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L’argent brise le processus de rattrapage alors que la demande industrielle et l’assouplissement de la Fed entrent en collision

L'argent a connu une ascension fulgurante en 2025, surprenant les marchés financiers traditionnellement focalisés sur l'or et la technologie. Le métal précieux, longtemps considéré comme une alternative moins coûteuse à l'or, a franchi un cap historique en décembre,…

L’argent brise le processus de rattrapage alors que la demande industrielle et l’assouplissement de la Fed entrent en collision

L’argent a connu une ascension fulgurante en 2025, surprenant les marchés financiers traditionnellement focalisés sur l’or et la technologie. Le métal précieux, longtemps considéré comme une alternative moins coûteuse à l’or, a franchi un cap historique en décembre, dépassant les 80 $ l’once (environ 74 €) avant un repli temporaire.

Depuis le début de l’année, l’argent a enregistré une progression d’environ 160 %, éclipsant la hausse de 60 à 70 % de l’or et surpassant largement les performances du S&P 500. Les analystes interprètent ce mouvement comme une correction significative après des années de sous-évaluation.

Le ratio or/argent, qui indique le nombre d’onces d’argent nécessaires pour acquérir une once d’or, a longtemps oscillé autour de 100, signalant un prix relativement bas pour l’argent. Ce ratio est aujourd’hui tombé à environ 58, suggérant que l’argent est enfin reconnu à sa juste valeur, porté par une conjonction de facteurs industriels et monétaires.

La chute observée fin décembre, surnommée le « krach de Noël », a vu les prix de l’argent reculer de près de 10 % en une seule séance. Cependant, les traders expérimentés y voient une simple correction de liquidité, un phénomène courant en période de faible activité boursière. Au-delà de cette volatilité apparente, le métal physique a continué de gagner du terrain.

Fin décembre, les réserves du trust iShares Silver Trust s’élevaient à environ 529 millions d’onces (environ 16 300 tonnes). Cette divergence entre les contrats à terme et le métal physique indique que les investisseurs institutionnels ont profité de la baisse pour renforcer leurs positions. L’iShares Silver Trust offre un moyen pratique d’acquérir une créance sur des lingots d’argent sans les contraintes logistiques liées à leur stockage.

Un arbitrage significatif sur le marché mondial contribue également à soutenir les prix. En Chine, l’argent physique se négocie avec une prime d’environ 8 $ l’once (environ 7,4 €) par rapport aux prix occidentaux. Cette prime crée une boucle d’arbitrage : les traders achètent de l’argent en Occident (Londres/New York) et l’exportent vers l’Asie (Shanghai) pour en tirer profit, réduisant ainsi les stocks disponibles et poussant les prix à la hausse.

Les entreprises minières profitent pleinement de cette tendance. Coeur Mining, par exemple, a vu ses actions augmenter d’environ 222 % depuis le début de l’année. L’entreprise a annoncé en novembre un accord d’acquisition avec New Gold Inc., qui devrait créer un producteur multi-actifs majeur avec un bénéfice avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement (EBITDA) estimé à près de 3 milliards de dollars (environ 2,8 milliards d’euros). Les actionnaires devront se prononcer sur cette acquisition le 27 janvier 2026.

Fresnillo PLC, le plus grand producteur mondial d’argent primaire, est également bien positionnée pour bénéficier de la hausse des prix. Contrairement à certains de ses concurrents qui produisent de l’argent comme sous-produit de l’extraction d’autres métaux, Fresnillo se concentre exclusivement sur l’argent, ce qui rend son chiffre d’affaires directement lié à son prix.

Les experts estiment que l’augmentation de la demande d’argent n’est pas le signe d’une bulle spéculative, mais plutôt le résultat d’une pénurie structurelle. Le monde consomme plus d’argent qu’il n’en est produit depuis cinq années consécutives, avec un déficit annuel estimé à environ 117 millions d’onces (environ 3 300 tonnes).

Cette pénurie est en partie due à l’essor des cellules solaires TOPCon (Tunnel Oxide Passivated Contact), qui nécessitent une quantité beaucoup plus importante d’argent dans leur fabrication que les modèles précédents. La politique monétaire joue également un rôle : la Réserve fédérale américaine a abaissé ses taux d’intérêt de 25 points de base le 10 décembre, signalant un assouplissement de sa politique monétaire. Une baisse des taux d’intérêt tend à affaiblir le dollar américain, rendant les matières premières, comme l’argent, moins chères pour les acheteurs étrangers.

Les analystes estiment que le seuil de 80 $ l’once n’est qu’une étape. Avec des stocks limités, une demande industrielle croissante et une politique monétaire accommodante, l’argent pourrait entrer dans une nouvelle phase de valorisation. Le repli de fin décembre pourrait donc représenter une opportunité d’investissement pour ceux qui souhaitent profiter de cette tendance.

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À propos de l’auteur: Amélie Bernard

Amélie Bernard traite l’économie, les entreprises, les marchés et les transformations du travail. Son approche relie les chiffres, les décisions publiques et leurs effets dans la vie quotidienne.