Publié le 22 octobre 2025 08:03:00. Ottawa est sous pression pour choisir son futur sous-marin, alors que l’Allemagne et la Norvège plaident pour un partenariat commun et que le Canada évalue également une offre sud-coréenne dans le cadre d’un contrat potentiellement colossal.
- L’Allemagne et la Norvège encouragent le Canada à rejoindre leur collaboration pour l’acquisition de sous-marins.
- Deux entreprises, ThyssenKrupp Marine Systems (TKMS) d’Allemagne et Hanwha Ocean Co. Ltd. de Corée du Sud, sont en lice pour un contrat pouvant atteindre 120 milliards de dollars.
- Marc Carney, envoyé spécial du Canada, se rendra en Corée du Sud pour examiner l’offre de Hanwha.
Les ministres de la Défense de l’Allemagne et de la Norvège ont intensifié leurs efforts pour convaincre Ottawa de se joindre à leur programme d’acquisition de sous-marins, quelques jours seulement avant qu’un examen de l’offre sud-coréenne ne soit effectué par Marc Carney, l’envoyé spécial du Canada. Cette démarche intervient dans le cadre d’un appel d’offres pour la construction d’une nouvelle flotte de sous-marins pour la Marine royale canadienne, un contrat estimé à plusieurs milliards de dollars.
En août dernier, Marc Carney avait annoncé que deux entreprises avaient été présélectionnées : ThyssenKrupp Marine Systems (TKMS), basé en Allemagne, et Hanwha Ocean Co. Ltd., de Corée du Sud. M. Carney avait visité les installations de TKMS et examinera celles de Hanwha fin octobre, lors d’un déplacement en Corée du Sud pour des réunions du Forum de coopération économique Asie-Pacifique.
Le ministre norvégien de la Défense, Tore Sandvik, à gauche, et le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, ont exhorté cette semaine le Canada à se joindre à leur partenariat sous-marin.PATRICK DOYLE/La Presse Canadienne
La Norvège, qui s’est déjà engagée à acquérir des sous-marins auprès de TKMS, estime qu’une collaboration canadienne serait logique, compte tenu des intérêts communs des alliés de l’OTAN dans la protection de l’Atlantique Nord.
« La Norvège est un partenaire fier et un client satisfait qui achète des sous-marins allemands »,
Tore Sandvik, ministre norvégien de la Défense
M. Sandvik a souligné les avantages d’une maintenance et d’une formation communes si les trois pays opéraient des navires similaires. Il a évoqué la possibilité de partager des équipages et de mener des opérations conjointes.
Boris Pistorius, le ministre allemand de la Défense, a également insisté sur la flexibilité de TKMS, qui s’est déclarée prête à assurer l’entretien et, potentiellement, la construction des sous-marins au Canada.
« Ils sont prêts à faire tout ce dont le Canada a besoin. Si le Canada veut produire, maintenant ou plus tard, des pièces ou la totalité, alors TKMS coopérera d’une manière appropriée au projet »,
Boris Pistorius, ministre allemand de la Défense
Les deux ministres ont tenu ces propos après avoir rencontré David McGuinty, ministre de la Défense canadien, et Mélanie Joly, ministre de l’Industrie. M. Pistorius a toutefois estimé que les sous-marins sud-coréens étaient de bonne qualité, tout en affirmant que les modèles allemands étaient supérieurs.
Hanwha, basé à Séoul, propose de livrer le premier sous-marin en 2032 et quatre sous-marins d’ici 2035. TKMS, quant à elle, affirme pouvoir livrer le premier navire avant 2035. Les deux offres concernent des sous-marins diesel-électriques, le Canada ayant exclu les options à propulsion nucléaire en raison de leur coût plus élevé.
M. Pistorius a contesté les affirmations selon lesquelles l’option sud-coréenne serait plus rapide à mettre en œuvre, soulignant l’importance de privilégier la collaboration avec les alliés de l’OTAN pour contrer la Russie et la Chine plutôt que de rechercher des économies minimes.
« Une chose est peut-être que le prix est d’un ou deux dollars moins cher. Et l’autre question est de savoir quel est le partenariat fiable pour les décennies à venir en matière de coopération dans l’Atlantique Nord ? »
Boris Pistorius, ministre allemand de la Défense
Ottawa n’a pas encore annoncé de budget pour l’acquisition de ses sous-marins, estimant que cela pourrait compromettre les négociations avec les deux soumissionnaires. David Perry, de l’Institut canadien des affaires mondiales, estime que le coût total d’acquisition et de maintenance de ces sous-marins pourrait atteindre 10 milliards de dollars par bateau, pour un total de 120 milliards de dollars si le Canada en commande jusqu’à 12.
En juin dernier, Marc Carney s’était engagé à ce que le Canada atteigne l’objectif de l’OTAN de consacrer 5 % de son produit intérieur brut (PIB) aux dépenses de défense, dont 3,5 % aux coûts militaires de base et 1,5 % aux infrastructures connexes. Cet objectif représente une augmentation significative pour le Canada, qui n’a jamais atteint l’objectif précédent de 2 % du PIB.
Lors d’une comparution devant un comité parlementaire, M. McGuinty n’a pas commenté directement sa rencontre avec ses homologues allemand et norvégien, mais a affirmé que la présélection de deux entreprises permettrait au Canada d’accélérer le processus de négociation et de maximiser ses avantages.
« Cela nous a mis dans une meilleure position pour pouvoir négocier avec deux fournisseurs potentiels afin de maximiser nos avantages et d’obtenir les sous-marins dont nous avons besoin. Et il y a certainement une question d’économies d’échelle ici »,
David McGuinty, ministre de la Défense canadien
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