Publié le 2024-11-22 18:12:00. L’Afrique est devenue un terrain d’action majeur dans la lutte mondiale contre le cancer du col de l’utérus grâce à des progrès significatifs dans la vaccination contre le virus du papillome humain (VPH). Gavi, l’alliance mondiale pour la vaccination, a déjà protégé 86 millions de filles à travers le continent, un cap atteint plus rapidement que prévu.
- Plus de 86 millions de filles ont été protégées contre le VPH en Afrique grâce à l’action de Gavi.
- L’Afrique affiche l’un des taux de couverture vaccinale les plus élevés au monde, dépassant l’Europe et l’Asie du Sud-Est.
- Le passage à un calendrier de vaccination à dose unique a considérablement accéléré la progression des campagnes.
Le cancer du col de l’utérus représente un fardeau sanitaire majeur en Afrique, avec 19 des 20 pays les plus touchés situés en Afrique subsaharienne. Cette maladie frappe souvent des femmes jeunes, actives et essentielles à leurs communautés. Or, 99 % des cas de cancer du col de l’utérus sont liés à une infection par le VPH, une infection presque entièrement prévisible grâce à la vaccination. L’expérience de pays ayant introduit le vaccin il y a vingt ans démontre une réduction spectaculaire des taux de cancer, parfois proche de zéro, offrant un espoir tangible pour l’avenir du continent.
En 2024, 47 % des filles éligibles en Afrique ont bénéficié de la vaccination contre le VPH, un taux de couverture remarquable. D’ici fin 2025, le vaccin sera accessible dans les pays représentant 89 % du fardeau mondial de cette maladie, ciblant ainsi les populations les plus à risque. Gavi constate également une réduction des inégalités d’accès, avec une couverture vaccinale n’étant plus inférieure que de trois points de pourcentage à la moyenne mondiale, grâce à l’adoption rapide du schéma vaccinal à dose unique.
Selon Emily Kobayashi, responsable du programme de vaccination contre le VPH chez Gavi :
« L’Afrique est désormais l’une des régions du monde les plus avancées en matière de vaccination contre le VPH »
Le soutien de Gavi aux pays africains se traduit par une garantie d’abordabilité et de stabilité à long terme. Grâce aux efforts de l’alliance pour structurer le marché, le prix du vaccin contre le VPH varie entre 2,90 et 5,18 dollars (US) par dose dans les pays soutenus par Gavi, contre plus de 100 dollars ailleurs. Cette baisse significative des prix a été un facteur clé dans l’expansion rapide de la vaccination sur le continent. Entre 2014 et 2024, les décès par cancer du col de l’utérus évités grâce à la vaccination ont généré plus de 2,3 milliards de dollars de bénéfices économiques, dont une part importante en Afrique.
Toucher les filles non scolarisées représente un défi majeur, mais des solutions innovantes sont mises en œuvre. En Éthiopie, des équipes mobiles se rendent auprès des communautés nomades pour vacciner les filles sur place. Au Cameroun, des campagnes de porte-à-porte sont organisées dans les zones urbaines. Dans d’autres pays, des agents de santé communautaires identifient les filles éligibles et les orientent vers des points de vaccination locaux. Selon Emily Kobayashi :
« Atteindre les filles non scolarisées nécessite des modèles de prestation flexibles »
Pour contrer l’hésitation vaccinale, Gavi mise sur l’information et l’implication des leaders communautaires et religieux. L’adhésion de chefs traditionnels ou d’imams, qui font vacciner leurs propres filles, envoie un message fort de confiance. Des témoignages de survivantes du cancer du col de l’utérus sont également utilisés pour sensibiliser à l’importance de la prévention. Emily Kobayashi souligne :
« Les chefs communautaires et religieux sont essentiels pour contrer la désinformation »
L’adoption du schéma vaccinal à dose unique a été une avancée majeure. Il permet de protéger deux fois plus de filles avec les mêmes ressources et facilite la mise en œuvre des programmes nationaux. Plus de 70 % des pays africains ont déjà adopté cette stratégie, avec des taux de couverture atteignant parfois 99 % dans les cohortes cibles. En 2024 seulement, plus de 32,5 millions de filles ont été vaccinées, contre moins de deux millions par an avant 2019. Emily Kobayashi précise :
« Le vaccin contre le VPH est désormais plus abordable que jamais »
Au-delà de la vaccination, Gavi observe des bénéfices plus larges pour les systèmes de santé. La vaccination contre le VPH offre une opportunité unique d’atteindre les adolescents, qui interagissent rarement avec les services de santé. En Tanzanie, le modèle « VPH Plus » combine la vaccination avec un dépistage nutritionnel, des examens de la vue et des traitements antiparasitaires, ciblant à la fois les filles et les garçons du même âge, renforçant ainsi l’équité et la collaboration entre les écoles et les services de santé.
Gavi appelle les pays africains qui n’ont pas encore introduit le vaccin à le faire sans délai, compte tenu des preuves solides de son efficacité et de son accessibilité financière. Pour les pays ayant déjà mis en place des programmes de vaccination, la priorité est de garantir un financement durable pour atteindre chaque nouvelle cohorte de filles de 9 ans et de maintenir des stratégies de sensibilisation efficaces. Un exemple inspirant vient du Kenya, où des organisations comme Kilele Health et AHEti ont organisé des ateliers avec des chefs religieux pour répondre à leurs préoccupations et obtenir leur soutien.
D’ici 2030, Gavi ambitionne de soutenir la protection de 120 millions de filles supplémentaires contre le cancer du col de l’utérus, l’Afrique restant une priorité. Chaque fille vaccinée aujourd’hui représente un cas de cancer évité dans vingt ans, contribuant à des familles en meilleure santé, des communautés plus fortes et des économies plus résilientes.
Interview réalisée par Ayi Renaud Dossavi
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