Home AffairesUne stratégie de soft power pour préserver la non-souveraineté des revendications territoriales chinoises sur la Lune

Une stratégie de soft power pour préserver la non-souveraineté des revendications territoriales chinoises sur la Lune

by Amélie Bernard

Publié le 24 octobre 2025 à 23h20. La course à l’espace se réinvente avec un enjeu majeur : la conquête lunaire. Les États-Unis cherchent à devancer la Chine, non seulement sur le plan technologique, mais aussi pour établir un cadre juridique international qui préserve la liberté d’accès à l’espace et évite toute revendication de souveraineté.

  • Les États-Unis envisagent une série d’initiatives diplomatiques et politiques pour contrer d’éventuelles revendications de souveraineté chinoises sur la Lune.
  • Une résolution du Congrès américain commémorant le 57e anniversaire d’Apollo 11 pourrait servir de base à une affirmation du principe de non-souveraineté.
  • Une résolution à l’ONU pourrait mettre la Chine face à ses responsabilités quant au respect du droit spatial international.

La perspective d’un retour rapide de la Chine sur la Lune, potentiellement avant les États-Unis, suscite des inquiétudes à Washington. Au-delà de la compétition technologique, l’administration américaine craint que Pékin ne cherche à étendre à l’espace les pratiques controversées observées en mer de Chine méridionale, où la Chine revendique des droits sur des zones maritimes contestées en violation du droit international, notamment la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM). L’enjeu est de préserver le principe fondamental selon lequel l’espace extra-atmosphérique ne peut être l’objet d’une appropriation nationale.

Pour contrer ce risque, les États-Unis envisagent une stratégie en trois volets. Dans un premier temps, Washington souhaite marquer symboliquement l’importance du programme Apollo 11 et du principe de non-souveraineté. Le Congrès américain devrait adopter une résolution reconnaissant les réalisations des premiers hommes sur la Lune et réaffirmant la position américaine, conforme au Traité sur l’espace extra-atmosphérique et au droit international coutumier. Cette résolution pourrait également faire référence à la Loi publique 91-119, qui précise que le drapeau américain planté sur la Lune ne constitue pas une revendication de souveraineté. Les États-Unis souhaitent que la Chine fasse une déclaration similaire concernant ses propres emblèmes nationaux déployés sur la Lune, que ce soit par des sondes robotiques ou par des astronautes, les “taïkonautes”.

Dans un second temps, Washington pourrait porter une résolution à l’ONU, soulignant le succès d’Apollo 11 et réaffirmant le principe de non-souveraineté. Une telle initiative obligerait la Chine à prendre position publiquement : soutenir la résolution et affirmer son engagement envers le droit spatial international, ou s’y opposer, ce qui révélerait ses intentions. Le vote des différents États membres de l’ONU, en particulier ceux signataires du Traité sur l’espace extra-atmosphérique, permettrait aux États-Unis d’identifier leurs alliés et leurs adversaires sur cette question cruciale.

Enfin, les États-Unis envisagent d’engager un dialogue direct avec Pékin, par le biais de négociations diplomatiques à huis clos. L’objectif serait d’obtenir des assurances formelles de la Chine quant au respect du principe de non-souveraineté et à la conformité de ses activités lunaires avec le droit international. Washington pourrait également avertir Pékin que toute tentative d’affirmer une souveraineté sur la Lune ne serait pas reconnue par les États-Unis.

Selon Michael J. Listner, avocat spécialisé dans le droit de l’espace et fondateur de Space Law & Policy Solutions, ces mesures de “soft power” ne suffiront probablement pas à dissuader la Chine de revendiquer des droits sur la Lune et ses ressources. Il souligne que le programme juridique chinois développé en mer de Chine méridionale pourrait servir de modèle pour l’espace. C’est pourquoi, selon lui, le retour des États-Unis et de leurs partenaires du programme Artemis sur la Lune est essentiel pour renforcer le principe de non-souveraineté par la pratique étatique. Néanmoins, ces initiatives diplomatiques pourraient offrir une certaine protection et légitimité à ce principe dans le contexte de la compétition géopolitique actuelle.

Michael J. Listner est avocat, fondateur et directeur de Space Law & Policy Solutions. Il est expert et praticien du droit, de la politique et de la sécurité de l’espace et une autorité en matière de guerre hybride et de stratégie juridique. Les opinions exprimées ici sont celles de l’auteur à titre personnel et ne constituent pas des conseils juridiques.

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