Home SantéL’air frais a sauvé des vies en 1918. Nous avons enfermé le COVID.

L’air frais a sauvé des vies en 1918. Nous avons enfermé le COVID.

by Sophie Martin

Publié le 7 novembre 2025 15:43:00. Face à la persistance du Covid long, un regard sur le passé révèle des solutions simples et efficaces, trop souvent négligées : l’importance cruciale de la ventilation et du contact avec la nature pour lutter contre les épidémies respiratoires.

  • En 1918, l’ouverture des fenêtres et l’aération des espaces ont permis de réduire drastiquement la mortalité lors de la pandémie de grippe espagnole.
  • La construction de bâtiments hermétiques et le manque de ventilation adéquate ont contribué à aggraver la propagation du Covid-19 en 2020.
  • Repenser l’architecture et privilégier l’air frais sont des mesures essentielles pour se prémunir contre les futures pandémies.

Un siècle après la grippe espagnole, une leçon semble avoir été oubliée. En 1918, alors que les hôpitaux étaient saturés et que la menace était omniprésente, les médecins ont adopté une approche radicalement simple : ils ont ouvert les fenêtres. Ils ont même déplacé les lits des patients à l’extérieur, sous des tentes improvisées, pour leur permettre de respirer un air pur. Cette stratégie, qui peut sembler élémentaire, a eu un impact spectaculaire sur les taux de mortalité.

À l’hôpital Camp Brooks de Boston, par exemple, le transfert des patients les plus gravement atteints vers l’extérieur a entraîné une chute de 40 % à 13 % du nombre de décès. Une réduction de deux tiers, obtenue sans médicament miracle ni technologie sophistiquée, mais simplement en changeant l’environnement respiratoire des malades. Le chirurgien général du Massachusetts avait alors déclaré que le traitement en plein air était « absolument prouvé », et non pas simplement recommandé.

Cette approche ne s’est pas limitée aux hôpitaux. Face à la menace de la pandémie, les écoles ont également été adaptées. Plutôt que de se battre pour imposer le port du masque ou de prétendre que les enfants ne pouvaient pas propager la maladie, les autorités ont pris une décision pragmatique : elles ont déplacé les classes à l’extérieur. S’inspirant du mouvement des écoles en plein air, initié des années auparavant pour lutter contre la tuberculose, les enfants ont continué à apprendre dans les parcs, sur les toits et même sur les ponts des ferries, emmitouflés dans des vêtements chauds.

Parallèlement, l’architecture a évolué pour intégrer cette nouvelle compréhension de l’importance de la ventilation. Les radiateurs ont été intentionnellement surdimensionnés afin de permettre de chauffer les pièces même avec les fenêtres grandes ouvertes. Une conception qui visait à garantir un renouvellement constant de l’air, même pendant les mois les plus froids. Mais avec la crise énergétique et l’essor des systèmes de chauffage centralisés, les bâtiments sont devenus de plus en plus hermétiques, privilégiant l’efficacité énergétique au détriment de la santé publique.

En 2020, face à la pandémie de Covid-19, nous avons semblé ignorer ces leçons du passé. Nous avons enfermé les populations, fermé les fenêtres et réglementé l’accès aux espaces extérieurs, comme si l’air frais était un danger. Nous avons désinfecté les courses de manière obsessionnelle, nous sommes disputés pour le papier toilette et installé des séparateurs en plastique inefficaces, tout en négligeant l’importance fondamentale de la ventilation.

Les bâtiments modernes, conçus pour emprisonner la chaleur, bloquer le son et empêcher le mouvement de l’air, se sont transformés en chambres à virus parfaites. Les épidémies se sont concentrées dans les écoles, les établissements de soins, les usines de viande et les prisons – des lieux où les fenêtres ne s’ouvrent pas et où la ventilation est souvent inexistante. Nous avons créé des boîtes hermétiques, des incubateurs de virus, en privilégiant le confort et l’efficacité énergétique à la santé humaine.

Il n’est pas trop tard pour changer de cap. Ouvrir une fenêtre, rencontrer des amis dans un parc, installer un purificateur d’air dans son domicile : autant de gestes simples qui peuvent faire une différence. Il est temps de repenser nos salles de classe, nos lieux de travail et nos bâtiments publics pour qu’ils favorisent la circulation de l’air et protègent la santé de tous. Il est temps d’admettre nos erreurs et de se confronter à des vérités inconfortables. L’air frais n’est pas un luxe, c’est une nécessité.

Sources

Musée CDC, « Pandémie grippale de 1918-1919 » : https://cdc.gov/museum/history/1918-pandemic.html

British Medical Journal, « Le traitement en plein air de la grippe », 1919 : https://ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2301113/

American Journal of Public Health, « Air frais, soleil et pandémie de grippe de 1918 », 2009 : https://ajph.aphapublications.org/doi/10.2105/AJPH.2008.133546

Société historique du Massachusetts, « Hôpital en plein air de Camp Brooks et les leçons de 1918 » : https://masshist.org

The Lancet Respiratory Medicine, « Ventilation et coronavirus SARS-CoV-2 » , 2021 : https://thelancet.com/journals/lanres/article/PIIS2213-2600(21)00268-9/fulltext

The New York Times, « Pourquoi fait-il si chaud dans mon appartement ? » : https://nytimes.com/2020/12/22/realestate/radiator-heat-apartment.html

Bloomberg CityLab, « Les radiateurs de New York ont été conçus pour fonctionner avec les fenêtres ouvertes » : https://bloomberg.com/news/articles/2020-11-25/nyc-radiators-are-hot-by-design-here-s-why

Smithsonian Magazine, « Les écoles en plein air au début du 20e siècle » : https://smithsonianmag.com/history/how-open-air-schools-tried-to-prevent-tuberculosis-180974396

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