L’argent, longtemps considéré comme un métal précieux de moindre importance, connaît un essor inattendu en 2025, surpassant l’or et le marché boursier. Cette montée en puissance est alimentée par une demande industrielle croissante, des stocks mondiaux en baisse et une politique monétaire favorable.
Depuis le début de l’année, le prix de l’argent a grimpé d’environ 95 %, éclipsant la progression de 60 % de l’or et les performances du S&P 500. Les investisseurs se tournent vers l’iShares Silver Trust, un fonds indiciel coté, pour profiter de cette tendance. Fin novembre, l’action se négociait autour de 51 $ (environ 46 €).
La fragilité du marché de l’argent a été mise en évidence fin novembre lors d’une crise liée à un centre de données CyrusOne. Une panne du système de refroidissement a interrompu les échanges sur le marché à terme de l’argent du Chicago Mercantile Exchange (CME) pendant dix heures. Lorsque les plateformes de trading électroniques se sont éteintes, les marchés physiques de Londres et de Shanghai ont repris le flambeau. Le prix au comptant a atteint un record de 56,72 $ l’once (environ 51,50 €), témoignant de la rareté de l’argent physique disponible.
Cet incident souligne un point crucial : sur les marchés financiers modernes, le prix des matières premières est souvent déterminé par des contrats dérivés, qui ne se traduisent pas toujours par une livraison physique du métal. L’arrêt du marché papier a révélé la pénurie réelle d’argent livrable, ce qui renforce l’argument en faveur d’une hausse des prix. Pour les détenteurs de l’iShares Silver Trust, dont les avoirs sont adossés à des lingots physiques stockés dans des coffres-forts, cet événement met en lumière la valeur de détenir des actifs tangibles.
Plusieurs facteurs expliquent cette flambée des prix. L’industrie solaire, en particulier, est un moteur de la demande. Les fabricants abandonnent progressivement les anciennes cellules solaires PERC au profit de technologies plus récentes et plus efficaces, comme les cellules TOPCon et hétérojonction (HJT). Ces nouvelles cellules nécessitent une quantité d’argent significativement plus importante – entre 13 et 22 milligrammes par watt – contre environ 10 milligrammes pour les anciennes. Cette transition crée une pression accrue sur l’offre.
Le Silver Institute prévoit un déficit structurel de l’offre pour 2026, qui marquerait la cinquième année consécutive de ce type. Le déficit cumulé depuis 2021 s’élève à près de 820 millions d’onces, soit l’équivalent d’une année entière de production minière mondiale.
L’iShares Silver Trust, avec 27 milliards de dollars d’actifs sous gestion (environ 24,5 milliards d’euros) en novembre 2025, détient un impressionnant stock de 501,9 millions d’onces d’argent dans des coffres-forts situés à Londres et à New York. Cela représente environ 60 % de la production minière annuelle mondiale, faisant de ce fonds un acteur stratégique majeur.
Les données récentes indiquent un intérêt à court terme pour l’iShares Silver Trust de 9,63 % du flottant. Dans un marché haussier, ces positions courtes importantes peuvent amplifier les gains, car les vendeurs à découvert sont contraints d’acheter des actions pour couvrir leurs positions lorsque les prix dépassent certains seuils.
Par ailleurs, l’environnement macroéconomique actuel est favorable aux métaux précieux. Les marchés anticipent une probabilité de 85 % d’une baisse des taux d’intérêt lors de la prochaine réunion de la Réserve fédérale les 9 et 10 décembre. Une baisse des taux affaiblirait le dollar américain, rendant l’argent plus abordable pour les acheteurs internationaux.
Enfin, l’argent est statistiquement sous-évalué par rapport à l’or. Le ratio or/argent, qui mesure le nombre d’onces d’argent nécessaires pour acheter une once d’or, se situe actuellement autour de 77, alors que sa moyenne historique est plus proche de 60. Un retour à la normale de ce ratio impliquerait une surperformance significative de l’argent par rapport à l’or.
La désignation de l’argent comme minéral critique par le gouvernement américain fin 2025, suivie d’enquêtes sur de possibles droits de douane sur les importations, a également stimulé la demande. Les États-Unis importent environ 64 % de l’argent qu’ils consomment, et la menace de droits de douane a incité à constituer des stocks de précaution, avec environ 75 millions d’onces affluant dans les coffres américains depuis octobre.
La récente hausse des prix de l’argent n’est pas un phénomène passager, mais le résultat d’un sous-investissement chronique dans le secteur minier et d’une demande industrielle en forte croissance. Les fondamentaux du marché suggèrent que l’argent est entré dans une nouvelle phase de son cycle, et que son statut d'”or des pauvres” pourrait bien être en train de changer.
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