apportant de nouvelles données sur les causes de la défaite napoléonienne, elle contribue à une meilleure compréhension de cet événement majeur et de ses conséquences.
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