Les coulisses du commerce mondial des matières premières sont plus opaques et influentes qu’on ne le pense. Un nouveau livre révèle comment les traders, souvent méconnus du grand public, tirent profit des crises et des tensions géopolitiques, s’adaptant sans cesse aux nouvelles règles du jeu.
Loin de l’image d’un secteur en déclin, le commerce des matières premières affiche une vitalité surprenante, voire un rebond, selon Javier Blas, journaliste chez Bloomberg Opinion et auteur de Un Monde à vendre, publié en France aux éditions Novice. L’invasion de l’Ukraine par la Russie, par exemple, a représenté une opportunité considérable pour ces acteurs, qui ont réalisé des profits « beaucoup, beaucoup d’argent », a-t-il déclaré.
L’essor de ce secteur est intimement lié à la mondialisation, débutée dans les années 1970 et amplifiée par la chute de l’URSS, qui a ouvert la voie à un partage des ressources énergétiques russes. En 2019, les quatre plus grandes maisons de trading – Glencore, Trafigura, Cargill et Vitol – affichaient un chiffre d’affaires combiné de 725 milliards de dollars (environ 670 milliards d’euros), dépassant les exportations totales du Japon.
Contrairement aux prévisions de certains observateurs, l’arrivée du protectionnisme et les politiques commerciales de l’administration Trump n’ont pas freiné le commerce des matières premières, mais l’ont remodelé. La Chine, par exemple, s’est tournée vers le Brésil pour ses approvisionnements agricoles, tandis que l’Europe, confrontée à des obstacles, a vu les États-Unis profiter de la situation pour inonder son marché. Blas souligne que les droits de douane ont créé de nouvelles opportunités pour les traders, qui savent exploiter les polarisations émergentes.
L’adaptation est leur force. Lorsque des traders occidentaux, soucieux de leur image, refusent de travailler avec la Russie, ils sont rapidement remplacés par des acteurs basés en Asie et au Moyen-Orient. « Les traders occidentaux qui refusent de travailler avec la Russie sont simplement remplacés par d’autres en Asie et au Moyen-Orient », explique Blas.
Leur pragmatisme est légendaire. Blas relate comment ces traders ont par le passé soutenu des régimes aussi divers que ceux de Kadhafi en Libye, du dictateur angolais ou même collaboré avec Fidel Castro et Pinochet. Un grand nom du secteur lui aurait confié : « Gauche ou droite, bleu ou rouge, seul compte le vert des billets en dollars ».
Malgré les efforts pour assainir le secteur, la corruption persiste. Blas affirme que des pots-de-vin étaient encore versés en 2020, contredisant l’idée que ces pratiques appartiennent au passé.
À retenir
- Le commerce des matières premières reste un secteur extrêmement lucratif, capable de s’adapter aux crises et aux changements géopolitiques.
- Les traders exploitent les tensions commerciales et les sanctions internationales pour maximiser leurs profits.
- La corruption, bien que souvent niée, demeure un problème persistant dans ce secteur.
Contexte
Le secteur du commerce des matières premières a connu une croissance exponentielle depuis les années 1970, parallèlement à la mondialisation. La chute de l’URSS a marqué un tournant, ouvrant de nouveaux marchés et créant une forte demande en ressources énergétiques.
Ce qui change
L’équilibre des forces est en mutation, avec l’émergence de nouveaux acteurs en Asie et au Moyen-Orient, moins regardants sur les questions éthiques et les sanctions internationales. Cela pourrait entraîner une plus grande opacité et une concurrence accrue dans le secteur.
Prochaines étapes
Il sera important de surveiller l’évolution des sanctions contre la Russie et l’impact sur les flux commerciaux de matières premières. L’influence croissante des pays émergents et leur capacité à contourner les règles occidentales seront également des éléments clés à suivre.
Chiffres clés
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Chiffre d’affaires combiné des 4 plus grandes maisons de trading (2019) | 725 milliards de dollars (environ 670 milliards d’euros) |
Sur le même sujet
